Les derniers enfants (partie 2)

2099…
Les ressources de la planète Terre s’épuisent à cause de la surpopulation. Ces
dernières années, le genre humain a connu une hausse numéraire exponentielle. Les
naissances couplées au vieillissement de la population en ont été les deux
principaux facteurs et aujourd’hui la planète ne peut plus nourrir ses habitants.

Les miliciens entrèrent et questionnèrent le Dr Malavia. Matteo n’entendait que des
bribes de mots. Son index droit s’approcha de la gâchette. Fallait se tenir prêt au cas
où la jolie doctoresse aurait des envies collabos !
Plusieurs minutes passèrent. Matteo se disait que celles-ci se décomptaient très
rapidement du volume horaire dont il avait hérité à son réveil et qu’il se voyait mal
rester des heures ici et dilapider ainsi son quota généreusement attribué par
Cryolab !
Alors que la chaleur de la pièce commençait à endormir Matteo, il fut surpris par
l’ouverture de la porte et braqua à nouveau son arme en direction de celle-ci. Il
entendit le Dr Malavia.
— Vous pouvez sortir ! Ils sont partis ! fit-elle.
Matteo attendit de constater qu’elle disait la vérité avant de baisser son arme.
Effectivement, ils étaient tous partis. Son indice de confiance envers elle remontait
légèrement.
— Bon ! On fait quoi maintenant ? fit le Dr Malavia en regardant Matteo.
— On fait quoi ? Parce-que vous vous sentez une âme de dissidente maintenant ?
Après toutes vos saloperies ! Dit Matteo d’un ton sec.
Il conclut sa phrase d’une moue désapprobatrice.
— Bref ! Vous proposez quoi ? demanda-t-il ironiquement.
— Ben je me disais qu’on pouvait peut-être mettre un peu le bazar dans le joli
monde imaginé par Cryolab dit le Dr Malavia.
— Comment ? fit Matteo.
— En déréglant le système de cryogénisation ! Fit-elle.
— C’est-à-dire ? répondit-il.
— En ouvrant tous les sarcophages maintenant. S’ils ne doivent vivre qu’une seule
journée, qu’ils le fassent tous ensemble. Cryolab sera vite débordé par les milliers de
personnes qui sortiront de leur sommeil et qui sait ce qu’il peut se passer ensuite.
Cela ne mènera peut-être à rien mais ça vaut le coup d’essayer, non ? dit le Dr
Malavia.
— Et les fœtus ? demanda Matteo. Que fait-on des fœtus ? Il faut les sauver !
— Je ne peux rien faire pour eux. Je vais leur inoculer Sleeping Beauty maintenant.
Ils ne doivent pas vivre sinon ils seront la continuité de Cryolab ! Fit-elle.
— Vous m’avez dit que ces fœtus étaient conçus pour remplacer l’humanité sur le
long terme. On peut changer le cours de leur vie. On ne peut pas les supprimer
comme ça ! Il reste toujours un espoir ! S’énerva Matteo.
— Malheureusement non ! Ne sous-estimez pas Cryolab ! Ces fœtus sont
programmés pour obéir au système. Pour leur obéir ! C’est pour cela qu’ils ne
doivent pas voir le jour ! Dit-elle.
— Mais au fourneau tout à l’heure, j’ai surpris une discussion entre deux hommes
et l’un disait que les Cryo-01 mourraient également au bout d’une journée ? Asséna
Matteo.
— Très peu de monde connaît le vrai projet de Cryolab. Je fais partie de ces rares
personnes. Certains Cryo-01 sont effectivement éliminés quand nous nous rendons
compte qu’ils ne seront pas viables. Mais de temps en temps certains « buguent »
beaucoup plus tard, les fameuses exceptions à toutes règles. C’est pour cela qu’ils
ont dû voir passer des corps de Cryo-01 dans les fourneaux. D’où leur amalgame !
Répondit-elle.
Matteo ne savait plus quoi penser.
— Ensuite, il faudra détruire le système de procréation maîtrisée. En le sabotant
informatiquement. Je sais comment faire, ne vous inquiétez pas ! ajouta-elle.
— Mais justement je m’inquiète ! Vous allez donc éradiquer définitivement toute
vie humaine, ou s’en rapprochant, d’un simple virus informatique ! Sans remords ?
Fit Matteo.
— Vous préférez que Cryolab continue son œuvre ? dit-elle.
— Non non bien sûr ! Dit Matteo. Mais j’imaginais qu’il y avait une fin heureuse !
C’est sans doute mon côté…
— …Humain ? coupa le Dr Malavia.
— Ça doit être cela ! répondit-il. Ok ! Je vais vous aider !
— Il faut faire vite car l’équipe de jour ne va pas tarder à arriver pour prendre la
relève ! Répondit-elle.
Leur travail accompli, Matteo s’éclipsa pendant que le Dr Malavia assurait la
transition avec ses collègues qui arrivaient.
Matteo, après avoir prévenu le docteur, était retourné dans la pièce de repos où il
s’était caché en entrant dans le bâtiment la veille. Il avait rencontré quelques
chercheurs qui prenaient leur poste. L’arme de Matteo ainsi que son regard décidé
les avaient confortés dans le fait qu’il s’agissait d’un milicien, rien de plus. Comme
d’habitude. Le Dr Malavia rejoint Matteo qui s’était endormi, épuisé par le stress et
par les effets secondaires de la cryogénisation. Elle posa sa main sur son épaule afin
de le réveiller.
H-15
Matteo se réveilla en sursaut et saisit son arme machinalement.
— Putain ! Il est quelle heure ? Dit Matteo en baillant.
— Il ne vous reste qu’environ 15 heures à vivre si c’est ce que vous voulez savoir !
répondit-elle. Vite ! Nous devons partir d’ici !
— Et merde ! Fallait me réveiller avant ! lança Matteo.
— Difficile ! Je devais assurer la transition avec mes futurs ex-collègues ! Dit-elle
d’un ton agacé.
— Bon et maintenant c’est quoi le programme, docteur ? demanda Matteo.
— Rachel ! Mon prénom c’est Rachel ! Marre de docteur par-ci, docteur parlà…Ben j’en sais rien. Je sais juste qu’on ne peut pas rester ici indéfiniment !
— Ok ! Mais on va où ? J’ai pas pris le temps de visiter si vous voulez tout savoir !
dit Matteo avec un brin d’ironie.
— La zone interdite ! dit Rachel. C’est un endroit à environ quatre heures d’ici.
— La zone interdite ? fit Matteo surpris.
— Oui. Je vous expliquerai en chemin ! Dit Rachel
Matteo rassembla ses esprits, se leva et annonça à Rachel qu’il fallait qu’ils partent
maintenant. Vers cette fameuse zone interdite.
— Excusez-moi, mais comment vous appelez-vous ? Fit Rachel.
— Matteo ! fit-il en souriant.
En sortant, Matteo fut ébloui par la lumière du jour. Le passage dans le Puits l’avait
certes bien aidé à s’habituer un peu mais rien ne remplace l’authenticité et la chaleur
du soleil. Rachel lui avait donné une blouse blanche afin qu’il soit confondu avec
les autres chercheurs. Ils avaient tout bonnement l’air d’un couple de laborantins
qui rentraient chez eux après une nuit de dur labeur.
Rachel habitait à cinq minutes du bâtiment de Rebirth. Arrivés chez elle, elle prit les
clés du véhicule prêté par Cryolab et intima l’ordre à Matteo de le suivre.
Le moteur du véhicule vrombit et les deux êtres encore vivants pour quelques
heures quittèrent le complexe scientifique.
Alors qu’ils roulaient depuis plus d’une demi-heure, Matteo repensa au dernier
Edenien dont les deux macabres manutentionnaires parlaient juste avant de jeter les
pauvres corps dans le brasier. Il raconta la scène à Rachel.
— Il n’est pas tout seul cet homme ! En fait ils sont deux…dit-elle.
— Ah ! fit Matteo qui commençait à comprendre…Putain ! Je suis le dernier des
derniers, c’est ça ? ajouta-il entre fierté et angoisse.
— Ah c’est bien les mecs, ça ! Toujours à vouloir être sur le devant de la scène ! J’ai
dit qu’ils étaient deux. Et l’autre est une femme !
Matteo tourna la tête vers la gauche, regarda Rachel qui conduisait et compris ce
qu’elle voulait dire. Elle était donc cette femme…
— Super ! Les deux derniers Edeniens, recherchés par une milice de barges armés
jusqu’aux dents, se dirigent vers une zone interdite pour y crever tranquillement à
l’abri des regards indiscrets. Putain j’adore ! J’adore !!! lança Matteo.
— J’avoue ! C’est la grosse loose ! dit Rachel.
Ils rirent. La chappe de plomb qui enserrait leur ventre venait de sauter.
— Mais en fait on est des oiseaux ? On se retire pour mourir loin de tous ! dit
Matteo en souriant.
Même si cela n’a jamais été prouvé scientifiquement, on peut dire ça ! répondit
Rachel !
Ils se regardèrent et rirent de plus belle.
H-11
Le soleil était maintenant à son zénith lorsque le véhicule les lâcha en plein milieu
du paysage désertico-apocalyptique qui les entouraient. Il était dit que cela ne serait
pas simple de vivre leur mort jusqu’au bout !
— C’est foutu ! Elle ne repartira pas ! Dit Matteo en refermant le capot du
véhicule. C’est encore loin votre zone interdite ?
— Non, nous sommes proches. Derrière cet ensemble de rochers que l’on peut
voir commence cette fameuse zone ! Fit Rachel en indiquant les rochers.
— Ok ! Ben allons-y alors ! Répondit Matteo.
Rachel acquiesça et suivit Matteo qui avait pris les devants.
— C’est une belle journée pour mourir ! Dit Matteo en regardant le ciel. On ne
prend jamais le temps de regarder la beauté des choses. On se dit toujours qu’on
aura le temps de le faire quand on se posera un peu. Mais on ne se pose jamais !
C’est la problématique de l’être humain. Coincé entre ce que l’on doit et ce que l’on
voudrait faire ! Fit-il, un brin désabusé.
— Oui ! Et il n’y a pas que le ciel que l’on oublie de regarder ! ajouta Rachel en
souriant. On passe à côté de beaucoup de choses et c’est à quelques heures de
quitter définitivement ce qui va nous manquer que l’on constate enfin ce manque.
— Mouais ! Vous avez sûrement raison ! C’est quoi cette zone interdite ? Dit
Matteo.
— Personne ne sait vraiment. On dit la zone contaminée par d’anciens essais
d’armes diverses et variées, nucléaires ou bactériologiques. Répondit Rachel.
— Un havre de paix en somme ? Sourit Matteo. Mais sinon, on va faire quoi làbas ? Parce-que je vous signale quand même que dans un peu de moins de 12
heures, on jouera à Sleeping Beauty pour toujours ! Ajouta-t-il.
Ben, on pourrait peut-être justement profiter de ces dernières heures pour vivre
loin de tout ça. Loin de Cryolab, de Rebirth…de toute cette merde ! dit Rachel.
Matteo ne répondit pas. Il se contenta juste de regarder Rachel.
Ils marchaient maintenant depuis plus de deux heures quand ils arrivèrent près des
rochers qui matérialisaient le début de la zone interdite. Ils décidèrent d’y faire une
pause.
H-8
Le soleil les écrasait. La fatigue et la faim se faisaient sentir. Rachel sortit quelques
menues victuailles qu’elle avait apportées de chez elle.
— Vous vous souvenez de votre vie avant la cryogénisation ? dit Rachel à Matteo.
— Il demeure quelques zones d’ombres mais oui, je m’en souviens. Répondit-il. Je
vivais avec ma sœur dans un taudis au sein d’une espèce de ghetto parmi tant
d’autres qui pullulaient aux abords de la cité. Pas de job, on vivait de larcins. Puis
un jour, les miliciens ont investi notre campement et ont raflés tout le monde. Les
réfractaires furent exécutés sans aucune forme de jugement. Et me voilà donc
aujourd’hui dans un désert à vivre mes dernières heures !
— Et votre sœur ? Qu’est-elle devenue ? Dit Rachel.
— Ma sœur n’a jamais aimé l’autorité ! Répondit Matteo.
— Ce n’était pas ma question ! Fit Rachel.
— C’est ma réponse ! asséna Matteo.
— Et vous ? Quelle était votre vie avant tout ce bordel ? demanda en retour
Matteo.
— Rien de bien passionnant. Etudes scientifiques, célibataire, des amis, bref ! Une
vie banale. Puis j’ai accepté la cryogénisation. Enfin ! J’ai accepté. C’était ça ou vivre
une vie de clandestine avec le risque de finir exécutée…Le choix était vite fait !
Répondit-elle. Puis on m’a proposé ce job. Avec une espérance de vie plus longue
que celle des êtres que nous ramenions à la vie tous les jours. Au moins mes études
m’auront servies à quelque chose !
Rachel et Matteo se regardèrent en souriant.
H-7
Ils avaient repris leur marche sous le soleil depuis maintenant une heure quand
Rachel tomba sur le sol et convulsa. Le soleil et la fatigue avaient eu raison d’elle.
Matteo vit quelques arbres non loin d’eux et décida de l’y emmener. Arrivé sous cet
arbre salvateur, Matteo déposa délicatement Rachel au sol. De la gourde qu’il avait,
il fit couler un peu d’eau dans la paume de sa main et aspergea Rachel qui ne réagit
pas. Elle respirait et c’est tout ce qui comptait pour le moment. Il fallait qu’elle se
repose malgré le timing imposé par Cryolab. Se reposer pour se réveiller et mourir !
Quel bel après-midi ! Pensa-t-il en s’assoupissant également, accablé par le soleil.
H-5
Il faisait maintenant presque entièrement nuit. Rachel se réveilla tout doucement
encore comme groggy par son insolation. Matteo n’était pas là. Elle n’osa pas
l’appeler de peur que la milice ne débarque, étant certainement à leur recherche.
Elle s’assied et contempla le décor surnaturel qui les entouraient. Un paysage
désertique, des rochers, quelques arbres salvateurs jetés çà et là. Même si ce décor
n’était pas des plus bucoliques, il allait lui manquer dans quelques heures. Elle
imaginait sa vie si elle n’avait pas été cryogénisée. Si Cryolab n’avait jamais existé.
Elle aurait vécu une autre vie. Souhaitée, voulue. En étant maître de ses choix.
Rachel fût sortie de ses pensées par Matteo qui jeta à ses pieds des morceaux de
bois. Il commençait à faire froid et un petit feu ne serait pas de trop.
Matteo cassa quelques petites branches qu’il plaça au centre d’un cercle de pierres.
Il craqua ensuite une allumette et protégea la minuscule flamme d’un éventuel coup
de vent comme il aurait aimé protéger sa propre flamme de vie de ce vent qui allait
bientôt l’emporter.
Matteo sourit à Rachel, histoire de chasser ces pensées.
— Alors ? Madame a bien dormi ? S’esclaffa Matteo à l’encontre de Rachel.
— Disons que le repos n’était pas forcément au programme mais il m’a fait du
bien ! Merci ! Dit-elle en lui souriant.
— Merci ? Mais de quoi ? S’étonna Matteo.
— De vous être occupé de moi. De m’avoir sauvé en quelque sorte ! Répondit
Rachel.
— Ben j’allais pas vous laisser mourir dans ce désert ! Fit Matteo.
— Je ne parle pas que de ça ! Vous m’avez sauvé bien au-delà de ce que vous
pouvez imaginer ! Vous m’avez permis d’être enfin moi. De m’extirper de ce
laboratoire, de Rebirth, de Cryolab ! Dit-elle.
— Comment ça ? Demanda Matteo en ajoutant des branches dans le feu qui
crépitait.
— Lorsque je vous ai rencontré dans le laboratoire, j’ai vu dans vos yeux un
mélange d’incrédulité et de volonté. Cette incrédulité par rapport à tout ce qui se
passait autour de nous et que vous découvriez. Cette volonté de ne pas lâcher et de
ne pas suivre ce que l’on vous avait imposé dès que vous l’avez su. Je me suis laissé
entraîner par cette volonté et j’ai découvert la mienne. Je ne pouvais pas ne pas
vous suivre. Quelque chose qui ne s’explique pas. Peut-être parce-que nous
sommes pareils. Les derniers enfants conçus par deux êtres qui s’aiment et qui fait
que nous sommes différents de ces Cryos-01. Alors merci ! Merci pour cela ! Dit
Rachel en essuyant quelques larmes qui perlaient sur son visage.
— Je vous en prie. Je n’ai rien fait pour vous emmener pourtant ! Vous avez suivi
votre instinct. Celui qui vous disait de faire ce que vous aviez envie de faire ou en
tout cas de ne plus faire ce que vous ne vouliez plus ! C’est tout ! Je n’ai été qu’un
simple déclencheur ! Un déclic ! Mais c’est vous qui avez pris la décision ! C’est ce
qui fait qu’effectivement, nous sommes différents de ces expériences de
laboratoires. Qu’ils n’auront jamais au fond d’eux-mêmes ce qui nous a été transmis
par nos parents. Ils se sont aimés pour nous avoir et nous avons hérités de leur
amour, de cette force, de cette volonté ! Répondit Matteo.
H-3
Ils décidèrent de rester ici, jusqu’au bout, jusqu’à la fin programmée. La seule
satisfaction était de choisir leur fin. Choisir où quitter ce monde à défaut de choisir
comment. Cette humanité en eux qui les submergeait à cet instant. Qui, à quelques
heures du dernier voyage, les rendaient malgré tout heureux. Il ne fallait surtout pas
dormir pour profiter de ces instants, de ce calme, de cet échange encore
inimaginable ce matin pour eux deux. Ils continuèrent de discuter sur cette seconde
vie qui leur paraissait bien courte et pourtant si belle. Belle peut-être parce-que
courte. Parce-que l’on se rend compte de la beauté des choses lorsque nous les
quittons. Un grand classique chez l’être humain, incapable de prendre le temps, de
prendre ce temps, de prendre notre temps pour admirer et contempler ce qu’on a
bien voulu nous donner l’occasion d’admirer.
Genesis est partout. Même si Cryolab n’avait jamais existé. Lorsque nous naissons,
nous avons cette temporalité, cette espérance de vie en héritage et nous avons par
contre le choix de décider d’en faire ce que bon nous semble. C’est bien là la seule
différence avec ce programme. Nous avons, non pas une puce qui régule notre
temps de passage sur Terre mais une unicité chez chacun d’entre nous qui va
déterminer cette temporalité. S’ajoutent là-dessus des évènements extérieurs,
incontrôlables, que l’on ne maîtrise pas et c’est tant mieux même si cela est
effrayant. Laissons couler cette vie en nous. Cette petite flamme si précieuse qui
peut s’éteindre d’un moment à l’autre. Vivons. Vivons pleinement et entièrement
sans se soucier d’un lendemain qui sera ce qu’il sera. En affrontant enfin tous ces
démons qui nous hantent parfois. En faisant face à tous nos désirs. Tous ! En étant
enfin nous-même ! Pour être en accord avec ce qui vit au plus profond de nous et
que l’on tente vainement de cacher à tout le monde et à commencer par soi ! Pour
être honnête envers les autres, il faut débuter ce long voyage qu’est l’introspection
de son être, de son Moi. Pour s’accepter enfin !
Le sablier laisser couler les minuscules grains de vie. Et tout va trop vite ! On
aimerait stopper le temps dans certaines situations. Alors que c’est inverse lorsque
l’on est enfant. On veut sortir des règles imposées par les adultes, on veut grandir
pour s’extirper de cette obéissance. On n’imagine pas alors que l’on va tomber dans
d’autres règles, immuables, qui régissent notre existence. On va obéir à nouveau.
Aux injonctions d’une autre dictature. Une dictature sous-jacente et qui ne se
revendique pas comme telle. Celle d’une liberté conditionnée. D’un questionnaire à
choix multiples qui ne serait pas un choix. Le choix entre des vies imposées par la
normalité ! Ces normes qui nous laissent à penser que nous avons le libre-arbitre.
Matteo et Rachel le constataient à présent. A quelques minutes de partir. Puis les
minutes devinrent des secondes. Les plus belles, les plus intenses. Le regard qu’ils
échangeaient mêlait la peur à l’envie, l’injustice au besoin. Ils sourirent une dernière
fois. Puis, par envie, par libre-arbitre, par choix, leurs lèvres se rapprochèrent
inexorablement. Il ne restait qu’une poignée de secondes mais qu’elles étaient
belles. Une fois leur but atteint, leurs lèvres formèrent un baiser d’une intensité
rare. D’un bonheur. D’une joie qu’ils ne connaîtraient plus. Ils s’allongèrent sans
que leurs lèvres ne se quittent. Puis la puce s’éventra, libérant le liquide mortifère.
Le baiser se fit plus intense. Puis plus rien. Ils étaient partis sans se soucier de ce
qu’il adviendrait après. Ce moment de vie ultime, ils l’avaient savouré ensemble.
Comme des enfants insouciants. Comme les derniers enfants qu’ils avaient été.
Fin

Both comments and pings are currently closed.

Comments are closed.