What a Girl is : troisième partie (18 ans)

Comme c’est le cas tous les printemps, Carissa fait le tour des boutiques pour se trouver de nouveaux vêtements pour l’été. Elle est seule, sans sa famille et sans amis, mais c’est bien loin de lui poser problème. Après tout, c’est pour elle-même qu’elle fait ces achats : elle ne doit donc que se satisfaire pour obtenir ce qu’il lui faut pour les mois à venir.

Sachant déjà ce qui lui correspond, Carissa se dirige vers les boutiques appropriées. Elle sélectionne les articles qui font honneur au style simpliste qu’elle maîtrise depuis son enfance. Côté habillement, il faut facilement dire qu’elle n’a jamais pris de vrai risque : jamais suivi de courant de mode à tendance éphémère, jamais essayé quelque chose de nouveau et surtout, jamais tenté de dévoiler un côté plus traditionnellement féminin. Même à son bal de finissants, à la toute fin de son parcours scolaire obligatoire, elle a porté quelque chose d’assez basique et sobre, question de ne pas trop attirer l’attention vers elle.

Ses paires de shorts et de débardeurs payées, Carissa prend ses sacs et quitte la boutique, déambulant désormais dans l’aire publique du centre commercial où elle se trouve. Du coin de l’œil, elle réussit à voir un stand alimentaire qui vend, entre autres, des sorbets et autres délices glacés. Ayant la dent sucrée, la jeune adulte choisit d’y faire un tour et de prendre une petite pause pour déguster une petite coupe avant de rentrer chez elle.

D’un pas à moitié pressé, Carissa se met en file et regarde les différentes options présentées. Quand vient son tour, elle énonce son choix, paie le montant requis et reçoit exactement ce qu’elle a demandé. Une fois de plus, elle inspecte rapidement l’aire de repas pour trouver une place disponible prête à la recevoir. En repérant une table libre, Carissa s’y rend, posant ses sacs avec ses achats à ses pieds pendant qu’elle s’installe sur la chaise. Elle soupire, momentanément soulagée, avant d’enfoncer la petite cuillère dans son dessert improvisé. Comme espéré, la première bouchée est absolument exquise.

Pendant qu’elle continue à savourer sa petite collation, son attention se porte à présent sur un groupe d’amies composé de trois personnes. Elles sont visiblement proches les unes des autres : ce qui peut être remarqué grâce à leurs gestes, leurs sourires et la quantité de selfies qu’elles prennent pour commémorer leur escapade.

Les yeux de Carissa glissent, comme bien souvent, sur leurs habits. Pour elle, il n’existe aucun doute que ces filles, peu importe qui elles sont, suivent activement les derniers courants de mode. On pourrait croire qu’elles viennent tout juste de sortir d’une des boutiques plus « chics » de ce centre commercial et qu’elles ont aussitôt enfilé leurs nouveaux achats sans perdre une seule seconde ! Ce n’est probablement pas le cas, mais… On ne peut qu’admettre que ces filles sont incroyablement bien habillées.

Carissa jette un coup d’œil rapide à ce qu’elle a sur le dos présentement : un jean délavé et un pull à capuche. Et pour la première fois depuis bien longtemps, elle soupire. Depuis son enfance qu’elle porte ce qu’il y a de plus banal, ayant peur qu’on ne la reconnaisse pas si elle tentait autre chose et craintive à l’idée qu’on se moque d’elle pour une fraction de seconde si jamais ce qu’elle avait mis ne s’agençait pas correctement. Toute sa vie, Carissa n’a pas voulu qu’on la prenne pour une poupée sans cervelle, mais maintenant…

Et si l’un n’avait rien à voir avec l’autre ? Et si le fait d’assumer une féminité plus rose n’avait aucune incidence sur la compétence d’une personne ? Et s’il n’y avait, en fin de compte, aucun problème à vouloir se pomponner tous les jours ?

En terminant sa coupe, Carissa se lève et la jette. Ensuite, elle se dirige d’un pas hésitant vers ce groupe qu’elle a observé ces dernières minutes.

« Pardon… J’étais simplement curieuse… J’aimerais bien essayer des vêtements plus “féminins” pour une fois… Auriez-vous des suggestions de boutiques, par hasard ? »

Le groupe se regarde, légèrement étonné par cette requête et, pendant quelques instants, Carissa commence à penser qu’il s’agissait peut-être d’une mauvaise idée et…

« Bien sûr qu’on en a ! Mais… as-tu une petite idée de ce qui te ferait plaisir ? demande l’une d’elles.

— Pas vraiment, non… Ce n’est pas vraiment mon style habituel… Je ne sais pas par où commencer.

— Dans ce cas, veux-tu qu’on t’accompagne ? On pourrait t’aider à trouver exactement ce qu’il te faut.

— C’est que je ne voudrais pas vous déranger… Vous aviez l’air occupées et…

— Entre filles, il faut se soutenir. Comment tu t’appelles ?

— Euh… Carissa.

— Oh, mignon ! Moi, c’est Maisie et voici mes deux amies Varya et Dionne. »

Les présentations effectuées, les quatre filles se dirigent toutes ensemble vers une boutique dans laquelle Carissa n’avait encore jamais mis les pieds. Sur place, les trois amies sont patientes et se montrent à l’écoute, laissant Carissa expliquer ce avec quoi elle serait à l’aise et ce qui la rendrait plus inconfortable. Avec ces conceptions acquises, elles peuvent enfin se mettre au travail et proposer à l’initiée des combinaisons.

De manière surprise, lors des essayages, Carissa se rend compte que rien ne la rebute tellement. Elle s’attendait justement à se sentir inconfortable dans ces nouveaux accoutrements et à avoir l’impression d’être une intruse qui n’est pas à sa place, mais… En vérité, elle s’y plaît bien. En fin de compte, elle achète, en plus de ce qu’elle a déjà, une paire de bottines à talons hauts, une robe et deux jupes. Ce n’est pas grand-chose, mais… Il faut bien commencer quelque part, comme on le dit. En sortant de la boutique, elle échange ses renseignements avec les trois filles qui l’ont aidée et les salue en s’éloignant. Pour la première fois, elle est excitée de rentrer chez elle et de montrer qu’elle aussi, peut avoir plus d’une facette.

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