PAUSE PIPI

« Papa ! J’ai envie pressée ! »

Zbglkf soupira. Les 15 000 premières années-lumières de trajet s’étaient bien déroulées pourtant : la circulation était fluide dans ce coin de l’univers.

L’autoradio égrénait des chansons humoristiques Antariennes, et Fglmvr, assise sur le siège passager, n’avait pas trop râlé quand il avait abandonné la voie rapide pour prendre le chemin des écoliers :

« – C’est toujours plus marrant par les petites routes.

Ton père nous emmène toujours dans des endroits pas possibles ! » avait-elle lancé à son fils.

Jsqn, assis sur la banquette arrière, avait à peine levé les yeux de sa bande dessinée. Il avait l’habitude que sa mère parle du paternel à la troisième personne pour lui faire un reproche. Il n’était pas concerné.

A l’heure du repas, on s’était arrêté près d’un soleil pour manger sur le pouce : des sandwiches à l’yttrium mariné, arrosé d’azote liquide issue du thermos familial. Puis la petite famille était remontée dans le véhicule et avait poursuivi sa route.

Et maintenant, le petit Jsqn réclamait qu’on s’arrête de nouveau, pour pouvoir se soulager.

« – Tu ne pouvais pas le faire tout à l’heure ? » dit Zbglkf à son fils.

« Mais j’avais pas envie ! Arrête toi, Papa, s’il te plaît ! C’est pressé ! »

Bon, je vais essayer de trouver un coin où me garer ». Il aperçu, à proximité, une planète minuscule, à peine plus grosse qu’un ballon, mais Jsqn pourrait y tenir debout ; il rangea son HXKCX 5000-L à côté.

« Voilà ! Et ne traîne pas, sinon nous ne serons jamais arrivé à temps. »

A peine dehors, Jsqn cria « Papaaa ! C’est plein de flaques ! ».

« Trouve un coin de terre ferme et dépêche toi ! On a pas toute la journée ! »

Sa petite affaire terminée, Jsqn remonta dans l’astronef en ronchonnant : « Ça sentait mauvais ! Et puis, c’était plein de fourmis !

– J’espère que tu n’en as pas écrasé. Ces petites bêtes ne t’ont rien fait.

– Non, Maman, promis, j’y ai pas touché. De toute façon, c’était plein de beurk… »

– Bon, c’est fini ? Alors on repart ! » dit Zbglkf, agacé, en repassant en vitesse luminique.

Et ils s’en repartirent, pressés d’arriver au camping intergalactique où les attendaient déjà leurs voisins, Gigantiens également.

Chaque départ en vacances, pour chaque race de l’univers, coïncide avec le même empressement des pères à quitter au plus vite les grands axes, pour mieux éviter les astro-péages et leurs tarifs exorbitants. Ainsi, cela arrive de plus en plus souvent que les planètes les moins fréquentées soient visitées par les piques-niqueurs, ou se voient offrir un souvenir venu d’un enfant pris d’une envie pressante.

Les traces de pas laissées par Jsqn, sur la côte Est des Etats-Unis, existent toujours.

On peut même les visiter !

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