Variations japonaises sur le mythe du vampire : Vampiric: Tales of Blood and Roses from Japan (anthologie)

« From the hill behind them, the mist-like substance welled forth, flowing against the direction of the breeze. Something so faintly colored that it could be mistaken for incense smoke rose up tall and thin. No, it wasn’t just one: five, eight, ten—like living things they emerged from the narrow path and pursued Ikkyu ans his traveling companion. »

Ken Asamatsu, « The Crimson Cloak »

Cette anthologie a attiré mon attention pour une raison très simple : je ne lui connais aucun équivalent. L’approche japonaise du mythe du vampire, qui m’est familière dans les mangas et les animes, demeurait pour moi dans la littérature un territoire méconnu que j’étais ravie d’avoir l’occasion de défricher un peu.

Le livre démarre par un bref essai du professeur Masaya Shimokusu expliquant l’introduction du mythe dans le pays au XXe siècle par le biais du cinéma, et dressant un portrait type du vampire japonais. Cette introduction, érudite, est bienvenue et mentionne quantité d’ouvrages, traduits ou non, pour qui souhaiterait explorer le sujet.

Pour ce qui est des quinze nouvelles regroupées ensuite, même si leur niveau général est bon, je les ai trouvées d’une originalité et d’un intérêt inégaux. Le recueil a cependant le mérite d’être varié : les textes qui le composent sont très divers de ton – de la comédie noire déjantée à l’horreur – et de genre – de la science-fiction au thriller mâtiné de fantastique. En ce qui concerne les traductions, que l’on doit non pas à un mais à une série de traducteurs, j’ai été, à quelques exceptions près, agréablement surprise par leur qualité.

J’ai surtout apprécié les textes introduisant le vampirisme dans le passé du Japon, une manière intéressante de s’approprier le mythe a posteriori en le replaçant à des époques où il n’était pas encore connu, ou peu, et en le mêlant à la culture japonaise. Parmi les quelques nouvelles concernées, les plus réussies, « The One-Legged Woman » de Kidō Okamoto, située dans l’ère Genna, au début du XVIIe siècle, « The Crimson Cloak » de Ken Asamatsu, ancrée deux siècles plus tôt dans l’ére Ōei, et « Vampire » de Jōkichi Hikage, dont l’action se déroule après la fin de la Seconde Guerre mondiale, apparaissent méticuleusement documentées… ou du moins font très bien illusion pour un lecteur étranger.

Au-delà de cet aspect, ceux qui m’ont le plus marquée, et qui sont également les plus poétiques, ont choisi de se focaliser uniquement sur une des nombreuses métamorphoses du vampire. L’un montre ainsi des voyageurs en proie à une brume les vidant impitoyablement de leur sang (« The Crimson Cloak », Ken Asamatsu), et l’autre des papillons pouvant altérer leur apparence dans une histoire de fantômes empreinte de mélancolie (« A Piece of Butterfly’s Wing », Nanami Kamon). Celui qui clôt l’ouvrage, « Parasol » de Masahiko Inoue, délicat et exempt de noirceur, s’éloigne pour sa part de la tradition en suggérant la nature vampirique des personnages par la seule évocation des ombrelles colorées les protégeant du soleil.

Je regrette que dans un certain nombre de nouvelles les auteurs aient opté pour des approches et des fins exposant trop ouvertement les choses, au lieu de se contenter de les suggérer. Quelques récits souffrent quant à eux de ne pas avoir été conçus pour une anthologie thématique : l’effet de surprise que devait susciter l’apparition du vampire, sur lequel ils reposent, tombe ici évidemment à plat.

Même si mon appréciation de l’anthologie est en demi-teinte, je n’en regrette pas la lecture. J’y ai découvert, outre un panorama assez large des traitements du mythe dans la littérature nipponne, quelques auteurs – Masahiko Inoue, Kidō Okamoto, Nanami Kamon et Ken Asamatsu – qui m’étaient jusque-là inconnus et dont je lirai d’autres œuvres avec plaisir si j’en trouve des traductions ; c’est déjà précieux en soi.

« Something passed through the darkness. A soft-hued butterfly. No sooner had she noticed one, than there were more, gathering in a great commotion. They landed all over the floor, their yellowish light brown wings erect. The wings closed quietly, opened quietly. When closed, the color seemed paler, softer. Open, the wings were speckled with black. Looking up, she saw more butterflies, clustering on the thin light cord.
Sae opened her eyes and sat up. There were no butterflies to be seen. It had been a dream, on the border of sleep. »

Nanami Kamon, « A Piece of Butterfly’s Wing »

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