What a Girl is : première partie (8 ans)

What a Girl is est une nouvelle séparée en quatre parties tournant autour du personnage central de Carissa. À chacune des parties, notre protagoniste aura un âge différent: huit ans, 14 ans, 18 ans et 22 ans. Je me base ici de mon expérience de vie personnelle pour l’écrire. Peut-être trouverez-vous des échos de vos propres vies, peut-être y aura-t-il des séquences où vous serez en désaccord… Mais rappelez-vous avant tout que je me suis basée sur mes propres percpetions et mes propres expériences.
Cela étant dit, j’espère que vous allez aimer ce qui suit ! Bonne lecture !

« Carissa, pourquoi ne sors-tu pas ? Il fait beau, aujourd’hui ! 

— Oui, maman. Je regarde juste mon émission. J’y vais après. »

Sa mère continue de parler, mais Carissa ne l’écoute déjà plus, reportant son attention sur le dessin animé qui est présentement diffusé à la télé. Sans encore le savoir, cette série qu’elle adore ne lui a encore rien montré. Pourtant, beaucoup de choses s’y passent tous les épisodes et force est d’admettre qu’en l’espace de quelques-uns d’entre eux, la fillette y est déjà accro, attendant patiemment une nouvelle sortie toutes les semaines pour voir ce qui va arriver à ce trio constitué d’un garçon habillé en orange et de deux frère et sœur vêtus de bleu.

Pendant que sa mère resserre sa queue de cheval, Carissa observe attentivement ce qui se passe à l’écran. Le garçon bleu demande pardon à une fille qu’il vient de rencontrer, puis celle-ci l’embrasse sur la bouche. Carissa a pour réflexe de fermer les yeux et de grimacer, mais les rouvre en entendant la fille compléter la phrase qu’elle avait entamée avant d’initier le baiser.

Je suis une combattante… mais je suis aussi une fille.

Pour une raison qu’elle ne comprend pas, cette phrase tourne en boucle dans sa tête. Comme un écho qui n’a pas de fin, qui résonne encore et encore dans l’infini. Elle prend une place si importante qu’en quelques instants, l’épisode est terminé. Cette fois, Carissa sait qu’elle n’a plus d’excuse pour rester chez elle devant la télé. Sa mère aussi, d’ailleurs.

Sans attendre, Carissa quitte sa maison par la porte arrière qui mène à la ruelle. En quelques instants, elle retrouve ses amis du voisinage qui placent des cônes.

« Salut !

— Salut, Carissa… Euh, tu portes une jupe ? »

Carissa baisse les yeux vers ses jambes.

« C’est une jupe-short. »

Les garçons la regardent sceptiquement.

« Quelle différence ? C’est la même chose. T’es sûre que tu peux jouer avec ça ? »

— Bah ouais ! Y’a rien qui l’interdit. 

— Oui, c’est vrai… OK, alors. »

Rien d’autre n’est rajouté et Carissa aide ses compagnons à préparer le terrain. De ce qu’elle comprend, le jeu qui commencera est une version très simplifiée du foot : ils seront deux contre deux et le seul objectif sera de tirer dans les buts définis par deux cônes le plus souvent possible.

Après avoir laissé une voiture passer, Carissa se place à petite distance de son coéquipier pour ce jeu puisqu’il disputera le ballon contre l’un des adversaires. La partie commence tout de suite, l’autre équipe prenant les devants. Carissa se met en action tout de suite, pourchassant l’un des garçons pour essayer de lui voler la balle dans l’espoir de la renvoyer vers son partenaire. Elle remarque vite qu’elle n’est pas aussi rapide que les autres, ne s’étant jamais particulièrement attardée à la pratique de ce sport. Ce n’est pourtant pas ce qui l’arrête : elle continue de pousser, cherchant à tout prix à avoir le ballon.

Quelques rondes plus tard, son partenaire arrête de jouer en solo et lui fait une passe. Carissa réceptionne le ballon et se concentre dessus, courant vers le but tout en la faisant avancer. Elle remarque les deux adversaires qui foncent sur elle, mais il est hors de question de se laisser intimider. Relevant les bras pour les empêcher de se rapprocher davantage, Carissa continue de courir.

Elle n’est plus si loin quand la jambe d’un des garçons se tend devant la sienne. Comme prévu, Carissa s’enfarge et plonge vers l’asphalte. Ses paumes sont les premières à frapper le sol, suivi de l’un de ses genoux. Elle pousse un cri, mais ce n’est pas suffisant pour arrêter les garçons qui eux, continuent le jeu comme si rien ne venait de se passer. Comme à chaque fois qu’elle se blesse, les larmes lui montent aux yeux et la sensation de brûlure qu’elle commence à ressentir en raison de sa peau qui s’est enlevée suivant l’impact lui donne envie de sangloter plus que jamais.

Carissa s’assoit, son coéquipier rouspète en arrivant à côté d’elle.

« Sérieux, c’était trop nul.

— Ils ont triché ! 

— Roh, arrête de faire ton bébé. Ça nous arrive tout le temps, de tomber. On pleure pas, nous. » dit un autre garçon.

— Je ne suis pas tombée toute seule ! Tu l’as fait exprès ! 

— Bah si tu peux pas prendre de vrais obstacles, t’as peut-être rien à faire ici. De toute façon, c’est pas des filles qu’on veut, vous savez pas jouer. 

— C’est… »

Les trois garçons la laissent derrière eux, ne lui portant plus aucune attention pendant qu’ils décident de jouer ailleurs. Carissa les regarde partir, restant assise. Sa lèvre tremblote, mais il est hors de question de leur donner satisfaction. Elle ne pleurera pas pour eux. Elle ne pleurera pas tout court.

Parce qu’il est hors de question d’être ce qu’ils croient qu’elle est.

Carissa rentre à la maison et, une fois à l’intérieur, retire sa jupe-short. Sans y réfléchir plus longtemps, elle la jette directement dans la poubelle avant d’aller enfiler un pantalon dans sa chambre.

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