Prendre le risque

Je fais partie de ces gens qui voient toujours le verre à moitié plein. Il y a quelques années, j’ai vécu une courte relation qui a été au final plus douloureuse qu’autre chose. A l’heure actuelle, je n’en garde que les bons souvenirs et je ne regrette absolument pas ce par quoi je suis passée. Cette aventure m’a permis d’apprendre pas mal de choses sur moi-même et, petit plus, elle m’a inspiré la nouvelle que vous pouvez lire ci-dessous. Pour ceux qui se poseraient la question, ce récit est très éloigné de la véritable histoire.

Photo de Marta Wave sur Pexels.com

C’est une sensation horrible quand quelqu’un vous manque. Cette impression de ne pas parvenir à respirer pleinement, ce sentiment d’urgence qu’on ressent, cette vive impatience, cette oppression dans la poitrine qui donne envie de réagir, de bouger et cette impossibilité de penser à autre chose. Votre esprit est obnubilé par une seule et même idée : revoir cette personne. Lui parler, la respirer, la câliner, l’embrasser, profiter tout simplement de sa présence. Tout ce qui compte quand on vit ces instants de manque, c’est ce moment où, enfin avec l’être aimé, tout votre corps va se détendre et vous allez finalement avoir l’impression d’inspirer à nouveau.

Du moins, quand on a la chance d’avoir cette opportunité …

Cette chance, elle aurait pu l’avoir. Si son ex-petit ami appartenait maintenant au passé, c’était bien de sa faute à elle.

Trois mois déjà qu’elle l’avait quitté. Trois mois que cette sensation de manque, elle, ne l’avait pas fait. Et maintenant, elle devait vivre avec cette insupportable tension dans la poitrine qui ne pouvait désormais plus disparaître car, à un moment donné, elle avait décidé de ne plus jamais revoir cet homme.

Enfin, pas tout à fait …

Elle était en route vers sa maison. Cette nuit-là, le malaise était trop fort. Elle avait besoin de sa dose de lui. Son visage, son odeur, ses bras autour d’elle, la sensation de sa peau sur ses doigts, …

Que pouvait-il bien y avoir chez ce gars qui la mettait dans un tel état ?

Elle avait réussi à résister pendant trois mois. Pas un coup de téléphone, pas un message, pas une visite.

Et pas un seul jour où elle n’avait cessé de penser à lui.

Dire qu’elle l’avait quitté pour un autre. Deux années de relation brisée en quelques jours parce qu’elle avait rencontré l’homme parfait, celui qui correspondait pratiquement points par points à tout ce dont elle avait toujours rêvé de trouver chez un homme. Quelqu’un qui pensait comme elle, qui voyait le futur comme elle, qui aimait les mêmes choses qu’elle. En plus, il était beau et fou amoureux. Il était sa propre perle rare, l’homme qu’elle avait espéré trouver depuis qu’elle était ado.

Et pourtant, c’était devant la maison de son imparfait d’ex-petit ami qu’elle se garait maintenant, parce que c’était de sa présence à lui dont elle n’arrivait plus à se passer.

Depuis le début de leur relation, elle savait que leur couple avait une date de péremption. Il n’était pas du tout ce qu’elle recherchait. Il était trop jeune, trop immature, trop égoïste. Elle n’aimait pas sa façon de s’habiller, ni la musique qu’il écoutait. Il faisait trop souvent le con et ça avait tendance à l’exaspérer. Il n’était rien de ce qu’elle voulait trouver chez un homme.

Et pourtant …

Il avait quelque chose. Elle ne savait pas dire quoi exactement, ni à l’époque, ni maintenant. C’était corporel. Ou sexuel. Une attirance qui n’avait pas de cause définissable. Elle avait pensé que c’était son physique ou sa beauté. Il était à son goût, c’était peut-être aussi simple que ça. Ou c’était sa façon de lui faire l’amour, comme personne ne l’avait jamais fait. Elle qui n’était pas portée sur la chose ne parvenait pas à se lasser de s’envoyer en l’air avec lui.

Oui, définitivement, il y avait un truc chez lui qui faisait qu’elle était irrésistiblement attirée. Il suffisait à ce gars de la regarder ou de lui sourire et elle oubliait tout. Pendant deux ans, elle lui avait tout pardonné : sa négligence, ses non-dits, ses excuses bidons, … Il n’était pas méchant, il n’était même pas le pire des petits amis qu’elle ait eu. Il tenait à elle, tout le monde le voyait dans ses yeux. Ils étaient justes différents. Elle voulait une relation de couple fusionnelle et lui voulait garder sa liberté.

Mais elle n’avait personne d’autre en vue à l’époque et lui non plus. Alors ils avaient continué à se voir. Le sexe était trop bon, ça aurait été bête de quitter ça.

La vérité c’est que, pendant longtemps, elle n’était pas parvenue à rompre. Plusieurs fois, elle s’était promis de le faire. Quand il annulait un rendez-vous au dernier moment pour aller voir ses potes ou quand il partait le dimanche matin parce qu’il préférait passer la journée devant sa console plutôt qu’avec elle. Toutes ces fois où il lui faisait de la peine ou la mettait en colère, elle se promettait que c’était la dernière.

Chaque fois, elle se ravisait.

Il y avait tant d’excuses. Il était jeune. Il n’était pas prêt pour une relation sérieuse. Il tenait quand même à elle, bien qu’à sa façon. Et puis, il n’y avait toujours personne d’autre.

Pendant deux ans, elle avait été persuadée qu’elle n’était restée avec lui qu’à cause de son attirance physique, à cause de ce corps qui agissait sur elle comme une véritable drogue. Et à cause du manque de choix.

Ce soir, debout devant la porte de sa maison, elle avait la certitude qu’elle était restée parce qu’elle était tombée amoureuse de lui à un moment donné. Quand ? Elle aurait bien été incapable de le dire. Pourquoi ? Ça resterait un mystère. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’il lui avait fallu rompre pour s’en rendre compte.

Elle l’avait quitté pour être avec son homme idéal, ce nouveau petit ami parfait. Il voulait passer tout son temps avec elle, il était fusionnel, ses potes passaient après, il n’annulait jamais leurs rendez-vous.

Et pourtant …

Comment tout ce qu’on avait toujours désiré avoir pouvait soudainement paraître insuffisant ?

Comment tout ce qui paraissait insuffisant pouvait soudainement sembler idéal ?

Elle remarquait maintenant toutes les attentions qu’elle n’avait pas vues auparavant. Son ex qui n’avait jamais passé deux jours sans lui envoyer de messages. Qui ne cessait de l’embrasser et de la prendre dans ses bras quand il venait enfin la voir. Qui n’avait jamais émis la moindre critique envers elle. Qui l’avait toujours encouragée et complimentée. Qui n’avait jamais perdu patience ni haussé le ton. Qui avait toujours été honnête concernant son implication envers elle.

Alors oui, il était jeune et il n’était pas parfait. Oui il était définitivement difficile à atteindre et il aimait un peu trop se faire désirer. Oui il resterait ce gars indépendant qui prétend s’en foutre alors que tous ses gestes montrent le contraire. Oui il resterait celui qui lui ferait mal au cœur quand il ne se montrerait pas suffisamment présent.

La main tendue vers la sonnette, elle se dit qu’elle avait sans doute tort de vouloir revenir auprès de lui et que leur relation était toujours vouée à l’échec. Mais quand un être vous manquait à ce point, est-ce que ça ne valait quand même pas le coup de prendre le risque ?

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