What a Girl is : quatrième partie (22 ans)

Carissa sort en ville avec des amies, ce soir.

C’est l’été et le soleil n’est pas encore près de se coucher, mais elle est déjà en train de se préparer pour cette sortie. Elle a bien évidemment pris une bonne douche pour l’occasion : s’assurant que ses cheveux soient propres et sentent bon en plus de garantir de ne pas empester pour une raison quelconque. Elle boucle à présent légèrement sa chevelure, souhaitant vraiment se donner une allure impeccable. Il n’y a aucune occasion spéciale : pas d’anniversaire (du moins, dont elle en a conscience), pas de célébration, pas d’annonce grandiose. Non, Carissa se donne autant de mal à se rendre jolie… Rien que parce qu’elle en a envie. Il y a encore deux ans, cette notion lui aurait paru irréelle.

Mais pourtant, pendant qu’elle écoute de manière inattentive l’émission qu’elle écoutait religieusement lorsqu’elle était enfant, elle enfile ses sous-vêtements. Cela dit, une phrase particulière suscite son attention.

Je suis une combattante… mais je suis aussi une fille.

Carissa appuie sur Pause avant de rejouer la scène quelques fois, hochant la tête.

« C’est ça qu’elle voulait dire… J’ai compris, maintenant. »

Laissant l’émission suivre son cours, elle vient maintenant se placer devant son miroir, examinant ses formes. Sa poitrine qu’elle juge acceptable, ses hanches relativement bien définies… Bon, d’accord, Carissa sait qu’elle est bien loin d’être mannequin, n’ayant ni les proportions ni la volonté de suivre un régime et un horaire d’entraînement stricts, mais elle est parfaitement confortable avec l’image qu’elle projette et c’est ce qui demeure le plus important, dans toute cette histoire.

Se détournant du verre, elle porte son attention vers la tenue qu’elle a choisie pour ce soir : une robe courte moulante saupoudrée de paillettes dorées. D’un mouvement habile, Carissa la glisse sur son corps avant de remonter la fermeture éclair dans son dos, non sans sautiller pour avoir une bonne prise. La jeune adulte réajuste la tenue comme il le faut avant de se diriger vers sa chaise, s’installant dessus et ouvrant sa trousse à maquillage.

Pour cela aussi, il a dû y avoir une certaine période d’ajustement puisqu’elle ne connaissait pratiquement rien de la pratique, mais avec un peu d’aide et énormément de patience, Carissa a fini par y arriver. Elle s’applique du blush sur les pommettes, dessine son trait d’eye-liner avant de recourber ses cils pour y mettre du mascara. Elle applique du fard à paupières pour qu’il puisse s’agencer avec sa robe et termine le tout avec un brillant à lèvres couleur pêche.

En terminant, Carissa replace ses cheveux et s’abaisse pour enfiler ses talons hauts. En sortant de son domicile, elle a un sac à main sur elle et envoie un message à ses amies pour leur dire qu’elle est en chemin. Elle poursuit ensuite son chemin, profitant du cliquetis de ses talons hauts sur le trottoir quand un bruit attire son attention. Elle se retourne et voit deux choses : une petite fille qui est tombée en pleine face et un ballon qui s’éloigne tranquillement. L’instant d’après elle entend des garçons rire de la petite qui se relève en gémissant.

« Si être une fille, c’est être pourrie en sports, alors je…

— Hé ! »

Carissa s’avance vers le groupe à grands pas, arrêtant le ballon avec son pied avant de s’abaisser pour tendre une main à la fillette. Celle-ci la prend et se relève.

« Merci, madame… »

Carissa sourit, puis inspecte le terrain improvisé. Il y a deux buts en plastique de chaque côté. Ensuite, elle reporte son attention sur les garçons avec qui la gamine était en train de jouer. Elle les toise sévèrement en posant sa question.

« Vous voulez savoir c’est quoi, d’être une fille ?

— Madame, on… »

Carissa ne leur laisse pas le temps de répondre. Bien qu’elle n’ait pas les chaussures appropriées pour ce genre d’activités, ce n’est pas le détail qui va l’empêcher de leur donner une bonne leçon de vie. Il est hors de question qu’elle ne laisse une autre personne vivre toutes les incertitudes et toute la toxicité d’une mentalité pareille.

Parce qu’il n’y a rien de mal à être une fille. Parce qu’il n’y a rien de mal à avoir un côté plus féminin ou masculin. Parce qu’il n’y a absolument rien de mal à être ce qu’on est. Et ça, ces garçons ne l’ont pas encore compris. Si on ne réajuste pas le tir très vite, ils pourront rapidement laisser ce genre d’idées influencer leurs perceptions au sujet de leurs compatriotes féminins.

Carissa fait avancer le ballon avec son pied, se plaçant de sorte à faire face à l’un des buts. Quand elle est assurée d’avoir une bonne trajectoire, elle frappe dans le ballon de toutes ses forces, l’envoyant en plein dans le but sans laisser le temps à celui qui assumait le rôle de gardien de parer le tir. Replaçant sa jupe qui s’est un peu relevée à cause de l’action, elle tourne la tête vers le garçon qui allait passer un commentaire dégradant sans se rendre compte de la portée qu’il pouvait avoir.

« Être une fille, c’est ça. »

Suivant un regard soutenu, Carissa se retourne et s’éloigne. Elle entend brièvement des excuses et la partie reprendre et, en se dirigeant vers la station de métro la plus proche, elle ne peut pas s’empêcher de sourire.

En vérité… Il n’y a jamais eu le besoin de séparer définitivement le côté rose du côté noir. Les deux sont tout autant valides et efficaces. Ce sont deux côtés d’une même pièce qui peuvent parfaitement coexister si on le souhaite. Carissa aurait juste voulu en prendre conscience plus tôt qu’elle ne l’a fait.

Heureusement, c’est tout de même arrivé et désormais, plus rien ne pourra l’empêcher de s’assumer pleinement et d’être heureuse à son plein potentiel.

Both comments and pings are currently closed.

Comments are closed.