Sur la route d’Aldébaran – Adrian Tchaikovsky

couverture roman Sur la route d'Aldébaran Adrian Tchaikovsky

Le très prolixe Adrian Tchaikovsky (que j’ai lu et apprécié à plusieurs reprises sur ce blog) publie régulièrement romans et nouvelles (au point que je l’ai surnommé Adrian Stakhanovsky et que je le soupçonne d’avoir créé un challenge entre lui et Brandon Sanderson, mais je digresse…). Tout n’est pas bon cependant dans son œuvre, et les « éclaireurs éclairés de la SF » (comprenez, les blogueurs qui lisent beaucoup de V.O. et défrichent – voire déminent – le terrain tout en vénérant un dieu égyptien, ou pas, après tout ils sont chaotiques) veillent pour trier le bon grain de l’ivraie et guider le lecteur, voire l’éditeur. Sur la route d’Aldébaran est passé sous les fourches caudines et c’est mérité selon moi.

Ce n’est pas, pour une fois, chez Denoël que nous découvrons ce texte de Tchaikovsky mais bien chez le Bélial dans ce qui s’est établi comme LA collection mythique de référence pour les nouvelles et novellas (ce qui ne veut pas dire que je les apprécie toutes, hein, faut pas exagérer), j’ai nommé Une Heure-Lumière.

Mon avis

La nouvelle a pour héros un astronaute, Gary Rendell, perdu bien malgré lui dans un Big Dumb Object, une structure spatiale gigantesque qui défie les lois de la physique. Récit à la première personne, l’histoire nous décrit à la fois le quotidien de Gary et sa survie dans un environnement hostile, mais aussi par des flashbacks la découverte de l’objet par les astronomes et la difficile préparation d’une mission internationale pour aller l’explorer.

L’astronaute, on le comprendra rapidement, erre sans but depuis des jours, des semaines ou peut-être même des mois, ayant perdu toute notion du temps dans ces lieux labyrinthiques où de toutes façons, le temps peut être aussi traître que la gravité, la lumière ou l’atmosphère. Gary se nourrit de ce qu’il trouve, même s’il s’agit d’autres explorateurs d’espèces inconnues ! Et s’il ne comprend pas toujours comment fonctionnent les lieux, ou même leur fonction, il n’est pas le seul. Son équipe a disparu (les flashbacks nous expliqueront ce qu’il leur est arrivé, c’est croustillant) et l’humain n’est pas le seul à être piégé dans l’objet stellaire. D’autres créatures y vivent ou y transitent ici. Car s’il a pu entrer, il se peut aussi qu’il en sorte. Mais où sera-t-il alors ?

Les flashbacks, eux, nous racontent la mission, les dissensions et la politique entre des individus issus de nations qui entrent parfois en conflit pendant le long voyage. L’arrivée en vue de l’objet, surnommé le Dieu-Grenouille, les déroute d’autant plus qu’il montre le même aspect quelque soit l’angle sous lequel on le regarde. Il est de plus percé de multitudes d’orifices, pas forcément naturels mais peut-être pas non plus artificiels. Et vu que les drones envoyés l’explorer disparaissent, les humains partent en exploration. la suite, c’est Gary qui la racontera…

Empreint d’humour noir et d’un sacré bagout, avec un narrateur pas vraiment fiable dont la santé mentale est plus que déclinante, ce qui donne lieu à des pensées ou à des actes réjouissants, Sur la route d’Aldébaran est un court texte qui se dévore (uh, uh) et est particulièrement horrifiquement réjouissant. Il nous renvoie, par certains aspects, à l’absurdité du cosmos, aux forces qui nous dépassent et auxquelles notre esprit ne comprend rien (quand il les appréhende), à notre insignifiance… dont il vaut mieux finalement rire. Et fait au passage un pied de nez aux explorations de donjons et aux récits de monstres des labyrinthes… ou des vaisseaux spatiaux. Un bon point de plus pour Tchaikovsky… et le Bélial !

D’autres avis

Le Culte d’Apophis (en V.O.) – Au Pays des Cave TrollsUn papillon dans la luneOmbrebonesMondes de pocheLes Chroniques du ChroniqueurLes lectures du Maki – …

Résumé

(source éditeur)

Aux confins du Système solaire, la sonde spatiale Kaveney découvre… quelque chose — une structure fractale gigantesque dotée d’une propriété étonnante : elle semble présenter la même face quel que soit l’angle sous lequel on l’observe. Vite surnommé le Dieu-Grenouille en raison de son apparence vaguement batracienne, l’artefact fascine autant qu’il intrigue, d’autant que son origine non-humaine ne fait guère de doute. Face à l’enjeu majeur que représente pareille trouvaille, un équipage international de vingt-neuf membres est constitué. Avec pour mission, au terme d’un voyage de plusieurs dizaines d’années dans les flancs du Don Quichotte, de percer les mystères du Dieu-Grenouille. Or, ce qui attend ces ambassadeurs de l’humanité défie tous les pronostics. Toutes les merveilles. Toutes les horreurs…

Editeur : Le Bélial – Traduction : Henry-Luc Planchat – Date de parution : 18/11/2021 – 160 pages

L’Auteur

(source éditeur)

Né en 1972 à Woodhall Spa, dans le Lincolnshire, Adrian Tchaikovsky, après des études de zoologie et de psychologie, a longtemps travaillé comme juriste. Écrivain à plein temps depuis 2018, trois de ses romans ont été publiés à ce jour en France, tous chez Denoël, dont le premier d’entre eux, le très remarqué Dans la toile du temps, lauréat du prix Arthur C. Clarke. Il est aujourd’hui considéré comme l’une des voix les plus prometteuses des littératures de l’Imaginaire britannique.
Improbable rencontre entre La Grande Porte de Frederik Pohl et le Alien de Ridley Scott, Sur la route d’Aldébaran est sa première apparition dans la collection « Une heure-lumière ».

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