Les échoués – Livre 2

Berlin, 1939… Une voiture noire venait de se garer devant le 77 de la Wilhelmstrasse. La nuit était maintenant tombée et un déluge s’abattait sur les pavés de cette rue qui abritait un locataire pas comme les autres.

Le chauffeur sortit, muni d’un parapluie, et vint ouvrir la portière arrière droite. Un homme s’extirpa du véhicule et, au pas de course, traversa les jardins d’une bâtisse cossue. Arrivé devant la porte d’entrée, son client dorénavant protégé de la pluie, le chauffeur fit demi-tour pour rejoindre son véhicule, non sans avoir salué ce dernier.

Ce dernier frappa trois fois à l’aide de l’imposant heurtoir à tête d’aigle. Une lumière éclaira le couloir, visible du jardin, signe qu’on allait bientôt lui ouvrir la porte.

Un homme de taille moyenne, le visage émacié, ouvrit la lourde porte.

— Bonsoir Monsieur ! fit-il. Entrez, je vous prie.

— Merci ! répondit le visiteur du soir en pénétrant dans le vestibule. Il laissa son chapeau et son pardessus trempés au majordome des lieux.

— Qui dois-je annoncer ? fit ce dernier en sonnant une petite cloche.

— Günterhausen ! répondit le jeune homme.

La cloche sonnée avait eu pour effet de voir apparaître une femme d’une cinquantaine d’année vêtue d’une grande jupe et d’un chemisier noirs recouverts d’un non moins grand tablier blanc. Le majordome lui remit les vêtements mouillés de Günterhausen en lui susurrant deux ou trois instructions dont la lingère répondit par un hochement de tête approbateur mais surtout obéissant. Elle disparut en un éclair.

— Je reviens de suite ! fit le majordome en remontant un immense couloir.

Günterhausen sortit son étui à cigarettes de la poche interne de sa veste et fit quelques pas dans le vestibule pour s’arrêter devant un immense tableau. Il s’alluma la cigarette qu’il avait sur le bord des lèvres depuis quelques secondes et contempla l’œuvre.

— Le combat des Centaures ! fit une voix derrière lui. Débuté en 1872, Böcklin l’acheva en 1873…Une œuvre grandiose démontrant la suprématie évidente de notre chère race Aryenne…

Günterhausen, surpris, se retourna et découvrant, l’hôte des lieux, le salua d’une main droite tendue.

— Heil mein Führer ! fit-il, impressionné par le petit caporal devenu maître de l’Allemagne.

— Ce tableau décrivait, à l’époque où il fut peint, les relations entre la France et la Prusse ! ajouta Hitler d’un sourire narquois. Il vous plaît ?

— Magnifique ! fit Günterhausen.

— Enfin un homme de culture ! dit Hitler manifestement en joie après l’approbation de son invité. Venez avec moi, nous serons plus tranquilles dans mon bureau pour bavarder.

Günterhausen ne se fit pas prier et suivi le Chancelier dans le long couloir emprunté précédemment par le majordome qui les suivaient à une distance respectable. Au bout de celui-ci trônait un immense portrait d’Hitler en tenue d’apparat. Comme un symbole. Lui, le petit brun aux yeux noirs avait érigé en perfection l’Aryen type : Grand, blond aux yeux bleus…Günterhausen emboîta le pas d’Adolf Hitler lorsque ce dernier pénétra dans ce qu’il avait défini comme étant son bureau. Un air d’opéra s’échappait de la pièce. Le majordome referma les portes derrière eux.

La marche funèbre du Crépuscule des Dieux de Wagner déroulait sa mélodie annonciatrice de ce qui allait se jouer sur le vieux continent pendant les cinq prochaines années. Günterhausen n’en menait pas large.

— Prenez place monsieur Günterhausen, c’est bien cela, Günterhausen ? fit Hitler.

— Tout à fait mein Führer ! répondit-il. Jürgen Günterhausen !

— Goering m’avait annoncé votre venue, il ne tarit pas d’éloges à votre sujet ! dit Hitler en souriant à Günterhausen. Du thé ?

— Merci mein Führer, je veux bien ! répondit Günterhausen.

— Je reste cependant sceptique à votre sujet…enchaîna Hitler tout en remplissant de thé, les deux tasses situées devant lui. Votre histoire n’est pas…commune…ajouta-t-il.

— Je vous comprends, j’ai moi-même eu du mal à l’accepter mais c’est pourtant bien réel ! annonça Günterhausen.

— Je vous écoute Jürgen Günterhausen ! fit Hitler en lui poussant la coupelle sur laquelle reposait la tasse de thé qu’il venait de servir.

— Merci mein Führer ! dit Günterhausen. Par où commencer ?

— Si on essayait par le début ! sourit Hitler.

— Avec plaisir…rétorqua Günterhausen. Je me suis engagé dans la Wehrmacht en 1929 avec comme idéal de servir mon pays. Puis, reconnaissant rapidement l’incompétence d’une partie de ma hiérarchie, j’ai décidé de rejoindre la Schutzstaffel en 31. Servir au sein de la SS était pour moi devenu une évidence.

—  Je suis fier d’entendre vos paroles mon cher Jürgen ! dit Hitler. Poursuivez, je vous prie !

— Oui mein Führer ! répondit Günterhausen. Lorsque la guerre a débuté et que nous sommes arrivés en France en 1940, j’ai été affecté dans une garnison au sud de Paris…

— Une minute, Günterhausen ! interrompit Hitler. Vous êtes en train de me dire que nous avons envahi la France en 1940 et que nous nous y sommes installés ?

— Oui, je comprends que cela soit difficile à imaginer mais c’est pourtant le cas mein Führer ! répondit Günterhausen. Quatre années ont passées, on m’a affecté dans le sud de la France, dans les Pyrénées. Des informations nous étaient parvenues, indiquant qu’une poche de résistants malmenait nos infrastructures. Entre-temps, j’étais devenu lieutenant, au mérite…ajouta-t-il.

— Un homme de culture doublé d’un homme de valeur ! fit Hitler.

— Merci mein Führer ! dit Günterhausen. J’ai pris la tête d’un bataillon qui devait mettre fin à ces actes terroristes et nous avions eu vent qu’ils se cachaient dans un monastère perché sur un nid d’aigle, en pleine montagne. Nous nous rendîmes alors sur place. Les informations étaient justes. Nous avons donc…éliminé ces terroristes…

La musique solennelle de Wagner accompagnait merveilleusement les explications de Günterhausen. Hitler écoutait avec attention cet homme lui décrivant une guerre qui n’avait pas encore commencé. Il était subjugué.

— J’ai fait une découverte…dit Günterhausen. Dans la crypte du monastère…Alors que des résistants s’y étaient cachés, nous avons réussi à les y déloger et c’est là que je l’ai vu…

— Vu qui ? demanda Hitler.

— Une femme…Elle est descendue dans un tombeau qui trônait dans la pièce. Un tombeau vide mais qui abrite un…escalier, mein Führer ! dit-il, marquant un temps d’arrêt.

— Un escalier ? fit le Führer. Et où mène-t-il, Günterhausen ?

— Lorsque je suis descendu à mon tour dans ce tombeau, la jeune femme s’était volatilisée, comme par enchantement. De plus, l’escalier ne menant nulle part, j’ai fait demi-tour et en remontant, je me suis retrouvé dans cette crypte que je venais de quitter mais…je compris rapidement que quelque chose s’était produit. Quelque chose d’inexplicable, mein Führer ! dit Günterhausen en se râclant la gorge. J’étais en 1938…

— Et qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ? demanda Hitler. Je veux dire…avant de vous présenter à moi !

— Le temps de comprendre ce qu’il m’arrivait…dit le jeune homme. Puis de rentrer en Allemagne et enfin essayer de vous approcher…

Hitler se leva et se dirigea vers la fenêtre sur laquelle frappait toujours le déluge. Il porta la tasse de thé à ses lèvres et son regard se perdit dans les ténèbres de cette nuit qui ne s’annonçait pas comme les autres.

— Mein Führer ! fit Günterhausen en se levant à son tour. Je suis revenu de 1944, je sais quelques informations qui vous permettront de ne pas commettre des erreurs qui seraient fatales pour l’avenir de notre grande Allemagne.

— Des erreurs ? fit Hitler en se retournant vers l’insolent pour le fixer de son regard du plus noir des corbeaux.

— Oui mein Führer ! insista Günterhausen. Le front de l’Est…La défaite de Stalingrad a été une victoire retentissante et porteuse d’espoir pour nos ennemis. Ne rompez pas ce pacte que vous avez passé avec Staline et concentrez-vous sur l’Ouest. Parlez avec Staline…

— Je viens de signer ce pacte avec ce bolchevique de malheur ! lança Hitler. Pourquoi voulez-vous qu’il soit rompu ?

— Cela viendra dans peu de temps…murmura Günterhausen.

— Il suffit ! dit Hitler avec autorité.

Le chancelier se dirigea vers son bureau et décrocha son téléphone.

Appelez-moi Goering ! Tout de suite ! ordonna-t-il avant de raccrocher le combiné.

La musique s’emballa pour le grand final puis le calme revint, le gramophone s’arrêta.

— Mein Führer ! dit Günterhausen. Je comprends que tout cela soit difficile à entendre mais…

— Pourquoi vous ferais-je confiance ? dit Hitler. Qui me dit que vous n’êtes pas fou à lier et que vous mériteriez de finir vos jours dans un camp pour dégénérés ?

Günterhausen glissa sa main droite dans la poche interne de sa veste et en sortit ce qui ressemblait fort à une coupure de journal qu’il déposa sur le bureau d’Adolf Hitler.

— Je m’y attendais, aussi je vous ai ramené ce tract pris sur l’ennemi. Il a été édité par les Anglais puis distribué aux résistants afin qu’ils sachent que les alliés débarqueraient prochainement, voyez la date…le 24 mars 1944 !

Hitler regarda longuement le tract déposé par le jeune lieutenant. Il se leva puis s’approcha de ce dernier en le fixant non moins longtemps que le document.

— A partir de maintenant, vous êtes affecté à mon cercle rapproché, sous ma seule autorité ! dit-il en posant sa main droite sur l’épaule de Günterhausen.

— A vos ordres mein Führer ! fit ce dernier.

Le téléphone interrompit ce moment solennel. Hitler décrocha.

Herman ? Réunis-les tous…Je veux que tout le monde soit au Salon Rouge dans une heure !

Hitler raccrocha et retourna vers la fenêtre pour constater que la pluie avait cessée. Le vent avait balayé en partie les nuages et un morceau du croissant de lune apparaissait à présent.

— Mon cher Jürgen ! fit-il en admirant l’astre nocturne. Avez-vous déjà entendu parler de l’ordre de Thulé ?

*****

Paris, 2019…

Marina sortit du métro et se dirigea vers les escaliers qu’elle monta d’un pas cadencé. Elle avait déjà 20 minutes de retard, dû au malaise d’un passager. Il lui avait été impossible de prévenir Marius même par SMS, faute de réseau. Ce n’est pas qu’il était à cheval sur les horaires, elle peut même dire qu’il s’en foutait totalement mais aujourd’hui, Marina avait tout simplement envie de le voir, peut-être plus que certains jours et ce retard l’avait quelque peu agacé.

Elle quittait l’odeur nauséabonde des sous-sols parisiens pour émerger enfin à la surface pour y respirer l’air pollué. Marina était fatiguée de cette vie à 100 à l’heure et gardait dans un coin de sa tête, un vieux rêve : Celui de bouger de la capitale !

En attendant de le réaliser, elle sortit son téléphone portable et appela Marius.

  • Allo ? Oui c’est moi, je suis là dans 5 minutes, je fais au mieux. Je t’embrasse, à tout de suite !

Elle rangea son téléphone en se disant que c’était bien con d’appeler quelqu’un pour lui dire qu’on serait dans à peine 5 minutes. Marina sourit et accéléra.

Marius était attablé à la terrasse d’un café qu’ils fréquentaient souvent. Lorsque Marina arriva, il était en train d’écrire sur un bloc note.

— Salut ! dit-elle en l’embrassant tendrement.

— Salut ! répondit-il. Ah bah je vois que tu es en avance pour une fois ! ajouta-t-il en souriant.

— Oui je sais, désolé ! rétorqua-t-elle. C’est ton prochain article ?

— Ouais ! Encore deux ou trois petites choses et il sera prêt ! dit-il en rangeant son bloc et son stylo.

— Tu veux boire un autre truc ? dit-elle en faisant signe au serveur.

Ce dernier sourit, finit de déposer sa commande à la table voisine et arriva à la hauteur du couple.

— Bonsoir Marina ! fit-il. A l’heure comme d’hab ! ajouta-t-il en faisant un clin d’œil à Marius.

— Oh ça va, tu vas pas t’y mettre aussi Mathieu ? dit-elle en faisant une moue désapprobatrice. La même chose pour lui et un Cuba Libre pour moi s’il te plaît !

— Ok, ça marche ! répondit le serveur.

Elle se retourna vers Marius qui la regardait depuis quelques secondes.

— Quoi ? fit-elle, les yeux grands ouverts.

— Rien, je profite c’est tout ! s’amusa Marius.

— Tout est prêt ? demanda-t-elle.

— Tout est opé ! J’ai réservé la maison, on a les clés aux alentours de 14h30 ! répondit Marius.

— Celle avec la piscine ? s’enquerra Marina.

Marius fit d’un sourire sa réponse. Marina exulta et lui sauta dessus, manquant de faire chavirer la petite table ronde qui les séparaient.

— Doucement ! fit Marius en riant. On part samedi matin donc tu prépares vite fait tes affaires et on bouge pour 15 jours de repos, loin de cette merde ! Ok ?

— Ok ! répondit-elle. Mais samedi c’est demain ? ajouta-t-elle perplexe.

— Ah oui, c’est ma nouvelle façon de communiquer avec toi ! répondit-il. Je t’explique. Si je t’avais dit : on part demain matin ! Tu m’aurais sorti tes excuses à 2 balles, que tu serai jamais prête, gnagnagna…Donc là, je te dis : on part samedi, c’est mieux ! dans ta représentation des choses, dans ta temporalité, c’est moins stressant ! Tu comprends ?

— Tu te fous de ma gueule, en fait ? C’est ça ? dit-elle en lui souriant.

— Ah complètement ! fit-il en l’embrassant. Et tu sais quoi ? Ben j’ai joint l’utile à l’agréable pour ma petite prof d’histoire préférée ! ajouta-il.

— Le monastère ? demanda-t-elle.

— Tout à fait ! Le Berchtesgaden des culs-bénis ! fit Marius, hilare.

— T’es con ! T’es con mais je t’aime…dit-elle en l’embrassant à son tour.

***

 Le soleil était à son zénith. Marius bailla. Il était temps d’arriver car la fatigue commençait à lui peser.

— Tu savais qu’on ne pouvait déterminer la date de construction de ce monastère ? dit Marina en lisant un article sur son téléphone. C’est fou ça quand même !

— Ben y’a bien quelqu’un qui a décidé de sa construction ? répondit Marius, intrigué par l’annonce de Marina.

— Oui, mais on ne sait pas qui ni quand ! insista-t-elle. Tout reste flou. Le mystère reste entier et ça me plaît ! ajouta-t-elle en souriant.

— Et c’est ma petite prof d’histoire préférée qui va lever le mystère ! répondit Marius en lui faisant un clin d’œil.

— T’es pas trop fatigué ? demanda-t-elle.

— On arrive bientôt…dit-il. Je me reposerai cet après-midi.

L’horloge de la voiture affichait presque 14h. Le rendez-vous pour la remise des clés avait lieu dans une demi-heure. C’était plus qu’il ne leur en fallait pour y arriver.

Dix minutes plus tard, ayant traversé le petit village médiéval, ils s’arrêtèrent devant une petite maison aux volets blancs et au jardin fleuri.

— Voilà ! c’est là ! fit Marius en coupant le contact.

— C’est mimi tout ça ! fit Marina sortant de la voiture.

Une femme d’une soixantaine d’année sortit de la maison et vint les accueillir. Marina s’éloigna un instant et appela son frère pour lui signifier qu’ils étaient bien arrivés.

— Bienvenue à Casteil ! fit l’hôte des lieux. Je suis Lise Hubernois. Vous avez fait bon voyage ?

— Merci Madame ! Marius Bracva répondit-il. Un peu de fatigue mais le paysage vaut le déplacement !

— On attend Madame pour la visite ? demanda-t-elle.

— On va commencer, elle nous rejoindra ! fit Marius.

Quelques instants plus tard, Marina entra dans la maison dont la porte d’entrée était restée ouverte.

— Marius ? appela-t-elle.

— Dans le jardin de derrière ! répondit-il.

Marina traversa le salon et aperçut Marius en discussion avec la propriétaire derrière la baie vitrée transpercée par les multiples rayons de ce soleil annonciateur de belles vacances. Marina passa la tête par la porte de la baie vitrée.

—  Bonjour ! fit Marina en souriant.

A sa vue, Mme Hubernois marqua un temps d’arrêt, fixa longuement Marina puis reprit ses esprits.

— Bon…bonjour Madame…fit-elle.

Marina vint se caler dans les bras de Marius et sourit en découvrant la piscine qui s’étalait devant eux.

— Voilà ! dit la propriétaire. Je crois que je vous ai tout dit. Je vous ai laissé des prospectus sur le bar. Quelques idées de visite. Si vous avez besoin de me joindre, vous avez mon numéro donc n’hésitez pas ! Je vous souhaite un bon séjour !

— Merci beaucoup ! firent les deux amoureux en cœur.

Mme Hubernois s’éclipsa non sans avoir regardé une dernière fois Marina.

— Très sympa cette dame ! fit Marius.

— Un peu chelou quand même ! rétorqua Marina. T’as vu comment elle m’a regardé ? On aurait dit qu’elle avait vu la Vierge ou Jésus ressuscité !

— Ben c’est parce-que t’es jolie donc elle t’admirait ! s’esclaffa Marius qui prit Marina dans ses bras. Il passa sa main dans ses cheveux. On va être bien ici !

— Bon allez ! On va chercher les bagages Mr Bracva ? fit Marina en déposant un baiser sur les lèvres de Marius.

***

Une heure de marche sur des chemins escarpés les séparaient du monastère lorsqu’ils débutèrent leur randonnée. Marius, revigoré par une bonne nuit de sommeil, savourait ce dépaysement total, plongé dans ces paysages intemporels.

— Tu vois, c’est ce que je te disais hier dans la voiture ! fit Marina. Aucun texte ne relate la construction de cet édifice religieux.

— Nous montons vers le Seigneur ! plaisanta Marius. Plus près de toi mon Dieu…chanta-t-il.

— C’est ça ! dit Marina en souriant.

Alors qu’ils arrivaient près de l’entrée du monastère, ils croisèrent un moine qui, faisant le chemin inverse, descendait au village, la voiture chargée de fruits et légumes. En les croisant, il ralentit et observa Marina avec insistance puis accéléra pour disparaître dans les lacets qui serpentaient la montagne.

— Ben dis donc, tu fais de l’effet depuis notre arrivée ! lança Marius en souriant à Marina. Même les religieux s’arrêtent pour te contempler !

— Ouais ! T’as raison…répondit Marina. Voilà, on y est ! ajouta-t-elle en apercevant enfin l’entrée majestueuse du monastère.

La visite pouvait enfin débuter et ils commencèrent par le belvédère qui surplombait la vallée. Quelques tables et bancs en bois étaient installés pour les touristes souhaitant déjeuner devant ce paysage des plus somptueux. Les religieux y déjeunaient également lorsque les touristes retournaient dans leurs pénates.

Arès une brève halte afin de s’hydrater un peu, ils reprirent leur marche vers le lieu tant désiré par Marina : La crypte.

— La crypte a été remise à jour dans les années 70 après des années d’emmurement…affirma Marina. Elle a été par la suite entièrement restaurée.

— Nous y voilà ! dit Marius en découvrant le panneau indiquant la crypte.

Ils descendirent le petit escalier et accédèrent enfin au saint des saints. La température, fraîche, était revigorante après cette marche forcée sous ce soleil implacable.

La crypte n’avait rien de spectaculaire. Les voûtes étaient plutôt basses ce qui renforçait le côté mystérieux. Marina laissa courir sa main sur les pierres millénaires pour certaines d’entre elles. Un tombeau trônait au milieu de la pièce. Ils s’avancèrent vers la sépulture et constatèrent qu’elle était vide.

— Cela me donne envie de prendre un bain ! dit-elle en regardant Marius avec un regard qui en disait long.

— On en prendra un en rentrant ce soir ! répondit Marius en lui souriant.

— T’as vu l’inscription sur cette pierre ? dit Marina en s’agenouillant au pied du tombeau.

— Bloc 0…lu Marius. Cela doit être la première pierre qui y fût posée, certainement ! ajouta-t-il.

— Ce serait bizarre que la construction du monastère ait été débutée par ce tombeau, non ? lança-t-elle à Marius.

— Je ne sais pas, c’est pas moi le prof d’histoire ! dit-il en prenant une photo des lieux avec son téléphone.

Marius s’éloigna du tombeau pour explorer les lieux.

Marina monta les trois marches pour se retrouver au niveau de la sépulture vide qui lui avait fait penser à une baignoire.

— Ben voilà ! dit-il en regardant Marina. Tu l’as ton bain ! Vas-y grimpe dedans, je vais faire une photo !

— T’es barge ! Si quelqu’un arrivait ! répondit-elle.

— Ben justement, dépêche-toi ! lui dit-il. Y’a personne pour le moment !

Marina enjamba le tombeau et commença à s’allonger comme elle l’aurait fait dans une baignoire. Un léger cliquetis retentit et le fond de la tombe commença à bouger.

— Marius ! lança-t-elle en se relevant. La…la pierre, elle bouge !

La dalle disparut pour laisser place à un escalier de pierre dont on ne voyait pas la fin, perdu dans l’obscurité.

— Je t’avais dit que tu allais lever certains mystères ! dit Marius en arrivant près du tombeau pour constater la découverte de Marina.

— Je descends ? demanda-t-elle.

— Si tu veux mais avant je vais me mettre près de la porte d’entrée au cas où quelqu’un viendrait ! répondit Marius en se rapprochant de la porte.

Il vit Marina descendre et disparaître dans le tombeau. Quelques secondes plus tard, piqué par la curiosité, il s’avança de nouveau vers celui-ci pour constater que Marina n’était plus visible.

— Marina ? Marina ??? appela-t-il en vain.

Marius descendit à son tour. Après avoir dévalé quelques marches, il se rendit compte que l’escalier s’arrêtait là comme par enchantement. Il appela plusieurs fois Marina mais devant le manque de réponse, il décida de remonter chercher de l’aide.

Marius ressorti et enjamba à nouveau le tombeau. Pris de vertiges, il eût le temps de s’agenouiller sur le sol avant de perdre connaissance.

Fin du Livre II

Both comments and pings are currently closed.

Comments are closed.