Nous sommes les chasseurs – Jérémy Fel – Service de Presse

Titre : Nous sommes les chasseurs

Auteur : Jérémy Fel

Editeur : Rivages

Une (pas si) brève tentative d’histoire de la violence

Construction assez inattendue que celle proposée par Jérémy Fel. On démarre par 26 pages sur le Chili de Pinochet décrivant la mise en scène par les forces de l’ordre d’une arrestation. On part ensuite pour 70 pages en Allemagne, en 1922 pour un récit de fantôme assassin qui nous emmène jusqu’à nos jours. Suivent 10 pages sur l’assassinat, par un faux père noël, du père adoptif pédophile d’un petit garçon sous ses propres yeux, le soir du 24 décembre. On suit ensuite, au tournant des années 80, au agissements d’un guru provoquant un suicide collectif au cyanure, manipulant une femme jusqu’à lui faire croire que son bébé est la réincarnation du mal… et ainsi de suite sur plus de 700 pages.

Le livre de Jérémy Fel tient autant du recueil de nouvelles que du roman. Mais pendant un peu plus de 200 pages, on se demande un peu où on va. Certaines nouvelles sont totalement ancrées dans une réalité historique qui n’a rien de fictionnel avant qu’on passe à des récits plus fantastiques, alors qu’une trame qui se répète de nouvelle en nouvelle tisse un lien entre ces nouvelles si différentes entre elles. Bref, une structure et un récit bien déroutants.

On discerne quelques schémas conducteurs, certains narratifs (l’enfant adopté victime de sévices évoqué plus haut se retrouve dans un chapitre évoquant une pandémie, enfant qui va faire des études littéraires à la Sorbonne et dont les velléités d’écriture donnent lieu au texte qui fait l’ouverture d’un autre chapitre) et d’autres moins subtils (l’auteur use – et abuse – des prénoms en G… Gabriel, Grégory et Grégoire par exemple). On retrouve des lieux ou des personnages qui hantent plusieurs textes, à travers des temporalités différentes.

C’est surtout ce jeu entre les périodes et les événements qui à tendance à perdre un peu le lecteur. Cette multiplicité de temporalités, de lieux, de personnages qui reviennent, pour autant, se marie bien avec la diversité des styles narratifs : textes noirs, textes « horrifiques », textes de science-fiction ou fantastiques…

De cette impression de foutoir narratif, ressort quand même le sentiment que l’auteur veut dresser une sorte de tableau complet de sentiments aussi sombres que le danger, la violence, la force physique. Et donc au final, ce livre finit par tenir la route et construire un chemin à travers les plus noirs desseins humains, les plus atroces perversions. De déroutant au départ, le livre en devient dérangeant et c’est bien là que réside le souhait de l’auteur : dresser un tableau effrayant de l’humanité… Et là c’est plutôt réussi et sort des sentiers battus. A découvrir, si vous avez le cœur bien accroché.

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