Louise, Charlie et le Paris-Brest

La nuit tombait doucement. L’obscurité allait recouvrir cette partie du monde et
inviter le soleil à aller se reposer un peu pour que la lune puisse enfin prendre le
relais et continuer à guider les voyageurs d’où qu’ils viennent et où qu’ils aillent.

Fred était un de ces voyageurs. Il avait pris sa voiture en fin d’après-midi après sa
journée de travail et roulait depuis. Il longeait la côte en admirant l’océan dont les
vagues argentées venaient se fracasser inlassablement sur les falaises. Il s’arrêtait
souvent au même endroit. Au détour d’un virage se trouvait son spot. Une espèce
de belvédère qui dominait l’océan, offrant un panorama propice à l’oubli et à la
réflexion. Un salut pour Fred en cette période tourmentée de sa vie. Un divorce, un
job qu’il assurait avec tout le sérieux possible mais qui ne le passionnait guère, vous
saupoudrez le tout d’un questionnement existentiel et vous aviez-là son repas
quotidien. Alors dès qu’il en avait l’occasion, il larguait les amarres et passait
plusieurs heures à écouter le ressac diffuser en lui des envies de fuite, à sentir la
brise marine le parfumer de liberté. Ces sentiments s’estompaient dès qu’il reprenait
la route pour rentrer chez lui. Toutes les charges quotidiennes revenaient alors et lui
fracassaient les épaules comme si un poids lui écrasait les cervicales. Fred
suffoquait…
Il se gara comme d’habitude et coupa le moteur. La musique crachée par
l’autoradio et qui le sortait de sa torpeur lorsqu’il conduisait, s’arrêta nette. Il sortit
du véhicule, claqua la portière et se dirigea vers la falaise en prenant soin de fermer
son manteau. Il arrivait pour souhaiter une bonne nuit au soleil qui plongeait
tranquillement dans l’océan en dévoilant ses couleurs rougeâtres, définissant le malêtre de l’astre à laisser l’humanité pour quelques heures.
Fred s’assied sur un rocher ou plutôt sur le même rocher qu’il écrasait du poids de
sa réflexion. Il déboutonna légèrement son manteau, enfouis sa main droite et en
sortit un paquet de clopes. Il fouilla dans ses poches et trouva son briquet. Il ouvrit
son paquet, en tira une cigarette à l’aide de sa bouche et l’alluma. La première
bouffée lui fit un bien fou, il recracha la fumée qui disparut instantanément, balayée
par la douce brise printanière. Il aurait voulu en faire de même avec ses pensées.
Alors que la volonté et le dépit se livraient une guerre sans merci dans son crâne,
Fred sentit une présence derrière lui.
— Coucou ! entendit Fred qui se retourna brusquement. Il vit une petite fille qui ne
devait pas avoir plus de huit ou neuf ans. Elle tenait à bout de bras un lapin rouge
en peluche. Fred resta bouche bée.
— Euh…Coucou ! balbutia Fred. Qu’est-ce que tu fais là ?
— Je voulais voir la mer ! dit la petite fille. Et toi ? Tu fais quoi ?
— Euh oui, pareil ! fit Fred en se demandant si elle était seule. Tes parents sont
garés un peu plus loin ?
— Non non ! fit-elle.
— Ah ?! Mais ils sont garés où ? Ils savent que tu es là ? Faudrait pas qu’ils
s’inquiètent ma grande ! dit Fred.
— Et toi, tes parents savent que tu es là ? Ils vont peut-être s’inquiéter aussi, non ?
fit malicieusement la fillette.
— Comment ? Mais…mais c’est différent ! répondit Fred.
— Pourquoi ? dit-elle en s’avançant vers Fred. Je peux m’asseoir à côté de toi ?
— Euh…oui bien sûr ! dit-il.
La petite fille s’assied et fixa l’horizon. Ses couettes volaient sous l’effet du vent.
Elle ramena sa peluche vers elle et la serra tout contre son cœur.
— Alors ? dit-elle.
— Alors quoi ? dit Fred en tournant la tête vers elle.
— Ben tu m’as pas répondu ! Pourquoi c’est différent ? asséna la gamine.
— Mais d’abord, tu peux pas être seule ! Ils sont où tes parents ? dit Fred en se
levant.
Il se dirigea vers sa voiture pour constater qu’aucun autre véhicule ne s’était garé. Il
n’y avait personne. Avait-elle fugué ? Etait-elle perdue ? Il fit demi-tour pour
rejoindre la fillette.
— Bon ! Où sont tes parents ? Tu vas me répondre maintenant ! s’énerva Fred.
— Ben non ! répondit la fillette avec une réelle assurance.
— Pourquoi ? dit Fred surpris.
— T’as toujours pas répondu à ma question alors pourquoi moi je devrais répondre
à la tienne ? dit-elle.
— Hein ?! s’étonna-t-il. Mais..parce-que je suis un adulte et que tu es une enfant ?
Voilà tout !
— Ah d’accord ! fit-elle. Mais le plus important c’est que tu sois un adulte et moi
une enfant ou c’est que tu sois seul et moi aussi ?
— Ouhlà ! Temps-mort…fit Fred en s’asseyant. On va recommencer depuis le
début ! Je me présente, je m’appelle Fred ! dit-il en lui tendant la main.
— Moi c’est Louise ! dit-elle en mettant sa main dans la sienne et en secouant de
toutes ses forces. Enchanté Fred ! Et lui c’est Charlie ajouta-t-elle en montrant son
lapin.
— Enchanté Louise ! Enchanté Charlie ! répondit-il. Maintenant que l’on s’est
présenté, dis-moi où sont tes parents ma chère Louise.
— Je sais pas ! répondit Louise. J’en ai pas !
— Quoi ? Mais tout le monde a des parents ! dit Fred, un brin amusé par la
réponse de Louise.
— Je suis pas tout le monde, je suis Louise ! Et j’ai pas de parents ! C’est tout ! dit
Louise en souriant.
— Mais…Ils…ils sont morts, c’est ça ? osa Fred.
— Non ! J’en ai pas, c’est tout ! répéta Louise.
— Ok ! Je vais te déposer au commissariat le plus proche, je vais leur expliquer la
situation et ils vont retrouver tes parents, ça marche ? dit Fred.
— Oui si tu veux ! dit Louise. Mais ils trouveront pas mes parents puisque j’en ai
pas ! persista-t-elle.
— Oui oui ok ! lança Fred. Allez ! En route !
Ils se levèrent et se dirigèrent vers la voiture de Fred. Louise s’installa sur le siège
passager au grand dam de Fred.
— Assied-toi derrière je préfère ! Tu dois pas avoir dix ans donc je voudrais éviter
les problèmes avec la police ! dit-il.
— Pourquoi ? Parce-qu’à dix ans on peut pas mourir si on est devant et qu’on a un
accident ? Et puis pourquoi tu veux éviter la police puisque tu veux me déposer
chez eux ? répliqua Louise.
— Putain ! Freud dans le corps d’un nain de jardin, c’est bien ma veine ! fit Fred.
— C’est qui Freud ? demanda-t-elle.
— Laisses tomber ! répondit-il en s’installant au volant.
La voiture démarra dans un nuage de poussière et rejoint la route en contrebas. Il y
avait deux bonnes heures de route avant d’atteindre le commissariat le plus proche
et Fred se demandait pourquoi il l’avait embarquée. Bref ! Dans deux heures, il
serait débarrassé d’elle en ayant l’impression d’avoir fait une bonne action.
— Pourquoi t’es triste ? demanda Louisa en brisant le silence.
— J’suis pas triste ! répondit Fred. Je suis dans mes pensées, c’est tout !
— C’est comme ça qu’on dit quand on est grand alors ! On dit qu’on est dans ses
pensées au lieu de dire qu’on est triste ! dit-elle.
— Oh mais merde ! s’emporta Fred. Je te dis que je suis pas triste, je suis pas triste
c’est tout ! C’est pas possible ça !
— Ok ! J’ai rien dit ! répondit Louise en baissant les yeux vers sa peluche. Ça va
être plus long que prévu, Charlie ! dit-elle à son lapin.
— Qu’est-ce qui va être long ? demanda Fred, toujours un peu énervé.
— Rien, rien ! répondit Louise en faisant un clin d’œil à Charlie.
Fred s’en voulait de s’être emporté face à cette fillette qui disait ne pas avoir de
parents. Elle devait avoir souffert pour penser cela.
— C’est que j’ai des petits soucis en ce moment ! dit-il en prenant une voix plus
douce. Tu comprends ?
— Ben non ! J’peux pas comprendre si tu m’expliques pas ! dit-elle.
Fred regarda Louise et se demanda ce qu’il avait bien pu faire pour mériter cette
gosse qui avait réponse à tout ! Il prit une profonde respiration.
— J’ai…j’ai des soucis ! dit-il.
— Oui je sais, tu me l’as déjà dit sauf que tout à l’heure, ils étaient petits et
maintenant ils sont plus grands ! répondit Louise en souriant à Fred.
Ils se regardèrent tous les deux et rirent. Fred n’avait pas ri depuis un bout de
temps.
— T’as raison ! Je vais te les dire avant qu’ils ne deviennent énooormes ! lança Fred
en riant de plus belle.
— Vas-y Charlie et moi, on t’écoute ! dit Louise en installant son lapin sur ses
genoux. Mais avant tu peux me dire qui c’est Freud ?
— Euh…C’est un monsieur qui a développé la psychanalyse ! C’est-à-dire qu’il était
persuadé qu’en parlant à une personne on pouvait résoudre les problèmes qui
peuvent nous embêter ! Tu comprends ? demanda Fred.
— Oui ! Charlie et moi on est comme Freud alors ? répondit Louise.
— C’est ça ! Maintenant arrêtes de me couper si tu veux que je t’explique mes
soucis. C’est déjà assez improbable ce qu’il se passe dans cette voiture alors fais
comme Charlie, écoutes ! dit Fred.
— Ok ! répondit Louise.
— Par où je commence moi ! fit Fred dépité. Pffff ! Bon euh…j’ai fait du mal à
plusieurs personnes, je vais pas tarder à quitter mon boulot et j’ai envie de plein de
choses ! Voilà !
— C’est tout ? fit Louise.
— Comment ça c’est tout ? Ben c’est pas mal déjà, non ? fit Fred agacé.
— Mouais ! fit-elle. Comment Charlie ? ajouta Louise en approchant le museau de
sa peluche à son oreille gauche.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda Fred.
— Chuuut ! J’arrive pas à entendre ce que me dit Charlie ! répondit-elle.
— Mais où est-ce que je suis moi…fit Fred en levant les yeux au ciel.
— Charlie me dit que chaque problème a une solution et que chaque solution est
juste une décision que l’on va prendre ! dit-elle.
— Charlie t’a dit ça ? demanda Fred interloqué.
— Ben oui ! Il m’a aussi demandé pourquoi tu avais fait du mal à plusieurs
personnes. Je lui dis quoi ? fit Louise.
— Euuh…Ben t’as qu’à lui dire que c’est la vie ! répondit Fred.
— Charlie me demande si tu as une amoureuse ? dit Louise en pouffant de rire.
— Pas le temps pour le moment ! dit Fred. Et puis pourquoi il demande ça ton
doudou ! Enfin merde ! Il l’ouvre pas souvent mais quand il l’ouvre, il fait chier ton
lapin !
— ça veut dire oui Charlie ! glissa Louise à l’oreille du lapin.
Un silence s’installa pendant quelques secondes. Silence qui fut brisé par une
nouvelle intervention de la fillette.
— Charlie me dit que tu as fait du mal à certaines personnes avant de leur mentir !
Et puis pour ton travail, tu vas le quitter avant de te mentir et de te faire du mal à
toi-même ! dit Louise.
— Charlie est un emmerdeur mais Charlie a raison ! dit Fred.
— Et pourquoi tu fais ce travail alors ? demanda Louise.
— Ben faut bien vivre ! On fait un travail, on gagne un peu d’argent pour manger,
s’habiller, sortir ou voyager ! Vivre quoi ! asséna Fred.
— Mais tu peux pas vivre en faisant un travail qui te plaît ? fit-elle.
— J’en…J’en sais rien moi ! répondit-il. Je voudrais bien ! Je peux pas c’est tout !
— Pourquoi tu peux pas ? Tu m’as dit que tu avais envie de faire plein de choses et
maintenant tu me dis que tu peux pas, c’est bizarre quand même ! dit-elle.
— Mais t’es qui toi avec ton Charlie ? On pense pas comme ça à neuf ans !
Rassure-moi, les enfants de ton âge sont pas tous comme toi ? demanda Fred.
Louise haussa les épaules en guise de réponse.
— Dans la vie, on a des envies et parfois on ne peut pas les satisfaire ! ajouta Fred.
— Ah ! Mais t’as essayé au moins ? dit-elle.
— Pourquoi faire ? Je sais que certaines de mes envies ne resteront que des envies !
répondit-il.
— C’est drôle quand même les adultes ! dit Louise. Vous avez des envies, des rêves
et vous n’essayez pas ! Moi quand j’ai envie d’un gâteau, je le prends et si je le
trouve pas ben je vais le chercher jusqu’à ce que je le trouve parce-que je sais que je
vais me régaler. Et il sera super bon si je le cherche longtemps parce-que j’en aurai
eu beaucoup envie ! T’es pas d’accord Fred ? demanda Louise.
— Je sais pas…dit Fred.
— Il est pas bon ton gâteau ? ajouta Louise.
— Ah si ! Il est délicieux ! répondit-il.
— Bah alors ? Faut aller le chercher Fred ! dit-elle. Et puis s’il est difficile à avoir
ben t’as qu’à le voler ! ajouta Louise à voix basse en se penchant vers Fred.
— Le voler ? Mais je ne peux pas voler ce gâteau-là, Louise ! répondit Fred.
— Charlie me dit que c’est possible ! Et je crois toujours Charlie ! fit-elle.
— Mais…c’est une peluche ! C’EST UNE PUTAIN DE PELUCHE TON
CHARLIE !!! Il vit pas, il parle pas, il pense pas, c’est une PELUCHE !!! s’énerva
Fred qui n’en pouvait plus.
— Pourquoi tu t’énerves Fred ? dit calmement Louise. Des personnes ont le droit
de parler avec des Dieux sans les avoir jamais vus et moi je pourrais pas discuter
avec Charlie alors que je le vois tous les jours ! C’est nul ! En plus ils tuent même
des gens pour ces Dieux !!! Alors que personne tue pour Charlie !!! s’emporta
Louise.
Fred ne répondit pas. Que pouvait-il ajouter à tant de vérité sortie de cette âme si
innocente ? Il regarda Louise en se demandant pourquoi cette petite était arrivée
jusqu’à lui et comment elle survivait si elle était effectivement seule.
— Tu sais Fred, un jour je suis rentré dans une boulangerie et il restait qu’un seul
Paris-Brest ! Tu connais les Paris-Brest ? dit Louise. C’est avec de la crème…
— Oui ça va ! Je sais ce que c’est qu’un Paris-Brest quand même ! répondit-il un
brin agacé.
— Eh bien, il y avait trois personnes devant moi. Elles m’ont toutes laissées passer
car elles me trouvaient trop mignonne ! Je suis passé et j’ai acheté le dernier ParisBrest ! fit Louise pas peu fière.
— Bah tu l’as pas volé alors puisque tu l’as acheté ! lança Fred.
— Si ! Je l’ai volé mais pas à la boulangère ! Je l’ai volé aux autres qui m’ont laissé
passer ! Parce qu’il était pour moi, pour moi toute seule ! dit Louise.
— Mais si ça se trouve, ils en voulaient pas du gâteau ! soupira Fred.
— Je sais ! Mais est-ce que j’aurai dû attendre que l’un d’entre eux l’achète pour me
rendre compte du contraire ? dit Louise. En plus, tu sais quoi ? Je me suis régalé !!!
Fred n’en revenait pas ! Il discutait depuis maintenant une heure et demie avec une
môme de neuf ans et son lapin en peluche qui lui expliquaient la vie…d’une façon
si simple !
— Bon ! On arrive bientôt Louise ! Tu es contente ? Tu vas retrouver tes parents !
dit Fred en souriant.
— J’en ai pas, je te l’ai déjà dit ! persista Louise.
— Ah oui ! C’est vrai ! Mademoiselle est seule ! dit Fred.
— Ben non, je ne suis pas seule, je suis avec toi, Fred et puis y’a Charlie aussi !
répondit-elle.
— Provisoirement ! Pour encore une ½ heure ! Après, toi et ton lapin, vous ne
serez plus mon problème ! dit Fred.
— Mais Charlie et moi, on est pas des problèmes ! On écoute juste les tiens ! lançat-elle.
— Ouais…marmonna Fred.
Fred bâillait à s’en décrocher la mâchoire. Il n’en pouvait plus et ne souhaitait
qu’une chose, larguer la gamine chez les flics et rentrer se coucher. Ses yeux
papillonnaient depuis déjà quelques minutes et il décida de faire une petite pause de
cinq ou dix minutes avant de terminer ce voyage qu’il ressentait comme initiatique.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda Louise en voyant Fred se garant sur le bas-côté
de la route.
— Je suis crevé ma grande ! Je vais juste mettre les yeux au chaud quelques
instants ! Reste dans la voiture ou alors si tu sors, ne t’éloigne, pas trop, ok ?
répondit Fred.
— Oui, oui ! Je vais juste discuter un peu avec Charlie ! lança Louise.
— C’est ça, discute avec Charlie ! dit Fred en s’installant un peu plus
confortablement. Il s’endormit très rapidement.
Fred se réveilla en sursaut. Combien de temps avait-il pu dormir ? A en croire la
luminosité qui commençait à poindre dans le ciel, il devait être 5 ou 6h du matin. Il
tourna la clé et l’heure s’afficha sur le tableau de bord : 5h25.
— Putain ! dit Fred. Louise ? Louise ??? ajouta-t-il en cherchant la gamine du
regard.
Fred regarda dans le rétroviseur mais ne vit pas Louise. Il sortit du véhicule et
l’appela à plusieurs reprises, en vain. Il ne savait pas quoi faire ni comment réagir.
Après quelques minutes de recherches, il décida de reprendre la route en espérant la
retrouver un peu plus loin.
En s’installant à nouveau au volant, il tourna machinalement la tête et vit le lapin
Charlie assis sur le siège passager et qui tenait un morceau de papier. Fred prit le
petit papier, le déplia et constata que Louise lui avait laissé un mot qui disait ceci :
Fred,
Je suis parti. Je ne pouvais pas rester avec toi car tu voulais me laisser avec la police. Je te confie
Charlie. Tu en as plus besoin que moi en ce moment. Je reviendrais le chercher un jour. En
attendant, il prendra soin de toi. Et puis si tu as faim, n’oublies pas d’aller chercher ton
gâteau…Bisous
Il s’alluma une cigarette et se repassa le film de cette rencontre en souriant à
Charlie. Il essayait de comprendre comment cette enfant était intervenue dans sa
vie et surtout ce qu’elle allait devenir si elle était vraiment seule comme elle le
prétendait. Et puis surtout qui était-elle ?
Il repartit et durant le peu de route qu’il lui restait à faire, il chercha Louise mais ne
la trouva pas. Il s’arrêta donc au commissariat où il avait prévu de la confier et
déclara la disparition de cette petite fille. Certain que la police allait la retrouver, il
ressortit du commissariat en étant un peu plus rassuré. En remontant dans sa
voiture, il eût cette certitude de la revoir un jour.
— Bon allez ! On se rentre Charlie ! dit-il à la peluche.
Il tourna la clé et fit vrombir le moteur, la voiture disparue dans un nuage de
poussière. Fred souriait encore en relisant le mot de Louise. Il mit l’autoradio en
marche, s’alluma une cigarette et jeta le paquet sur le siège passager à côté de
Charlie. Youssoupha rappait « Dreaming ».
Il longeait à nouveau la côte en admirant l’océan dont les vagues venaient se
fracasser inlassablement sur les falaises. Ces vagues ne pouvaient, d’un seul allerretour, faire effondrer cette roche qu’elles trouvaient sur leur chemin. Il fallait pour
cela qu’elles reviennent sans cesse au combat en sachant qu’elles y arriveraient tôt
ou tard. Il était devenu, depuis cette rencontre dont il avait du mal à jauger la
réalité, ces vagues et les obstacles de sa vie, cette roche. Et pour commencer le
fracas de ses vagues, il irait chercher et trouver son Paris-Brest parce qu’il avait
maintenant faim …
Fin

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