What a Girl is : deuxième partie (14 ans)

Le cours de sport vient tout juste de se terminer et les garçons comme les filles se dirigent vers les vestiaires pour remettre leurs habits usuels. Du côté des filles, bon nombre d’entre elles discutent : de rumeurs entendues dans les couloirs, d’autres élèves, de sorties planifiées pour le week-end et même de célébrités.

Carissa n’a pas d’ami dans ce cours : c’est le seul où elle se retrouve dans cette situation. Par conséquent, pendant qu’elle remet un t-shirt et un jean dans un coin, elle ne peut qu’écouter ces conversations qu’elle qualifie de superficielles. Elle jette un coup d’œil rapide vers deux filles populaires postées devant un miroir, présentement occupées à réappliquer du mascara ou peu importe le nom sur leurs yeux tout en parlant assez fort de leurs derniers achats.

Carissa continue de les observer pendant qu’elles rangent leurs produits pour enfiler leurs chaussures à talons hauts. Cette fois, elle fait claquer sa langue, se récoltant de la même manière les regards curieux de ses camarades. Elle ne leur prête pas attention et jette ses vêtements qui ont absorbé sa sueur dans un sac en tissu avant de sortir du vestiaire, se dirigeant vers son casier.

L’adolescente a énormément de mal à comprendre pourquoi ces filles tiennent absolument à s’habiller de la sorte pour aller en cours. Pour elle, ce ne sont que six heures et demie d’une journée passée en majorité en position assise, légèrement accroupie sur un pupitre pendant qu’on gribouille des lettres sur une feuille. Quel est l’intérêt de se recouvrir le visage de produits toxiques qui ne feront que vieillir la peau plus rapidement et d’enfiler des vêtements chics en plus d’escarpins pour ne rester qu’assise ? Quel est l’intérêt de peindre ses ongles avec des couleurs fausses si ce n’est que temporaire ? Quel est l’intérêt de vouloir ressembler à une mannequin ?

De toute façon… Ces habits n’ont pas l’air confortables du tout. Carissa se sent nettement mieux dans son t-shirt et son jean. De plus, ses baskets (avec une semelle plate) sont incontestablement plus confortables que n’importe quelle paire de talons hauts ! Avec ce genre d’habits, aucune crainte de les salir, elle peut effectuer les mouvements qu’elle veut sans avoir peur de révéler une partie privée de son corps et, plus que tout, c’est pratique ! Pas besoin de se casser la tête tous les matins ni de se lever avec une grande avance pour pouvoir se pomponner et cacher les imperfections dont tout le monde reste conscient même avec les trois couches de fond de teint.

Après avoir rangé son sac comprenant ses habits dans son casier, Carissa retrouve rapidement ses amis question de pouvoir profiter des dix minutes restantes avant le cours suivant. À son exception, son groupe de copains est constitué de deux autres filles, le reste étant des garçons. Carissa s’est toujours sentie plus à l’aise avec eux, se disant qu’ils étaient nettement moins « compliqués » que le sont généralement les filles, plus faciles à suivre et moins axés sur l’apparence… Ou du moins, c’est ce qu’elle croit.

Très vite, le groupe se retrouve à regarder une des filles les plus populaires de leur année qui est au beau milieu d’une tentative de flirt avec un garçon. La jeune fille ne les voit même pas, son attention placée sur l’objet apparent de son désir. Elle tournoie une mèche de ses longs cheveux entre deux doigts et utilise sa main libre pour la poser sur le bras du jeune homme qui lui sourit en retour. À présent, elle vient de rire à ce qu’il vient de dire : pendant un moment, Carissa a l’impression de voir sa fierté resurgir à la surface. La scène est coupée au son de la cloche, avec les deux futurs tourtereaux se séparant aux suites d’un câlin. Le garçon continue de la suivre du regard pendant qu’elle s’éloigne en faisant bouger ses hanches de gauche à droite.

« Tellement une fille facile, vous l’avez vue ?

— Ça me dégoûte tellement ! Comme si elle avait besoin de jouer à tout ça rien que pour avoir l’attention d’un garçon… »

Carissa pouffe après avoir terminé son intervention. Elle pose le regard sur ses amis qui ne peuvent s’empêcher de suivre du regard la fille dont on parlait. Le fait la choque un peu, mais elle se contente de resserrer la mâchoire. Eux aussi, se laissent avoir par le charme artificiel de cette… de cette sorcière ! De les avoir pris sur le fait, Carissa est irritée.

Heureusement, ça ne dure pas longtemps parce qu’un des garçons reprend la parole pendant que le groupe commence à se déplacer vers le prochain cours.

« T’as bien raison. Elle essaie trop et ça se voit.

— Qui vous dit qu’elle essaie ? Peut-être qu’elle aime être comme ça et qu’elle le fait parce qu’elle en a envie, dit la deuxième fille du groupe.

— Mais non, tu dis quoi ? T’as pas vu comment elle faisait ? Tout pour qu’il la regarde. Il a à peine essayé d’entendre ce qu’elle avait à dire et elle non plus, elle n’a pas trop essayé de s’exprimer.

— Ouais, comme il dit. Pas comme vous, les filles. Vous n’êtes vraiment pas comme les autres filles. On sent qu’avec vous, on peut vraiment parler d’autre chose que les derniers escarpins de chez Pablo Taboulin ou je ne sais pas. Que vous avez quelque chose entre les deux oreilles et que vous n’avez pas besoin de montrer que vous avez des fesses pour obtenir ce que vous voulez. »

Carissa poursuit son chemin vers son casier, prend ce qu’il lui faut pour l’heure qui commence et se dirige vers sa classe en compagnie d’un de ses amis. Ce qui vient d’arriver est déjà à l’arrière de ses pensées, mais ne fait que consolider l’idée qu’on lui a fait comprendre l’été de ses huit ans. Tant mieux si elle n’est pas comme les autres filles, c’est en plein ce qu’il faut.

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