Une journée comme les autres

 

 « Déjà »
 Je soupire intérieurement, c’est ma première pensée de la journée et je suis déjà fatiguée. J’aimerais bien rester au chaud dans mon lit, me reposer. Me lever à neuf heures, me faire un thé, regarder la télé. Me balader en culotte dans la maison et faire des crêpes à seize heures, des crêpes au chocolat. Ça fait longtemps que j’ai pas mangé de crêpes.
 Ça doit être bien, d’avoir le luxe de pouvoir flâner toute la journée. Ne rien faire. Oh ! j’en rêve, siroter un verre de vin, me prélasser au bord de la piscine...

 Je soupire et j’ouvre les yeux aussi lentement que possible afin de savourer encore mes dernières petites gouttes de sommeil, je tourne la tête pour voir s’il me reste encore du temps, il fait si sombre, mes yeux prennent un moment à s’adapter à la luminosité. J’entre-aperçois le réveil et j’espère qu’il me reste encore du temps. Je ferme les yeux et je fais une petite prière. J’espère vraiment qu’il me reste au moins, je sais pas, je dirais, trois heures de sommeil. Juste ça, trois petites heures en plus. J’ai jamais été aussi fatiguée, j’espère vraiment de tout mon cœur. Je joints les mains, je les pose même sur mon front, qui sais, ça fonctionnera peut-être aujourd’hui. Je l’espère.
 Mon cœur se gonfle d’espoir, il faut que j’y mette toute ma foi sinon ça ne fonctionnera pas, juste trois heures, trois heures pour dormir.

 J’ouvre lentement les yeux, les mains toujours jointes, le cœur remplit d’espoir et j’aperçois enfin le réveil.
 Il est 06h50.
 Je soupire de déception, je suis épuisée et je dois me lever dans 10 minutes, je suis déçue, je pensais vraiment que ma petite prière allait fonctionner cette fois.
 Bon c’est pas grave, il me reste 10 minutes, je commence à fixer le plafond et j’essaie de me motiver, je respire profondément. Je dois me lever, j’ai pleins de choses à faire aujourd’hui. J’ai pas envie mais je dois le faire, je dois me lever.

 First-thing-first j’ouvre les fenêtres histoire d’aérer la chambre, je secoue les oreillers et je refais le lit. Je ne fais que soupirer mais je suis vraiment fatiguée aujourd’hui. J’espère qu’il fera beau au moins.
 Je refuse de me réveiller aussi tôt pour faire face à un temps qui me déprime encore plus.
 Le soleil n’est pas encore levé mais je sais qu’aujourd’hui sera une belle journée, je peux le sentir, une excellente journée.

 Bon, passons aux choses sérieuses, je dois aller me doucher, je mets un peu de musique et je saute dans la douche, aujourd’hui sera une bonne journée.
 L’eau est super froide, je ne comprends pas, ça fait un moment que j’attends qu’elle chauffe mais elle ne se réchauffe pas, bon. Je prends une douche froide, glacée même, mais c’est pas grave. Je suis toute revigorée comme dirait mon frère. D’ailleurs je me demande comment il va, ça fait un moment que je ne lui ai pas parlé. J’espère qu’il va bien. Je m’enveloppe dans une serviette et je me rends dans ma chambre, j’espère que j’ai pas alerté le chat.

 Il fait trop froid dans la chambre, j’avais oublié de fermer les fenêtres et maintenant je commence à grelotter, bon, ce n’est pas grave je ne vais pas mourir pour un peu de froid, je ferme les fenêtres et je commence à m’habiller.
 Je suis fatiguée, je me suis réveillée 10 minutes avant mon réveil, et j’ai dû prendre une douche froide. C’est pas grave, si je prie assez fort, il y aura peut-être du soleil aujourd’hui. 

 Il gratte déjà ma porte ? Tous les matin le chat vient me réclamer de la nourriture. Il sait très bien que je vais le nourrir, mais tous les matins il hurle comme s’il mourrait de faim. C’est notre petite routine au fond. Je fini de m’habiller en vitesse et je vais nourrir le chat avant qu’il fasse une crise.  
 Je déteste les chats, encore plus les chats noirs. Mais comme celui-là vient tous les jours réclamer sa nourriture, j’ai appris à l’aimer je crois. Fallait le voir au début, tout maigre, tout laid. Il passait de porte en porte pour réclamer à manger, mon cœur s’est naturellement attendrit. 
 De vrais sorciers les chats, tu les détestes et un jour tu te retrouves à te cogner sur un meuble par précipitation parce que tu ne veux pas les faire attendre.
 Je me redresse en soupirant, heureusement que j’ai pas de gosses, je ne sais pas comment j’aurai pu survivre. 
 Bref, j’ai plein de choses à faire aujourd’hui, il faut que je m’active, j’ai pas le temps de rêver. Je vérifie que le petit « Roi » à ses croquettes et son eau et je me prépare à sortir.
 Sac, téléphone, clés, je mets mes chaussures et c’est parti pour une nouvelle aventure.
 Je crois que je suis en retard, je ne sais pas, j’ai jeté mon portable dans mon sac et je ne le vois pas. Pas grave, je le chercherai dans la voiture, je ferme la porte d’entrée. 

 Je me précipite dans le garage, mes clés, la voiture, je pose mon sac sur le siège passager. J’ai toujours pas mon portable, pas grave, je vais le chercher quand je serai sur la route.
 Je démarre la voiture, attache ma ceinture, allume la radio et hausse le volume. J’aime bien les chansons qu’ils passent en ce moment, elles sont toujours entrainantes. 
 J’aime pas conduire quand il n’y a pas de musique. Je trouve ça ennuyant, j’aime vraiment pas.

 J’enclenche la marche arrière, je crois que mon téléphone sonne mais je l’entends à peine, pas grave je rappellerai la personne plus tard. D’un coup, mon cœur commence à s’accélérer, je ne comprends pas, qu’est-ce qui se passe ? 
 Je pose la tête sur le volant et j’essaie de garder mon calme. Je commence à avoir des vertiges. C’est parce que j’ai pas mangé ce matin ?
 Je dois respirer, j’essaie de me concentrer sur ma respiration, mon cœur commence à se calmer mais je me sens toujours aussi mal. 
 Ma tension commence à chuter j’ai des fourmis dans les mains, je recommence à paniquer. J’entends la sonnerie du téléphone. Je me penche vers le siège pour le chercher mais je n’arrive pas à l’atteindre, je crois que je vais m’évanouir. Ma vision se trouble mais je dois rester focus sur le téléphone. Le téléphone, oui, je dois répondre au téléphone. 

 J’ai l’impression de tomber dans le vide, je ne vois plus rien. Il fait noir, je ne comprends pas ce qui se passe. Ma respiration est coupée, je crois que je me noies.
 Mon cœur s’arrête pendant deux secondes et la sonnerie du réveil me sort subitement de mon rêve. 

 Merde ! il est sept heures. 
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