Prendre la mesure de la démesure

Image extraite de Dysphoric de Vaishnavi Sundar

Ai-je manqué de mesure et de nuance ? La critique du transgenrisme, presque proscrite puisque considérée comme de la transphobie, manque certes de calme et de tête reposée. Ceux qui s’y prêtent sont en danger : risque de procès, perte de poste, de revenus, d’opportunités, menaces de violences telles qu’elles exigent pour certains des escortes ; et ils défendent des gens également en danger, qui ont besoin de secours au plus vite : les plus vulnérables des enfants et des femmes.

Quant à moi, je ne peux pas garder une distance critique raisonnable quand je vois des femmes luttant pour les femmes, notre avant-garde dans la défense de nos droits, être menacées de viol et de mort et ensuite être considérées par la société comme haineuses et donc détestables, sans parler des victimes d’agressions sexuelles jugées coupables de mégenrer leur agresseur comme d’un fait d’une gravité inégalable, ou des sportives dont les trophées et les prix sont honteusement dérobés, de même quand je vois des enfants et des ados aux prises avec des troubles et des traumas qu’ils ne parviennent pas à formuler autrement que par une dissociation corporelle être brutalisés systématiquement par des traitements expérimentaux, sans aucun fondement scientifique – et je ne jure pas que par la science, mais tout soin médical, surtout aux effets aussi graves et irréversibles, doit être justifié scientifiquement.

L’impatience qui monte dans mes derniers articles vient de mon incapacité à agir et aussi de ceux qui ne reconnaissent pas l’évidence. Je sais que la majorité la voit, qu’elle est aussi bouleversée que moi, mais d’autres répètent que la réalité est plus complexe que ce que j’en dis. Or la réalité n’est pas toujours complexe. La violence n’est pas nuancée. L’abus n’est pas mesuré. Je suis prête à débattre, même s’il vaudrait mieux agir, mais dans ce cas, il faut s’informer autant que moi et avancer des arguments articulés et étayés sur des faits, et non de l’idéologie ou du ressenti.

Qu’avancer contre l’évidence d’une expérimentation sauvage sur mineurs qui va à l’encontre de toutes les recherches en psychologie et en médecine ? Qu’avancer contre l’évidence du dommage fait aux femmes qui voient leurs espaces et leurs postes être envahis par des hommes et ne peuvent même plus habiter leur nom ? Qu’avancer contre l’évidence d’un interdit de pensée inscrit dans la loi, puisque l’identité de genre ne peut plus être niée, tandis que le sexe l’est ?

Je répète que ma critique ne touche pas les trans en tant que personnes, mais seulement cette atteinte des transactivistes aux droits humains : ceux des femmes, des enfants et de la liberté de pensée. Sur ce dernier point, la question n’est pas si les transfemmes sont des hommes ou des femmes, comme le répètent les pancartes des uns et des autres, mais de donner à chacun le droit de penser ce qu’il veut, de le dire s’il le souhaite et d’agir en conséquence. Notre ressenti ne peut pas décider de la perception de tous les autres, notre croyance personnelle ne peut pas devenir une vérité universelle. Si la distinction sexuelle est rétablie dans la loi, si ces traitements sur mineurs sont interdits et si nous sommes de nouveau autorisés à reconnaître ou non une croyance selon nos convictions au lieu qu’elle nous soit imposée, je me désintéresserai de ce débat sur les trans qui seraient ou non du sexe auquel ils s’identifient – que chacun croit ce qui lui sied.

Comme je découvre ces sujets, j’ai pu en peindre une image simpliste, en particulier du féminisme queer et en général de la théorie queer. Je la connais par l’intermédiaire du féminisme radical qui s’y oppose et en relève donc le négatif. Par contre, je n’ai pas caricaturé le transactivisme. Son idéologie est d’une désespérante simplicité et cette simplicité devient coupable quand elle prétend au soin psychique, car elle s’applique alors à la complexité de l’esprit humain et le blesse et le mutile pour le faire entrer dans ses cadres. Les extrémistes ici ne sont pas, comme on veut le faire croire, les féministes ni les thérapeutes, qui n’appellent qu’à la précaution et à la prise en compte de la singularité de chacun, contre la précipitation du transgenrisme à embrigader des jeunes qui cherchent leur identité.

Ma position est parfaitement illustrée par le documentaire Dysphoric de Vaishnavi Sundar. En quatre parties, composé d’interviews face caméra avec des adultes, ce qui évite toute spectacularisation des enfants, et surtout avec des spécialistes (psychiatres, psychologues, psychanalystes) et des détransitionneuses. Il prend toute la mesure de la démesure actuelle, en abordant avec précision et exhaustivité les questions que soulève le transgenrisme, bien que principalement du point de vue des femmes et des filles. Sa réalisatrice, une Indienne, souligne par ailleurs le mal que fera une telle idéologie, élaborée dans les universités du Nord, par une élite favorisée, dans les pays du Sud où elle commence à se diffuser, là où les gens n’ont pas forcément les moyens symboliques pour se défendre contre elle et où les droits des femmes sont encore des acquis fragiles et en construction.

Je n’ai pas l’habitude de partager autant de documents sur ce site, mais je pense que cette question manque d’une médiatisation qui ne soit pas de la propagande et qu’il faut autant que possible participer à la diffusion d’une information authentique.

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