Nouvelle : Dernière ligne droite. Romain Scorta

La lanière du sac s’arrache, il manque de me glisser de l’épaule. Je le rattrape de justesse, les trois bouteilles tintent l’une contre l’autre à l’intérieur. Si l’une se casse – ou les trois –, mon programme de la soirée sera gravement compromis. Mais c’est pour plus tard. Pour l’instant, il faut que je roule. Que je m’éloigne. Les quatre cylindres du moteur lui font pousser des hurlements épouvantables, alors que je la torture depuis des heures. A peine une pause pour l’essence, un battement de cils, et je la relance. Je lui arrache ces vrombissements terribles qui déchirent cette campagne morte, dépossédée de toute vibration. Je lui rends le vacarme des hommes. Je la plie à ma propre furie. Pas un hérisson, pas un rat n’oserait venir passer sous mes roues. Ils savent que ce n’est plus leur royaume.

J’ai du mal à réajuster le sac à cette vitesse. Je ralentis, et d’un geste rendu gauche par mon éreintement, je passe la lanière survivante par-dessus ma tête, laissant le sac pendre en bandoulière. L’autre, je n’arriverais pas à la rafistoler en roulant. Ça attendra mon prochain arrêt.

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Romain Scorta

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