Prologue: La grande traversée

    La wyverne des mers fendait les vagues avec fracas. Le navire tirait son nom de sa majestueuse figure de proue, sculptée avec minutie par les maîtres charpentiers de l’Ancien monde.

Doomax scrutait l’horizon non loin. Il doutait une énième fois de la pertinence de son choix. Etait-ce raisonnable de quitter son gagne-pain certes ennuyeux mais sécuritaire ? Etait-ce le bon moment maintenant qu’il venait juste d’être père ? Au fond de lui-même il connaissait les réponses. C’est pour cela qu’il avait rejoint la cinquième flotte. La grande chasse était sa passion. Désormais elle sera aussi sa vie. Son amie Samus n’était pas totalement étrangère à ce changement radical de vie. Ses longs récits de chasse dans les tavernes l’avaient toujours rendu envieux, même si souvent ils étaient enjolivés par des quantités déraisonnables de bière. Il était dommage qu’elle ne soit pas avec eux, son expérience était requise sur le navire de tête.

 » Ne t’inquiètes pas, tu pourras bientôt la revoir.

– Après toutes ces années tu es toujours jalouse d’elle ? » Doomax se retourna, le sourire aux lèvres. Oyapoké l’avait rejoint à l’avant du bateau, leur bébé dans les bras. Il les enlaça tendrement , embrassa son épouse et déposa un baiser sur le front de son fils.

 » Dino a bien mangé ?

– Oui, il a bu des deux seins », rétorqua-t-elle avec fierté. »

L’enfant sourit à son père comme il en avait l’habitude, ponctué par un petit cri strident. Il tira ensuite sur les longs cheveux couleur d’onyx de sa mère.

 » Qu’est-ce que c’est que çà ? « , interrogea-t-elle en pointant du doigt dans la direction que la flotte empruntait.

 » Quoi donc ? Je ne vois rien.  »

Oyapoké avait une excellente vue, elle remarquait souvent des détails à des distances improbables.

 » Là-bas, un peu plus loin devant le bateau de Samus! s’exclama-t-elle. Il y a une sorte de remous. »

Sa phrase à peine terminée, un grondement sourd se fît entendre, semblable à celui précédent un séisme.

 » Retourne dans nos appartements, vite ! », ordonna Doomax. Son instinct le trompait rarement en cas de danger. La mer s’agitait de plus en plus. Le grondement s’intensifiait.

 » Pilotin, envoie une fusée de détresse!, exigea-t-il avec fougue.

– Mais pourquoi Monsieur ?

– S’il te plaît fais le, vite! »

Le jeune apprenti s’en empara d’une et l’alluma. Au moment même où la fusée s’élevait dans les airs avec son panache de fumée rouge, un énorme rocher jaillît de l’océan en un tournemain. Au travers d’un épais nuage de vapeur, on apercevait des rivières de lave incandescente qui s’écoulait sur chacun de ses flancs.

« A tribord toute! », s’écria le capitaine.  » Que tous ceux qui ne sont pas nécessaires à la navigation rentrent à l’intérieur ! Sur-le-champ ! »

La wyverne des mers s’éloignait ainsi peu à peu du rocher, qui paraissait à présent aussi grand qu’une montagne. Doomax avait rejoint la poupe et cherchait du regard le navire de Samus. Les deux bâtiments les plus proches de l’incident avaient disparu de son champ de vision, qui était obstrué par les voiles du restes de l’escadre, par l’embrun, et par les exhalaisons de l’ îlot rougeoyant nouvellement formé. Cet îlot qui semblait bouger. Cet îlot qui semblait le regarder.

bataille san jose_0_1522349893488_1522353370298_1522354989627.jpg

Both comments and pings are currently closed.

Comments are closed.