L’ÉTRANGE POTION (Nouvelle)

Histoire 95% réelle.

L’attente fut longue à la réception de la morgue du CHU. Assise sur un petit bench, titubante, dans le couloir qui menait à l’entrée, je me mis à mater les passants qui allaient et venaient histoire de noyer l’effroyable peur qui m’animait le temps que monsieur Germain, mon contact que j’avais préalablement appelé avant de venir n’arrive. L’odeur alcoolisée du couloir carabinait avec mes narines. Tantôt j’avais le nez bouché, tantôt, c’était l’inverse. À vrai dire, je détestais les hôpitaux et pire la morgue. C’était la première fois que j’y mettais les pieds. Mais je n’avais pas d’autres choix que de rencontrer monsieur Germain si je voulais quadrupler mes clients voire même les quintupler comme mon amie Aïcha.

Un quart d’heure plus tard, un vieil homme dans la soixantaine pétante m’approcha. Il avait les dents rouges et carriées mais cela ne l’empêchait pas de mâcher bruyamment de la cola. Il était vêtu de manière étrange et cela correspondait parfaitement à la description qu’Aïcha m’avait fait de monsieur Germain. J’en jugeai que c’était lui.
  – Vous êtes Mirabelle? Me demanda-t-il d’une voix grave.
  – Oui c’est moi. Lui répondis-je en me levant de mon siège.
  – Vous avez apporté l’argent?
  – Oui.
  – Combien?
  -Cinq cent mille francs comme mon ami Aïcha me l’avait dit.
  – Parfait. Suivez-moi.

Nous longeâmes le couloir puis pénétrâmes dans un  autre. Nous arrivâmes devant une porte non mentionnée. Il sortit une clé de sa poche, ouvrit et me demanda de rentrer. Il referma derrière lui puis me demanda de l’attendre sur une chaise qui se trouvait à quelques mètres pendant qu’il se faufilait derrière un petit rideau. Je l’entendis siffloter pendant quelques minutes. Plus tard, il sortit avec un petit bidon de cinq litres à la main. Il m’ordonna de lui remettre l’argent. Ce qui fut fait. Il le prit et le compta lentement comme si c’était la première fois qu’il voyait beaucoup de billets. Lorsqu’il fut satisfait, il me tendit le bidon.

  – Voilà. Tout y est. Tu ne me connais pas et moi non plus.

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Je m’appelle Mirabelle. J’ai trente deux ans et je suis une revendeuse de riz communément appelé « Ayimolou » dans la capitale togolaise Lomé. Cela fait quelques mois que j’excerce cette activité. C’était après le décès de mon mari. Je m’étais retrouvée sur la paille avec quatre enfants a nourrir. Alors, une de mes amies nommée Aïcha m’initia en la matière après que j’eus réuni un budget pour commencer. Au début, je fis quelques mois de stage chez elle afin de pouvoir maitriser la cuisine et les différentes techniques ensuite j’ouvris plus tard un petit restaurant dans un autre quartier où mes enfants m’aidaient mais ce fut un désastre. Les premiers mois avaient été  un peu florissants. Les clients arrivaient de différents horizons et appréciaient mes délicieux mets. Je créai un compte où je commençai à épargner. Par la suite tout d’un coup, tout commença à aller de travers. Presque plus personne ne venait après que nous ayions découverts un beau matin devant le restaurant une montagne de défections humaines. Nous n’arrivâmes plus à payer l’espace que nous occupions. Le bailleur nous donna un préavis. J’étais donc obligée de déguerpir. Je n’avais plus d’autres portes de sorties.
Un soir, je rendis visite à mon amie Aïcha. Durant toute notre conversation, j’étais restée calme et pensive; ce qui n’était pas dans mes habitudes. J’aimais beaucoup parler et faire des petites blagues. Elle remarqua que quelque chose n’allait pas puis me le demanda. Après des soupirs, je me confiai à elle. Elle prit la peine de m’écouter mais sa réaction me surprit. Elle me sourit amicalement puis me tapota l’épaule.

  – Viens, allons dans un endroit un peu plus calme. Était ce qu’elle m’avait dit. Je la suivis sans rien dire.
  – Écoute ma chère amie, je ne l’ai jamais dit à personne mais compte tenu des années d’amitié qui nous lit, je vais te dire mon secret. Au fait un maître spirituel (Baba) m’avait aidé à mes débuts et même continue de le faire.
  – Ah bon? Mais comment?
  – Il a un contact à la morgue qui me procure une certaine eau.
  – Une certaine eau? J’ai du mal à comprendre.
  – De l’eau avec laquelle ils ont lavé les cadavres. Mais c’est un peu cher. Il vend le litre à cent mille francs. Baba lui a besoin de cinq litres pour te faire une potion. Tu prépareras tes sauces avec une infime goutte de cette potion jusqu’à ce que cela ne finisse. Je te jure que tu verras les résultats par toi même.  Toi tu ne mangeras pas ces sauces là, ni même les goûter.
  – Qu… Quoi? Je ne peux pas faire un truc pareil.
  – C’est ça le secret ma chère si tu veux faire fortune et sauver tes enfants de la misère. À moins que tu veux retourner dans ta situation d’avant.
  – Je vais réfléchir.
  – Okay. Quand tu seras prête, je t’accompagnerai chez Baba.
  – D’accord.

Comme le dit cet adage : Ceux qui réussissent dans la vie sont ceux qui prennent assez de risques, je finis par m’y faire à l’idée d’Aïcha. Pour cela, je réunis toutes mes économies pour qu’elle puisse m’accompagner chez son fameux sauveur Baba…

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Les choses avaient littéralement changé. En quelques mois, je fis fortune avec la potion de Baba. À chaque fois que l’eau finissait, je m’en procurais chez monsieur Germain à la morgue et Baba le  transformait. J’achetai l’espace sur laquelle j’avais construit le restaurant puis en construisis un,  triplement plus grand. J’engageai plusieurs employés qui faisaient le service. Je me contentais de récupérer les sous et de faire les comptes chaque soir. Mes enfants étaient épanouis de nouveau. Je les avais tous inscrit dans des écoles prestigieuses. Presque toute la ville connaissait mes mets.

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Quelques années plus tard…

Monsieur le ministre de l’intérieur avait souvant l’habitude de venir manger dans mon restaurant. C’était un homme simple, amusant et pagailleur. Et lorsqu’il venait, il me taquinait toujours avec ses petites blagues et faisait rire tout le monde. Ce matin, il m’avait tellement fait rire que j’avais oublié que je ne devais pas manger ni goûter mes propres sauces. Une petite quantité s’était retrouvée sur le bout de mes doigts et par mégarde, je l’avais avalée. Quelques minutes plus tard, ma vision devint floue et je sentis une chaleur intense m’envahir. Je commençai à confondre les choses au point où monsieur le ministre arrêta ses blagues et me demanda si j’allais bien. Mes employés m’encerclèrent. Je demandai à l’un d’entre eux de téléphoner à mes enfants qui étaient à l’université et aussi à Aïcha. Je me rendis compte de l’erreur grave que je venais de commettre et cela me serait fatale.

Je me sentis tellement chaud que je commençai à me déshabiller devant tout le monde…

Ecrit par Koffi Olivier HONSOU alias Verdo Lompiol. (Noveliste togolais).

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