Mon "Elle"

Il est extrêmement difficile de faire passer correctement une pensée, un état dans lequel l’on s’est trouvé à un moment donné mais qui vous a marqué.  L’écrit est un exercice difficile. Il faut être concis, et en même temps, prendre le temps de développer sa pensée, employer des mots justes, des mots qui retranscrivent un état d’âme. Il n’y a ni le geste, ni le timbre d’une voix, ni l’émotion qui s’en dégage, qui vont venir aider et soutenir votre argumentaire. Il faut donc tenter d’être au plus près de ce que l’on a ressenti et décrire de la plus juste des manières un état de fait. Ne pas faire de hors sujet, ne pas partir sur une voie sans issue, car il n’y aura pas de rattrapage, pas de correcteur orthographique, une fois que le sujet est écrit, envoyé et réceptionné, je ne serai pas là pour vous regarder le lire et en prendre possession. Je vous imaginerai seulement tenter de comprendre les méandres d’un cerveau que moi seul connait. Comment allez-vous récupérer cette épuisette de lettres alphabétiques, aurez-vous le temps, la patience de vous noyer dans ces quelques lignes, des lignes uniques d’ailleurs car je suis une personne à ne faire l’expérience qu’une fois et passer à autre chose. Il n’y aura pas de retour en arrière, il n’y aura pas de touche ‘suppr’ une fois écrit, pas de filtre non plus. Je souhaite laisser une totale liberté à mon esprit et je vous laisse une totale liberté d’adhérer ou pas, d’aimer ou pas. Je ne suis pas là pour plaire juste tenter de faire vibrer cette feuille un instant, en espérant que la vibration sera un beau voyage même s’il peut être mouvementé. Et si ce voyage pour vous est une mauvaise expérience, barbante, décevante, frustrante, sachez que l’on apprend toujours, même des plus mauvais instants.

Je conçois qu’il est parfois possible de s’écorcher sur des mots. Je le conçois et j’en ai pleinement conscience. Des mots qui, dans leurs absolus, ne seront parfois pas très diplomatiques, des mots qui n’auront pas été polis pour briller, c’est une matière première.  Ils ne seront pas polis aussi dans leurs démesures, ils bousculeront, feront peut-être sourire, questionner. La sincérité de l’âme est fondamentale dans ce voyage, aussi bien la mienne que la vôtre. Oui j’ai bien dit aussi la vôtre, car il vous faudra aussi entrer dans ce voyage sans apriori, sans méfiance, avec sincérité, tel un livre blanc dans lequel vous allez inscrire de nouvelles lignes, ou pas, qui sait finalement, si vous n’allez pas simplement poursuivre votre route, sans que cela ait une quelconque influence…

Si vous poursuivez la lecture, vous risquerez, peut-être, de ne pas avoir saisi le propos parce que ce récit sera peut-être trop éloigné de ce que vous vivez ou de ce que vous concevez de la vie, soit de vous y heurter, vous égratigner l’esprit. Ne craignez rien, la méchanceté m’est étrangère, faire le mal pour le mal n’est pas beau ni dans la littérature, encore moins dans une manière de vivre et d’être. J’aime mon lecteur et je ne se souhaite pas qu’il en sorte meurtri, tout au plus remué, que cela lui amène des questionnements et des affirmations, c’est bien d’avoir des questionnements et des affirmations, cela permet d’avancer. Il n’y a pas de pause, le questionnement c’est comme une barre d’espace sur le clavier, on clique dessus, on ne voit rien mais on avance en silence, c’est un vide remplit de pleins de choses qui permet d’écrire la lettre suivante, de la voir naître, de pouvoir la voir être l’initiatrice d’un mot, d’un élan, d’une phrase, une belle métaphore de ce que peut être une pensée face à la vie, non ?

Dernière chose, ne tentez pas de m’y trouver, finalement ce qui est bien avec l’écriture c’est qu’on y mêle imaginaire, réel et vous y mettrez très certainement votre propre fiction et votre propre réalité.

De la réflexion nait l’interaction même intime…silencieuse…

Il m’est arrivé quelque chose d’étrange, un imprévu, vous savez ce quelque chose qui arrive à une vitesse vertigineuse et qui vous attaque de front. Vous ne l’avez pas vu arriver mais cette étrange prise de conscience, rare, que l’on ne sait pas si elle sera odieuse ou bienveillante, vous attaque de face. Elle a cette prétention de savoir qu’elle va vous bousculer. Prétention qui se transforme en réalité finalement. Pourtant tout était d’apparence paisible cette nuit-là, presque dans un état léthargique. Dans les prémisses d’une nuit d’hiver, ce moment où le corps s’apaise, se relaxe, n’est plus sur ses gardes, où vous êtes seul.e avec vous-même, peut-être en train de refaire dans votre tête votre journée, ou bien prévoir celle du lendemain, ou tout simplement laisser vos idées s’évacuer et votre esprit aller au fil de ses envies d’évasion…et bien cette prise de conscience vous attend tranquillement et sait qu’elle va vous bousculer. Elle connait le moment où vous serez le mieux réceptif pour l’accueillir. Et c’est elle qui a toujours raison.

Comment est-ce arrivé ? un concours de circonstances quand on y réfléchit à postériori.

J’étais paisiblement étendu dans mon canapé, sous deux couvertures, une lumière tamisée, dans une atmosphère Hygge, la télévision en fond sonore. Comme cela m’arrive souvent, c’est pour moi un instant de détente, un bien-être personnel, en rien une routine, je n’aime pas la routine bien que nous en ayons tous une dans notre quotidien. Je venais de finir de regarder une série que je regardais pour la seconde fois. Comme une envie de la regarder à nouveau sans pour autant m’y focaliser, mon ordinateur sur les genoux, je travaillais. Mais attention, travailler en mode détente, nullement sans contrainte, je n’aime pas non plus les contraintes car il me plait de tout faire par envie, du moins je tends de plus en plus vers cette envie de tout faire par envie, sans obligation. Voilà pour moi la véritable liberté. Mais je m’égare…

C’était donc Il y a deux jours, un soir, plutôt une nuit. Il était deux heures du matin…

Entre la télévision, l’ordinateur, et le téléphone portable, tout était à point nommé pour que je sois retenu à cette réalité hypra connectée et pourtant. Mon esprit, s’il n’est pas concentré sur un objectif bien précis, est indomptable et il s’en va errer dans mille pensées. C’est à ce moment là où il s’est focalisé sur une infime information captée un jour lors de mes nombreuses lectures, infime information logée dans ma mémoire. Je l’avais sauvegardé, pour qu’un jour, je puisse la ressortir de son tiroir et m’y attarder. Allez savoir pourquoi ce fut ce soir-là, il y a deux jours où je me suis rappelé ses deux mots : Flammes Jumelles.

A la base, cela ne me disait absolument rien. Et quand quelque chose ne me dit rien, je me renseigne ; j’étais allé voir une première fois la définition de ce terme au moment où je l’avais entendu sans même penser qu’il serait peut-être cette croisée des chemins que l’on décide de prendre quand un choix s’impose à nous. Mais pour l’instant, jusqu’à il y a deux jours, ce terme était si naïf à mes yeux que je n’y prêtais guère attention. Mais, par moment, nous faisons des choses sans raison, instinctivement. Je suis donc allé me documenter un peu plus en profondeur. Je souhaitais savoir le véritable sens, ce qui en découlait, et puis, ensuite, j’irais me coucher car il se faisait tard.

Et puis, il y eut un court instant, quelques minutes mais qui m’ont paru une éternité. Plus rien n’existait dans le salon, j’étais absorbé par ce que je lisais. Et plus je lisais et plus je faisais face à ma propre réalité. Comment était-ce possible ?  J’étais éberlué, assommé, sous le choc je n’arrivais plus à penser. Je ne voyais que ces pièces de puzzle qui se mettaient en place dans ma tête pour ne former qu’un portrait, portrait que je ne connaissais que trop bien, pour l’avoir imaginé, regardé souvent, contemplé, pour me le remémorer dans le moindre de ses contours. Je le faisais dès que j’avais un peu de temps dans la journée ou dans la nuit, non pas que je ne m’en souvenais plus, mais pour simplement pour avoir ce rendez-vous quotidien avec mes souvenirs. Ces petits bouts de souvenirs encore très frais, étaient comme ces roues aux dents échancrées, certaines petites, d’autre plus grandes, qui représentaient respectivement des souvenirs plus ou moins forts et qui revenaient soudainement à la surface.  Elles s’enchevêtraient les unes aux autres pour ne former qu’une grande machine à remonter le temps et me refaire défiler les dernières années qui avaient été marquantes. Ce liquide amniotique, essentiel à mon esprit mais tarit à force d’avoir ressassé ces mêmes souvenirs pour essayer de trouver une issue, cette eau, rejaillissait soudainement. Oui tout devenait plus clair, tout devenait limpide, j’avais de nouveau cette eau nourricière dont mon être avait besoin pour se ressourcer, reprendre des forces et avancer vers cette oasis tant désirée, que je ne voyais que de trop loin depuis ces derniers mois. Cette marche dans le désert allait-elle donc prendre bientôt fin ?

J’avais besoin de me ressaisir, de définir une base, non ce n’était pas possible, il n’y avait rien de logique. Je suis un analyste à la base, un cartésien. J’ai besoin de comprendre ce qui m’entoure. Je devais comprendre, du moins s’il y avait quelque chose à comprendre. Comment tout pouvait me ramener à « Elle » …

Non, ne vous méprenez pas. Ce n’est en aucun cas péjoratif la manière dont je vous l’amène sur cette page qui se noircit de mots. Je vous l’apporte avec délicatesse, dans un écrin, car ce qu’il y a entre ces guillemets est un être précieux à mes yeux.  Ces pauvres yeux qui ont mit du temps à voir. Je les maudits ! non finalement pas, il fallait peut-être que ses yeux s’habituent à cette lumière, aveuglante, éclatante, étincelante, insolente, fulgurante, tel un éclair qui déchire la nuit. Vous voyez ? ces yeux trop habitués au noir. Ces yeux trop habitués à ne plus voir, ces yeux qui ne regardaient finalement peut être trop que soi. Qu’ils sont égocentriques ces yeux !

La rencontre, instant important pour des flammes jumelles, et je m’en souviens comme si c’était hier. Une journée de formation professionnelle, banale et sans grand intérêt. Une pause-café pour moi, thé pour « Elle », un brouhaha derrière nous. Un regard échangé, profond, intense et doux. Quelques mots criés pour tenter de se faire entendre, se présenter l’un à l’autre. Puis un retour à notre salle de formation. Et rien de plus. La formation durait 5 jours et je m’étais surpris le premier soir à repenser à cette belle inconnue qui m’avait fait le plus belle des impressions. Je souhaitais en savoir un peu plus sur « Elle ». D’où venait-elle ? Que faisait-elle dans la vie ? Toutes les questions que l’on peut se poser quand un petit intérêt nait et que l’on n’est pas tout à fait indifférent.

Le second jour, au matin, je me suis surpris à rouler plus vite sur la route, comme pressé de la revoir ; la première entrevue avait été trop brève. « Elle » était déjà arrivée dans la salle de formation et il y avait déjà beaucoup de monde. Et toujours ce bruit. Pourtant je n’entendais rien, je ne voyais qu’« Elle », belle, présente mais en même temps absente, absorbée par je ne sais trop quoi. « Elle » sentie que mon regard allait dans sa direction, me regarda un instant et sourit. Je vins vers « Elle », le cœur un peu plus serré qu’à l’ordinaire. Cet étau, qui fait légèrement accélérer le cœur, qui le met en joie, dans cette légère euphorie ; Pas besoin d’être dans cet état me dis-je pour de simples journées de formation. L’humour arrivait lui aussi, jamais très bon quand on sait qu’il serre à masquer cette timidité. Mais je ne montrais rien. J’avais sur ce visage, cette légère familiarité, cette sympathie et ce léger détachement. Non, il ne fallait rien montrer…pas maintenant… nous aurons le temps. « Elle » m’entoura de son bras droit, comme si nous étions amis depuis toujours. Je fus un peu désarçonné par cette approche car je ne m’y attendais tout simplement pas. Non pas maintenant, je n’avais pas prévu cela si tôt dans mon schéma. Allons Thomas Reprends toi. J’étais content de la voir, que nos corps même si rapidement se touchent. Nous nous sommes assis l’un en face de l’autre et nous nous sommes penchés l’un vers l’autre pour mieux s’entendre. Ce bruit commençait à m’énerver. Je voulais entendre sa voix ! mais non finalement je l’aimais ce bruit, savez-vous pourquoi ? Parce qu’il faisait que nos visages étaient à cinq centimètres l’un de l’autre pour mieux s’entendre. Je pouvais la contempler du regard sans même véritablement la regarder. Je la devinais. « Elle » sentait bon, si bon, un parfum très léger. « Elle » ne devait pas en mettre beaucoup mais suffisamment pour que mon odorat s’accroche à son cou et la respire profondément, et j’expirais rapidement pour de nouveau la respirer profondément. Cela ne ressemblait pas à un parfum plutôt à une crème de beauté, élégant, qui venait draper cette jolie peau ambre. Nous nous sommes dit des banalités, rien de véritablement important. D’ailleurs je ne me souviens plus trop de ce que nous avons discuté. Tout ce dont je me souviens c’est de son souffle chaud qui venait s’amarrer sur mon visage. Un souffle chaud comme le « Harmattan », ce vent méditerranéen chaud, doux et énergique à la fois.

Je ne crois pas au coup de foudre, du moins j’essaie de m’en persuader. Je ne veux pas que cela en soit un. Cela n’en était pas un mais c’était un coup de cœur assurément. Les coups de foudre ne sont pas faits pour durer, l’amour y brule comme un feu de paille, se consume intensément et puis plus rien. Il ne reste que de la cendre. Vous y croyez-vous au coup de foudre ? Cet embrasement soudain, cette folie amoureuse ? Et puis plus rien ? Non ! n’ayez pas de coup de foudre pour moi, je ne veux pas. Je veux que cela dure, encore et toujours parce que je crois en l’amour éternel, cet amour qui dure, évolue, qui devient de plus en plus profond, essentiel à une vie, oui, je suis un grand idéaliste. Mais pour le moment, je ne dirai rien, je ne serai que dans la réceptivité de tout ce que je peux recevoir d’« Elle » car je sais que le temps est compté. Instinctivement, je sais que nous n’allons profiter l’un de l’autre que de quelques minutes, et reprendre le cours normal de cette formation et le cours normal de nos vies.

Non reprends toi Thomas ! Allons, tu te fais des idées ! Une femme si belle doit surement déjà être en belle compagnie, amoureuse, qu’est ce qui pourrait l’attirer chez toi. Allons, reprends-toi.

« Elle » me coupe dans mes rêveries…si elle savait que je pense à « Elle » alors que je suis en face d’« Elle » c’est insensé ne trouvez-vous pas ? Je le saurais bien plus tard, cela a été une leçon de vie : savoir profiter de l’instant présent. Nous pensons avoir le temps, mais nous ne maitrisons rien. Je ne savais pas à cet instant précis qu’il y aurait une séparation imminente et subite, certainement pas souhaitée de moi, et je crois à y réfléchir pas souhaitée d’« Elle » non plus.

A cet instant précis, j’en étais tout simplement à cet état d’ « Innamoramento » ; ce passage du rien à un amour naissant. Ne me dites pas que cela ne vous est pas arrivé une fois dans votre vie ! Je sais que vous l’avez vécu, ne le niez pas. Il est beau cet instant n’est-ce pas ? Cet instant, cet état où tout commence ? les premiers émois, les premiers élans, les premiers chavirements, les premiers baisers.

A la fin de cette formation, qu’est ce que je le souhaitais ce baiser. Je me l’étais imaginé tour à tour doux, mentholé, passionné, langoureux, tendre, violent mais toujours aimant. En une semaine j’en avais fais des scénarios et plus le temps passait et plus je supposais qu’ « Elle » en faisait aussi de son côté. Quel gâchis de faire cela séparément, chacun de son côté. Je fulminais en mon fort intérieur. Mon impatience était présente, je le voulais ce baiser. Je voulais la prendre dans mes bras, sentir la chaleur de son corps contre le mien, sentir ses seins contre ma poitrine et la couvrir de baisers dans le cou et sur sa bouche. Sa bouche si parfaite, mais tout était parfait. La courbe de son nez, son regard désarmant, son maquillage qui la faisait irradier aux yeux du monde. Nous n’étions que de simples mortels, « Elle » au-dessus de nous tous. Je le voulais ce moment, tellement, que nous ne fassions qu’un le temps d’un baiser et puis après le reste suivrait sans arrière-pensée, sans aucune retenue, sans aucune question. Comme une évidence.

Mais je ne montrais rien, et je n’ai rien montré tout du moins je le pense. Ces choses là se ressentent et j’espérais qu’ « Elle » aurait remarqué que son charme opérait sur tous les pores de mon corps.

Vous devez penser, mais pourquoi ne lui a-t-il pas parlé plus que cela ? Qu’auriez-vous fait à ma place ? Il est facile de se dire : Thomas aurait dû agir, mais en quel honneur ? Quel était ma légitimité à cet instant même. Fallait-il oser ? je ne pense pas, il était trop tôt et « Elle » semblait si méfiante, si inaccessible. Tout nous séparait. Mais ne croyez-vous pas que je n’ai pas tenté de lui dire mon ressenti ? Vous pensez qu’il est si facile de se dévoiler, de se mettre à nu, en ayant l’appréhension d’être rejeté ? Bien sûr que j’ai tenté ! Et plus d’une fois ! Et que pensez-vous qu’il se soit passé ?  « Elle » a montré qu’elle avait du caractère. Pendant des semaines, on a tenté de s’apprivoiser, bien après cette semaine de formation. Nous avions décidé de garder un contact, l’avantage des réseaux sociaux c’est qu’ils permettent cette proximité tout en étant inaccessible. Quelle tristesse…

« Elle » se montrait parfois douce, souvent virulente, pas agressive, non mais juste un mot bien placé qui me faisait me remettre à ma place, une place d’internaute. Et je doutais. Oh oui j’en ai passé du temps à douter, à me poser mille questions, à me dire : non Thomas tu divagues, ce n’est que de l’imaginaire, oublie-la, « Elle » n’est pas pour toi ni faite pour toi. Poursuis ta route.

Les réseaux, c’est une sensation puissance dix. Tout y est décuplé, tout y est parfois mal interprété. Il faut y être habitué, connaître ses règles, ne pas forcément écrire directement. Ah ces messages indirects, ces messages laissés en « vu », je les ai maudits ! et je ne les aime toujours pas !  Ce n’était absolument pas mon univers et « elle », elle en était la Reine, « Elle » les maitrisait parfaitement. Plusieurs fois je lui ai dit, mais parlez-moi directement, dites les choses clairement. Je ne voulais pas de malentendus et bien sur cela arrivait souvent que l’on se fracasse ensemble sur des malentendus. Que de temps perdu, j’apprenais de mon impatience, « Elle » qui souhaitait prendre le temps, « Elle » apprenait de mes silences, moi qui ne parlais finalement pas beaucoup. Tout nous opposait, alors pourquoi nous poursuivions ce jeu, un jeu dangereux qui nous faisait passer par mille sensations, mille injures mais toujours respectueuses. Je sais qu’ « Elle » m’a maudite, haït surement, j’avais au moins cela, ne pas lui être indifférente. Et « Elle » ne l’était pas non plus pour moi. D’ordinaire étant d’un naturel calme, elle savait me mettre dans tous mes états mais ce dont j’étais sûr c’est que j’avais des sentiments, et plus le temps passait et plus cela s’intensifiait. Elle était mon « Elle » dois-je vous le rappeler ?

J’étais son Yin, cette froideur, ce « calma apparente », cette lune qui luit la nuit, qui veille dans l’ombre. Je veillais sur « Elle », je souhaitais la rassurer, la protéger bien qu’elle n’en ait pas forcément besoin. C’est une femme forte mais j’y décelais des fêlures. Nous en avons tous, mais « Elle » ne le montrait pas ce qui les accentuaient un peu plus à mes yeux.  Je ne souhaitais pas les connaître non plus ces fêlures, non pas par indifférence, mais tout simplement parce que je la respectais. Je sais être à l’écoute et elle saura un jour si elle a besoin de dire les chose je serai là. Mais nous n’en étions à ce moment, certainement pas là. « Elle », elle était mon Yang, cette personne solaire, sociable, riante, chaleureuse, dynamique, énigmatique, mystérieuse. Que c’est beau une personne mystérieuse ne trouvez-vous pas ? une personne qui se devine au fur et à mesure du temps, des mots. A-t-on besoin de tout connaitre chez quelqu’un ? son Moi intérieur ? Je ne pense pas. Nous prenons ce que la personne veut bien vous donner. Nous allons où la personne souhaite que nous allions dans son cœur et dans son âme. Tant qu’il n’y a pas de mensonge, qu’il y a de la sincérité et que cela soit fait sans contrainte, pour moi tout ceci me convenait.  Encore une fois, ce n’est pas se désintéresser de la personne qui nous tient à cœur, c’est respecter son univers, ne pas s’introduire sans y être invité, ne pas s’introduire par la force. Que sa partie de cercle, s’emboite confortablement avec notre partie de cercle. Chacun étant unique tout en faisant un ensemble. Vous pensez que c’est réalisable ? Comment concevez-vous ce partage ? Cet échange de bouts de soi-même ?

Nous aurions pu continuer un long moment dans cet état de semi-guerre froide. Fort heureusement, entre deux batailles, il y avait les retrouvailles, les moments de calme, de partage, de proximité, de rire aussi. On apprenait à se connaître et c’est ce qui nous motivait de poursuivre, d’espérer. L’apprentissage peut être long et difficile. Si tout était facile, ce ne serait finalement pas intéressant.

Il était beau ce voyage…

Et puis il y a eu la séparation, apparemment chose indispensable pour des flammes jumelles ? je n’y comprenais rien dans cette lecture nocturne et pourtant cela validait une des étapes que nous avions connue. Depuis quand une séparation est heureuse dans un jeu amoureux ?

Et depuis quand on doit découvrir ce qu’est un confinement ? Je n’avais pas du tout prévu cela moi !

Ce fameux confinement où tout s’est arrêté, où il y eu des moments douloureux. Pourtant nous avions partagés si peu de choses et cet état de manque que je ressentais pour mon « Elle » était flagrante. Cette mise en attente, non voulue, subite, il fallait faire avec. C’était un passage obligé. Et finalement dans cette éloignement, il me semble que c’est durant cette période que nous avons plus appris l’un de l’autre. Nous avons échangé un peu plus que d’ordinaire, elle de sa vie de professeur des écoles, de son amour pour le sport, de ses voyages humanitaires, moi de mon métier d’ébéniste, de mon amour pour le bois, les matières nobles, la construction d’un bateau, mon rêve de faire le tour du monde.  Notre attachement commun était réel mais comme nous étions flammes jumelles, notre manière d’être l’un envers l’autre, si différente et pourtant similaire n’était pas de tout repos mais tellement euphorique, tellement enrichissante. Fort heureusement, nous savions faire certaines concessions pour que ce lien ne se fractura pas, le confinement était déjà assez difficile comme cela.

Etrangement j’ai appris qu’il y avait un Chaser et un Runner chez les flammes jumelles. Grotesque me disais-je avant même de comprendre le pourquoi. Et puis, une fois encore, la pièce du puzzle se mettait parfaitement en place. Quand je faisais l’effort d’aller vers « Elle », de la bousculer avec mon impatience, « elle » s’enfuyait, j’y sentais de la crainte, de la méfiance, je devais me montrer patient moi l’homme pressé que j’étais ; Et puis impulsivement quand je laissais tomber après des jours à essayer, des mois à tenter de m’approcher sans véritable résultat, et quand elle sentait que mes forces m’abandonnaient, les rôles s’inversaient « Elle » devenait Chaser et moi Runner. Elle me rattrapait avec un sourire, un mot, une parole aimable, douce, limite amoureuse, et sans aucune résistance je tombais dans son jeu. Mon « Elle » aime jouer, c’est indiscutable. Moi aussi je suis joueur. Le petit soucis c’est que l’on peut être vite accro au jeu et ne plus savoir quelles sont les règles, si on les a dépassées ou pas. A force de masquer son jeu en permanence, aussi bien « Elle » que moi, nous ne gagnions pas la mise. Et nous étions sur le tapis. Nous étions tous les deux joueurs, à vouloir gagner l’un contre l’autre. Ce que nous n’avions pas compris ou que nous avions oublié c’est que nous faisions partis de la même équipe. Si l’un de nous perdait, c’est l’équipe, notre équipe qui perdait. Et cela nous l’avions perdu de vue. Nous en étions à dissimuler nos cartes, trouver des stratégies, mais à votre avis, quel était le but premier ? Celui de gagner la partie d’un jeu individuel ou gagner la partie d’un jeu collectif ? Vouloir gagner à tout prix ?

J’ai connu la manipulation, j’ai aussi été manipulateur, vous l’êtes très certainement aussi, nous le sommes tous un peu. La manipulation joueuse, la manipulation pour tenter de connaître l’autre. La manipulation pour dépasser l’autre, ce jeu de stratégie.  De celle-ci on en sourit, de celle-ci on s’en accommode, de celle-ci on y répond. Il n’y pas finalement pas de grand risque. Et on pardonne. De cela j’ai appris également. Il n’y avait pas d’enjeu, sauf celui de vouloir aller vers l’autre, avec les seules armes que nous avions « Elle » et moi. Gauchement, à s’égratigner, à s’aimer surtout un peu plus. Cette apprentissage de l’autre. Qu’il est finalement beau cet apprentissage de l’autre quand il est fait avec intelligence. Et nous étions deux êtres intelligents, bienveillants l’un envers l’autre. Quand l’un ou l’autre allait trop loin, aussi bien « Elle » que moi savions revenir sur nos pas, et s’excuser. Je sentais qu’il lui était difficile de s’excuser parfois, mais je l’excusais de tout, parfois avec un peu plus de temps, mes silences se faisant plus insistants. Croyez-vous que ce soit une faiblesse de s’excuser ou pensez-vous avoir souvent ou toujours raison ? Nous étions assez respectueux l’un de l’autre, pour ne pas tomber dans cette fierté ou cet égo surdimensionné.

L’égo… ah il en crée bien de dissonances… et ce sera la clé d’une éventuelle ré-union. Cette dernière étape pour se retrouver. Il faudra aller bien au-delà de l’ego et de la fierté qui nous tenaillent tous les deux. Voila la clé. Je l’ai trouvé.

Les retrouvailles… il faut être deux à le vouloir, deux à œuvrer. Que feriez-vous à ma place ?  Que lui diriez-vous à mon « Elle » ? Pour ma part je n’ai aucun frein à faire le premier pas. Pour l’avoir fait souvent, mais pour avoir échoué si j’en suis encore là à vous conter cette histoire c’est qu’effectivement il y a eu échec de ma part, je n’ai peut-être pas utilisé les bons mots, pas trouver le bon moment, ou tout simplement si ce n’était qu’un leurre ? Que toute cette histoire ne soit que le fruit de mon imagination débordante ? Que cet amour naissant ne soit qu’unilatéral ? J’ai un peu de fierté, que j’ai souvent mise de coté pour tenter, tenter et de nouveau tenter sans jamais gagner et atteindre son cœur. Plusieurs fois je me souviens lui avoir dit, j’attends à geste de votre part, contactez-moi, je saurais de ce fait que je ne rêve pas, que je n’ai plus à douter, que je peux croire d’une éventuelle vraie rencontre, se parler, se voir, discuter. Parfois je crois demander la lune. Mais je suis le Yin, je suis la Lune. L’avez-vous oublié ? C’est du Soleil que je veux moi ! Pour tout cela je ne pourrais pas faire le premier pas qu’elle attend, ce n’est en aucun cas une question de fierté, je vous ai expliqué pourquoi, je sais que mon « Elle » l’attend ce premier pas. Si vous la connaissez, vous qui me lisez, dites-le-lui, ce n’est en aucun cas une question d’égo mais à trop avoir échouer, un timide doute encore plus, parce que oui au fond « Elle » m’intimide. Ce n’est pas fauter. Et dites-lui que si elle m’aime assez pour une éventuelle rencontre, dites-lui que l’égo il faut le mettre de côté, en Amour il n’y a ni égo ni fierté, quand on aime il faut savoir faire ce premier pas même si « Elle » ne l’a jamais fait. Mettre son égo de coté ce n’est pas échouer, c’est gagner le cœur de l’autre. Si mon « Elle » ne joue pas avec les sentiments, si mon « Elle » tient à moi, si mon « Elle » souhaite passer simplement un premier bon moment, je lui recommande vivement de faire ce geste, de m’aider dans ma conquête vers « Elle ». Quand on aime, on ne laisse pas l’autre de côté, à s’enliser, on lui tend la main. Ou alors, effectivement, c’est que tout ceci n’aura été qu’un leurre, un leurre dont j’aurais été le héros sans une héroïne auprès de moi. Et les Héros solitaires dans les films il n’y a guère de suite. On trouve un autre héros…

Il n’y aura alors plus de héros, plus d’héroïne, juste une histoire inachevée…

Je vous assure, personne n’aura gagné. Même pas l’Amour alors qu’il était bien là.

Mais…

Car il y a un mais…

Je suis un grand optimiste…

Je sais que je peux compter sur « Elle ».

Mon « Elle ».

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