Rituel de l’absence

Notes avant lecture / écoute : « Rituel de l’Absence » était initialement une longue nouvelle ou un court roman (peu importe le format) écrit entre 2014 et 2017. S’articulant autour de poèmes, généralement en prose. Le narrateur essayait de décrire son amour véritable pour une femme imaginaire. J’ai composé jusqu’à aujourd’hui des fragments musicaux en lien avec ce texte qui sont devenus un seul et unique morceau en « trois actes ». Je propose d’écouter ces actes à l’aune des textes ci-dessous. Ils correspondent à des phases musicales particulières et sont intimement liés dans leur processus de création.

(PS : L’écoute au casque est très fortement conseillée)

 
Introduction (00:00 – 1:50)

Elle se tenait devant moi, entièrement nue, prête à m’offrir son corps et son esprit, allongée sur le ventre, le pied droit suspendu en l’air, pointant ses doigts de pieds vernis vers le plafond craquelé de la chambre. Aurait-elle eu le pouvoir étrange de fendre le ciel ? Légèrement cambrée, la tête à demi tournée vers moi, une cigarette éteinte coincée dans le coin de ses lèvres, des cendres froides sur son sein droit, le regard perdu, indifférente, désenchantée, omnisciente, elle détenait la vérité du monde dans les moindres mouvements de sa nuque. J’étais comme subjugué par tant de beauté, irradié par sa nonchalance, jamais alors je n’étais tombé amoureux d’une personne, seulement d’instants, de portraits figés comme des temples de cristaux, d’une main en caressant une autre, d’un regard dérobé dans une station de métro, d’une fille de dos, d’un monde inhabité par son souffle…

Acte I (1:50 – 04:30)

Je me souviens de ce visage que je n’ai jamais croisé. La lumière du crépuscule souligne ses traits quand elle me sourit, ses mains, pareilles à des notes de piano, courent sur mon bras et éveillent mon âme.

Je sens à nouveau les fibres de mon corps, quand ses pieds nus sur le sol, dressés sur leur pointe, déplacent d’un mouvement précis et singulier, les lèvres du miracle qui scellent notre rencontre.

C’est un visage lointain et familier, comme une fresque d’un ancien monde ou d’une vie antérieure. C’est un sourire qui déchire le temps et l’espace et se grave dans ma mémoire, comme l’improbable fulgurance des amours fictionnels.

Après des années de sécheresse, après les langues sableuses dans ma bouche, après les mains sirupeuses sur mon visage, après les cœurs-fossiles dans ma poitrine, après les torrents de sarcasme, après l’indifférence, après la morne résignation et le fléau des âmes, brûlait enfin dans ma gorge, la flamme retrouvée des débuts d’incendie.

Que tout brûle désormais, le grand embrasement sera ou ne sera point, il est l’heure, nous sommes au croisement des grands rendez-vous, ne nous manquons plus…

Acte II (06:05 – 10:20)

Les doux murmures des sonorités électroniques, ceux qui bercent la nuit et défient le jour de se lever, ils lui soufflent dans l’oreille et lorsqu’elle ferme les yeux, elle n’est plus de ce monde.  Elle tourne sur elle-même, dans le sillon de ses pas alourdis, elle plane au-dessus des brèches et des petites existences tranquilles… La banalité est un lointain souvenir, car elle dort d’un sommeil éveillé, ils ne savent pas eux, qu’ils ne savent rien et que elle, à ce moment précis, elle sait tout.

Vibrante respiration qui saisit tout son être, elle tremble de bonheur et parfois même, elle pleure. Elle pleure parce qu’elle se voit seule dans le creux de la foule suspendue, ces âmes errantes se perdant tous les soirs dans les confins de la nuit, les yeux vitreux, mais la tête bien pleine, déformant leur silhouette qui mord l’obscurité. La nuit s’est envolée, mais son esprit habite encore les plus fous, ceux qui hurlent à la vie sous la pleine lune blafarde.

Le soleil réchauffe les cœurs abîmés, ils sont encore en pleine cure d’insomnie, suspendus dans un songe synthétique. Elle voit des vagues, elles ondulent tranquillement, des mains fouettent mollement l’air et s’entremêlent, se touchent, se caressent, des bouches se rencontrent, tendrement, un bras se laisse tomber dans le creux d’une épaule et efface d’un geste tout le reste. Ici, l’humanité a décidé de tout pardonner et elle s’aime à nouveau dans une transe singulière.

Le paysage s’est emparé de la lumière des petits matins, il se dévoile sous un autre jour et semble contenir en son sein, la beauté des mondes oubliés. Elle jubile, elle est belle et si lointaine, seule dans la foule hypnotisée, elle danse d’un même rythme et communique avec le monde entier, elle renoue avec tout, redécouvre les corps, les peaux sans filtres et leur texture, les gens sont beaux, furieusement, ils transpirent d’une rage éclatante, une force sauvage émane de leurs déambulations, ils exultent, se purifient quand les mille mesures de vérité sont battues. Avec ce remède contre le vide, rien ne peut les arrêter, ils n’ont plus peur du jour les enfants de la nuit et leurs rêves sacrifiés sont si beaux quand ils dansent.

Acte III (11:45 – 14:50)

Toi en pleurs sur le quai du métro. Petits mots glacés par satellite. Tes yeux mouillés au son de mon départ. Silence de plomb le mat s’enfuit. Vingt-cinq images secondes sur une toile, nous dormons au matin avec un goût de nuit. Promesses solennelles et c’est déjà l’automne, je sombre dans l’oubli, les vagues mouillent mon visage.

Conclusion (14:50 – 17:26)

Je me souviens d’éclats dorés dans les cieux grisâtres du sommeil, de la splendide Paris qui s’effeuille dans les songes, de l’ombre délicieuse dont les douces merveilles, rayonnent dans le sillage qui m’entraîne et me plonge…

Dans le puits sans fond de deux yeux chamarrés, où je vois les chemins d’une vie mal tracée, au croisement, deux silhouettes familières s’effleurent, cherchant le chemin escarpé de leurs peurs, on ne voit plus leurs pas, ils avancent dans un sens, même sentier ou routes tout à fait différentes ?

Peu importe, car il reste figé dans cette transe, leur deux mains scellées dans le bruit de l’attente… Peu importe où ils vont les enfants de demain, ils se seront pour un temps enivrés du destin, qui une nuit piégea dans des filets de jade, le souvenir bien réel de leur faste parade.

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Rituel de l’absence

Notes avant lecture / écoute : « Rituel de l’Absence » était initialement une longue nouvelle ou un court roman (peu importe le format) écrit entre 2014 et 2017. S’articulant autour de poèmes, généralement en prose. Le narrateur essayait de décrire son amour véritable pour une femme imaginaire. J’ai composé jusqu’à aujourd’hui des fragments musicaux en lien avec ce texte qui sont devenus un seul et unique morceau en « trois actes ». Je propose d’écouter ces actes à l’aune des textes ci-dessous. Ils correspondent à des phases musicales particulières et sont intimement liés dans leur processus de création.

(PS : L’écoute au casque est très fortement conseillée)

 
Introduction (00:00 – 1:50)

Elle se tenait devant moi, entièrement nue, prête à m’offrir son corps et son esprit, allongée sur le ventre, le pied droit suspendu en l’air, pointant ses doigts de pieds vernis vers le plafond craquelé de la chambre. Aurait-elle eu le pouvoir étrange de fendre le ciel ? Légèrement cambrée, la tête à demi tournée vers moi, une cigarette éteinte coincée dans le coin de ses lèvres, des cendres froides sur son sein droit, le regard perdu, indifférente, désenchantée, omnisciente, elle détenait la vérité du monde dans les moindres mouvements de sa nuque. J’étais comme subjugué par tant de beauté, irradié par sa nonchalance, jamais alors je n’étais tombé amoureux d’une personne, seulement d’instants, de portraits figés comme des temples de cristaux, d’une main en caressant une autre, d’un regard dérobé dans une station de métro, d’une fille de dos, d’un monde inhabité par son souffle…

Acte I (1:50 – 04:30)

Je me souviens de ce visage que je n’ai jamais croisé. La lumière du crépuscule souligne ses traits quand elle me sourit, ses mains, pareilles à des notes de piano, courent sur mon bras et éveillent mon âme.

Je sens à nouveau les fibres de mon corps, quand ses pieds nus sur le sol, dressés sur leur pointe, déplacent d’un mouvement précis et singulier, les lèvres du miracle qui scellent notre rencontre.

C’est un visage lointain et familier, comme une fresque d’un ancien monde ou d’une vie antérieure. C’est un sourire qui déchire le temps et l’espace et se grave dans ma mémoire, comme l’improbable fulgurance des amours fictionnels.

Après des années de sécheresse, après les langues sableuses dans ma bouche, après les mains sirupeuses sur mon visage, après les cœurs-fossiles dans ma poitrine, après les torrents de sarcasme, après l’indifférence, après la morne résignation et le fléau des âmes, brûlait enfin dans ma gorge, la flamme retrouvée des débuts d’incendie.

Que tout brûle désormais, le grand embrasement sera ou ne sera point, il est l’heure, nous sommes au croisement des grands rendez-vous, ne nous manquons plus…

Acte II (06:05 – 10:20)

Les doux murmures des sonorités électroniques, ceux qui bercent la nuit et défient le jour de se lever, ils lui soufflent dans l’oreille et lorsqu’elle ferme les yeux, elle n’est plus de ce monde.  Elle tourne sur elle-même, dans le sillon de ses pas alourdis, elle plane au-dessus des brèches et des petites existences tranquilles… La banalité est un lointain souvenir, car elle dort d’un sommeil éveillé, ils ne savent pas eux, qu’ils ne savent rien et que elle, à ce moment précis, elle sait tout.

Vibrante respiration qui saisit tout son être, elle tremble de bonheur et parfois même, elle pleure. Elle pleure parce qu’elle se voit seule dans le creux de la foule suspendue, ces âmes errantes se perdant tous les soirs dans les confins de la nuit, les yeux vitreux, mais la tête bien pleine, déformant leur silhouette qui mord l’obscurité. La nuit s’est envolée, mais son esprit habite encore les plus fous, ceux qui hurlent à la vie sous la pleine lune blafarde.

Le soleil réchauffe les cœurs abîmés, ils sont encore en pleine cure d’insomnie, suspendus dans un songe synthétique. Elle voit des vagues, elles ondulent tranquillement, des mains fouettent mollement l’air et s’entremêlent, se touchent, se caressent, des bouches se rencontrent, tendrement, un bras se laisse tomber dans le creux d’une épaule et efface d’un geste tout le reste. Ici, l’humanité a décidé de tout pardonner et elle s’aime à nouveau dans une transe singulière.

Le paysage s’est emparé de la lumière des petits matins, il se dévoile sous un autre jour et semble contenir en son sein, la beauté des mondes oubliés. Elle jubile, elle est belle et si lointaine, seule dans la foule hypnotisée, elle danse d’un même rythme et communique avec le monde entier, elle renoue avec tout, redécouvre les corps, les peaux sans filtres et leur texture, les gens sont beaux, furieusement, ils transpirent d’une rage éclatante, une force sauvage émane de leurs déambulations, ils exultent, se purifient quand les mille mesures de vérité sont battues. Avec ce remède contre le vide, rien ne peut les arrêter, ils n’ont plus peur du jour les enfants de la nuit et leurs rêves sacrifiés sont si beaux quand ils dansent.

Acte III (11:45 – 14:50)

Toi en pleurs sur le quai du métro. Petits mots glacés par satellite. Tes yeux mouillés au son de mon départ. Silence de plomb le mat s’enfuit. Vingt-cinq images secondes sur une toile, nous dormons au matin avec un goût de nuit. Promesses solennelles et c’est déjà l’automne, je sombre dans l’oubli, les vagues mouillent mon visage.

Conclusion (14:50 – 17:26)

Je me souviens d’éclats dorés dans les cieux grisâtres du sommeil, de la splendide Paris qui s’effeuille dans les songes, de l’ombre délicieuse dont les douces merveilles, rayonnent dans le sillage qui m’entraîne et me plonge…

Dans le puits sans fond de deux yeux chamarrés, où je vois les chemins d’une vie mal tracée, au croisement, deux silhouettes familières s’effleurent, cherchant le chemin escarpé de leurs peurs, on ne voit plus leurs pas, ils avancent dans un sens, même sentier ou routes tout à fait différentes ?

Peu importe, car il reste figé dans cette transe, leur deux mains scellées dans le bruit de l’attente… Peu importe où ils vont les enfants de demain, ils se seront pour un temps enivrés du destin, qui une nuit piégea dans des filets de jade, le souvenir bien réel de leur faste parade.

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