Les derniers enfants (partie 1)

2099…
Les ressources de la planète Terre s’épuisent à cause de la surpopulation. Ces
dernières années, le genre humain a connu une hausse numéraire exponentielle. Les
naissances couplées au vieillissement de la population en ont été les deux
principaux facteurs et aujourd’hui la planète ne peut plus nourrir ses habitants.

Les programmes spatiaux, qui avaient pour but de découvrir un nouvel Eden
capable d’accueillir cette population croissante, ont vu leurs crédits diminués faute
de découverte majeure. Les gouvernements, las, ont préféré gérer l’urgence du
moment en redirigeant les sommes allouées pour l’occasion à des programmes
alimentaires. En vain. Tout ceci ne réglait pas le problème de surpopulation bien au
contraire. Ces programmes ne faisaient qu’empirer les choses sur le long terme. Et
ce qui devait arriver, arriva. Des révoltes éclatèrent un peu partout sur les cinq
continents qui amenèrent au pouvoir des despotes, des tyrans qui asseyaient leur
autorité en rationnant les populations. Ce fut une époque trouble et sombre.
Cryolab, une petite start-up familiale spécialisée dans la cryogénisation, n’ayant dans
son carnet de commande que des milliardaires excentriques, décida de démocratiser
son offre en pratiquant des tarifs défiants toute concurrence. Ainsi, ils
permettraient aux plus démunis de pouvoir espérer renaître plus tard et dans de
meilleures conditions de vie. Le programme Genesis était né…
Des usines désaffectées furent réhabilitées un peu partout dans le monde afin
d’accueillir les sarcophages de survie ainsi que toute la machinerie et les ordinateurs
censés faire fonctionner le procédé révolutionnaire. Les ordinateurs, d’une
puissance phénoménale, avaient été conçus pour s’auto-gérer. Un faible nombre de
personnes étaient nécessaires pour la maintenance. Cryolab avait tout prévu. Une
poignée de scientifiques triés sur le volet ferait donc l’affaire ainsi qu’un service de
sécurité qui, au fil du temps, s’était transformé en milice puis en véritable petite
armée bien disciplinée.
L’entreprise avait bien compris son intérêt et le pouvoir qu’elle pouvait tirer de
Genesis. Elle se doutait bien que son pouvoir grandissant allait susciter jalousies et
convoitises notamment de la part des gouvernements qui pouvaient y voir une
ombre au soleil despotique qu’ils avaient installé.
Cryolab prit les devants. Elle alluma des feux un peu partout en finançant des
groupes de rebelles qui renversèrent les élites tyranniques. Quand le dernier leader
tomba, les populations exultèrent. Cryolab aussi. Plus personne ne pouvait
maintenant freiner sa marche en avant et de plus elle jouissait d’une telle aura pour
avoir rétablit la liberté que s’opposer à elle s’apparenterait à un crime de lèsemajesté.
Seulement, cette entreprise avait d’autres desseins pour les humains que la liberté.
Ayant les mains libres et les poches pleines, elle décida de s’offrir ce qu’aucun
trésor n’aurait pu payer. Accéder à la divinité.
Le délire de Cryolab était simple. Ils avaient les meilleurs scientifiques de l’humanité
qui leur mangeaient dans la main alors ils décidèrent d’apporter une petite retouche
au programme Genesis. A chaque cryogénisation, ils injectaient, à l’insu de la
personne, une puce électronique qui devait réguler sa durée de vie sur Terre quand
elle se réveillerait. Redonner vie à des êtres et puis les faire mourir quand bon leur
semblait, l’entreprise accédait à sa part divine et du même coup réglait le problème
de surpopulation.
Plusieurs années passèrent et Cryolab, devenu un empire, était passé outre le
volontariat de la population et raflait maintenant à tour de bras tous les réfractaires
à la cryogénisation. Deux options s’offraient à eux : accepter le programme Genesis
ou mourir exécutés !
Des crèches hibernantes avaient vu le jour partout sur la surface du globe. Et les
occupants des sarcophages avaient tous hérités d’une puce régulative. Quand ils se
réveilleraient, leur durée de vie sur Terre ne dépasserait pas une journée. Cryolab
avait décidé de cette durée de vie en partant de deux principes. Le premier était une
simple question de survie, il ne fallait pas susciter des rébellions capables de
remettre en cause sa suprématie. Or qui pouvait mener une guerre en une journée ?
Le second principe était plus numéraire. Elle maîtrisait, non pas le clonage qui était
devenu obsolète, mais les conditions d’une réelle procréation et ce à partir de
souches prélevées sur des cobayes humains. Les chercheurs donnaient naissance
scientifiquement à des enfants ! Il fallait donc, non seulement, faire de la place
pour les cryogénisés issus de la première génération appelés les Edeniens mais
également pour ceux issus de cette expérience scientifique, appelés les Cryo-01,
véritables enfants de Genesis et amenés à remplacer l’humanité sur le long terme.
Cryolab avait réussi son pari. Ainsi chaque jour, des cryogénisés sortaient de leur
torpeur givrée pour vivre leur vie en une journée. Et chaque jour ces mêmes êtres
mouraient lorsque la nuit tombait définitivement. Du personnel, lui aussi à durée de
vie limitée et chargé de récupérer les corps pour les incinérer, s’activait pendant la
nuit pour faire place nette aux élus du lendemain. Et ainsi de suite…
Mais que pouvaient bien espérer ces personnes en une journée de vie ? Ils
n’espéraient rien. Ils ignoraient qu’ils allaient passer de vie à trépas en une vingtaine
d’heure et il valait mieux pour eux qu’ils soient maintenus dans cette ignorance.
L’entreprise avait tout prévu jusqu’à les embaucher au sein du groupe dans des
emplois administratifs quelconques bien loin de Rebirth, le saint des saints, le
laboratoire où travaillaient les chercheurs, là où se fabriquaient les Cryo-01 et où se
gérait la cryogénisation. Ces scientifiques, comme tout le personnel, avaient
également bénéficié du programme mais avec une durée de vie augmentée à un
mois et, une fois les derniers morts naturellement, les Cryo-01 prendraient le relais
pour assurer la pérennité du projet. La machine Cryolab tournait à plein régime. La
mécanique Genesis était bien huilée.
Mais comme dans toute mécanique, un seul grain de sable pouvait la mettre à mal.
Ce qui allait arriver bien des années plus tard.
2157…
J-1. Un bruit claquant se fit entendre. C’était l’heure. Les sarcophages sélectionnés
s’ouvraient par centaines. 531 exactement pour aujourd’hui. La température, gérée
par les ordinateurs, avait augmenté doucement et ce pendant plusieurs heures afin
d’éviter tout choc thermique trop violent qui aurait pu tuer les sujets.
Matteo venait d’ouvrir les yeux. La pénombre lui permettait de ne pas souffrir de la
lumière dès le réveil. Un peu groggy, il s’assied dans le sarcophage afin de reprendre
ses esprits encore brumeux pour le moment. Une fois réveillé, il sortit de celui-ci.
Matteo était l’un des derniers, si ce n’est le dernier, des Edeniens. Tout autour de
lui, sortant de leur hibernation, se levaient des Cryo-01, les enfants de Genesis. Il
ignorait bien sûr qu’il était l’un des derniers représentants d’une espèce vouée à
disparaître, celle des enfants de l’amour.
Il regarda l’horloge et put voir qu’il était minuit passé.
Après une batterie de tests qui dura un petit moment, Matteo suivit le groupe qui se
dirigeait vers le Puits. Le Puits était un tunnel à lumière progressive. Ce système
leur permettrait ensuite d’affronter les rayons du soleil sans avoir la cornée brûlée.
Pour l’instant il faisait encore nuit dehors mais dans 6 heures le jour se lèverait.
Avant d’arriver dans le tunnel, le groupe passa devant les autres sarcophages encore
fermés et programmés pour des dates ultérieures comme l’indiquait le jour, le mois
et l’année inscrits sur le dessus.
Une fois le Puits passé, les 531 ressuscités furent dirigés vers plusieurs bâtiments
afin de rejoindre ce qui allait être leur bureau d’un jour pour leur emploi d’un jour,
employés à usage unique qu’ils étaient devenus.
Qu’allaient-ils faire ? Personne n’en avait la moindre idée. Un rapide briefing leur
expliqua qu’ils n’avaient juste qu’à suivre la procédure indiquée sur leur bureau.
Rien de bien compliqué somme toute.
H-21
Alors qu’il s’apprêtait à entrer dans le bâtiment, Matteo vit au loin d’immenses
cheminées crachant une fumée épaisse comme un si un feu continu y brûlait à
l’intérieur. Certainement des tonnes de paperasse qui étaient détruites à moins qu’il
ne s’agisse d’une immense chaufferie pensa-t-il…
Mais un sentiment étrange lui traversa l’esprit à cet instant. Quelque chose qui lui
intimait l’ordre de ne pas entrer dans ce bâtiment. Quelque chose d’inexplicable qui
le forçait à fausser compagnie à son groupe. Ce qu’il fit à la première occasion. Il
ralentit sa marche pour arriver en queue de peloton et s’esquiva pour se cacher
derrière un muret situé en amont de ce qui ressemblait à un hangar. Matteo pénétra
dans celui-ci et attendit que le bruit des pas de ses congénères fût assez éloigné
pour tenter une sortie. Il se dirigea vers les cheminées qu’il avait vu tout à l’heure.
Les lieux étaient gardés par des hommes armés qui patrouillaient autour. Matteo se
dit que ces hommes armés n’étaient pas là par hasard et qu’ils devaient être les
gardiens d’un secret qui nécessitait de le rester. Pris par la curiosité mais également
par la peur d’avoir atteint le point de non-retour, il entreprit de découvrir ce que ce
lieu abritait réellement. Mais pourquoi avait-il décidé d’entreprendre cette folie ? Il
ne le savait pas mais était intimement convaincu qu’il fallait continuer.
Les gardes étaient peut-être armés mais n’étaient pas doués d’une intelligence
supérieure comme put le constater Matteo. Ils tournaient autour du bâtiment
ensemble au lieu de maintenir un des leurs devant la porte d’entrée. Ce fût donc
très simple pour Matteo de pénétrer dans le bâtiment.
Il referma délicatement la porte, avança donc dans l’obscurité et le bruit de la
machinerie présente dans ce lieu. Après quelques pas, il entendit des voix, ce qui
eut pour effet de le forcer à se mettre à couvert. Si quelqu’un le trouvait ici, il serait
certainement réprimandé voire plus à en croire la présence de ces gardiens dehors.
Il se cacha derrière un amoncellement de vieux sarcophages et de caissons jetés çà
et là. Il vit arriver deux hommes en blouse grise qui, à l’aide d’une télécommande,
faisaient avancer un container. Ils le placèrent en face d’un tapis roulant qui menait
tout droit au brasier dont la chaleur intense caressait le visage de Matteo. Alors que
les deux hommes procédaient à la bascule de leur chargement, ils échangèrent
brièvement.
H-20
— Combien se sont réveillés aujourd’hui ? dit l’un des deux hommes en direction
de l’autre.
— 531 ! lui répondit laconiquement le second.
— Putain ! Encore du taf pour ce soir ! On risque pas d’être au chômage !
— Ah ce soir, ce sera sans moi, c’est ma soirée de congés !
— Veinard !
— Je pensais à une chose. Parmi ceux qu’on a réveillé aujourd’hui, il y a le dernier
Edenien ! Une fin de cycle quand même… Après que des Cryos !
— Oui je sais !
— Pauvre bougre !
— De qui tu parles ?
— De cet Edenien ! Une durée de vie d’une journée sans qu’il le sache, c’est violent
quand même, non ?
— Ouhla ! Mais v’latipas que tu nous ferais des sentiments ? C’est pareil pour les
Cryos-01 je te signale !
— Oui mais cet Edenien est le dernier représentant de la race humaine. Le dernier
conçu naturellement. Ça me fait bizarre de savoir qu’après celui-là, ce sera fini !
— Ouais ben en attendant, aide-moi, on va pas y passer la journée !
Ils basculèrent le container tout doucement en direction du tapis roulant et le
chargement tomba dans un fracas innommable.
Matteo vit ce fameux chargement tomber progressivement sur le tapis. Mon Dieu !
se dit-il. Des corps humains ! Matteo fit le lien avec cette durée de vie dont parlait
les deux hommes tout à l’heure. Mais qui était cet Edenien ? Et pourquoi cette
abomination ? Et lui, il faisait partie des Cryos-01 ou était-il ce fameux dernier
homme conçu naturellement ? Les questions se bousculaient dans son esprit tout
juste réveillé. Et quel réveil !
Une journée de vie ! Quelques vingtaines d’heures ! Il ne pouvait y croire et
pourtant…
Il se dit qu’il ne devait pas rester ici mais pour autant ne savait pas où aller. Dans
quel pétrin s’était-il fichu ! De la même façon qu’il y était entré, il put sortir du
bâtiment sans encombre. Il décida de revenir vers son point de départ à savoir le
lieu où s’étaient scindés les groupes. Alors qu’il allait de murets en hangars afin
d’essayer de passer inaperçu, il repensa à cet Edenien. Lui aussi était condamné à
finir dans cet immense crématorium à l’odeur pestilentielle. Pourquoi pensait-il à
lui ? Peut-être l’idée de voir le dernier humain conçu naturellement finir sa vie dans
les flammes. Peut-être…
Arrivé devant ce qui aurait dû être le lieu de son emploi du jour, il aperçut deux
femmes qui se dirigeaient vers les toilettes du bâtiment. Elles avaient dû y aller pour
la dernière fois il y a environ une petite cinquantaine d’année si ce n’est plus !!!
Il réussit à s’introduire dans le bâtiment avec la ferme intention de leur expliquer ce
qu’il se passait ici. Il ne pouvait décemment pas les laisser mourir.
Les deux sortirent en même temps et discutaient chemin faisant en retournant à
leur bureau. Matteo les interpela discrètement une première fois mais sans résultat.
Il essaya à nouveau et réussi à capter leur attention. Les deux femmes interloquées
de le voir ainsi caché prirent peur mais Matteo les rassura sur ses intentions et elles
le rejoignirent.
H-19
Après quelques explications qu’on pourrait qualifier d’alambiquées, les deux
femmes, furent prises d’un fou rire qu’elles eurent du mal à maîtriser malgré les
supplications de Matteo.
Lorsqu’ils entendirent des bruits de bottes monter les escaliers, il leur demanda, une
dernière fois, de le suivre. Le rire avait laissé place à des protestations. La plus âgée
appelait maintenant les secours, persuadée que cet homme était fou voire
dangereux.
Matteo détala sans demander son reste.
Les bruits de bottes se multipliaient derrière lui. Il fallait trouver un endroit où se
cacher, le temps d’analyser la situation. Il arriva près d’un bâtiment sans surveillance
et Matteo décida d’y entrer.
Arrivé devant le sas, il comprit qu’il fallait plus que de la volonté pour y pénétrer.
Un pass ! Il fallait un pass qu’il n’avait malheureusement pas en sa possession. Les
miliciens se rapprochaient à grands pas. On pouvait entendre leurs cris grâce à la
légère brise qui flottait ce soir.
Ses heures étaient comptées, aussi bien à cause de la durée limitée de vie qu’il avait
qu’à cause de ces miliciens. A choisir, Matteo préférait mourir sans le savoir plutôt
que sous les balles d’un peloton d’exécution. Mais pour cela, il fallait trouver une
solution ! Et vite !
Ils se mit à l’abri le long de la façade ouest du bâtiment.
Les miliciens arrivèrent et ouvrirent le sas afin de poursuivre leurs recherches,
persuadés que le fugitif avait réussi à forcer le système de sécurité et à entrer. Seuls
deux hommes restèrent devant l’entrée pour monter la garde. Avec un peu de
chance, ils auraient ce fameux pass se dit-il.
Matteo décida de tenter sa chance. Il ramassa une espèce de barre faite d’un métal
quelconque, qui jonchait à l’arrière du bâtiment parmi tant d’autres, et s’avança vers
l’angle de ce dernier pour jauger des forces en présence. Les deux miliciens
discutaient en fumant une cigarette. Il ne fallait pas rater son coup sinon il était
mort !
Matteo se lança et profita de l’effet de surprise. Les deux hommes n’eurent pas le
temps de se saisir de leurs armes et de le mettre en joue. Matteo se jeta sur le
premier et frappa de toutes ses forces à l’aide de son arme de circonstance. Une
fois le premier hors d’état de nuire, le second fut également mis à terre sans qu’il
n’eût pu faire quoi que ce soit. Matteo tremblait de peur. Cette peur qui avait
décuplée ses forces. Il commença à fouiller ses deux victimes. Rien sur le premier
hormis un paquet de cigarettes et un briquet. La fouille du second lui redonna le
sourire. Il venait de trouver un badge qui, il l’espérait, pourrait être le sésame qu’il
recherchait. Il se dirigea vers le sas et passa le badge devant la cellule. La lumière
rouge située au-dessus ce cette cellule passa au vert pour indiquer l’ouverture du
sas. Il rentra rapidement et souffla en n’apercevant aucun de ces gardes qui auraient
pu patrouiller à l’intérieur.
H-18
Matteo se réfugia dans une pièce qui devait servir de salle de repos pour le
personnel à en croire les deux petits lits, une table et six chaises ainsi qu’une
armoire métallique vide pour l’occasion, qui meublaient les lieux.
Il savait qu’il ne pouvait rester là bien longtemps et qu’il fallait bouger très
rapidement afin que la patrouille ne le trouvât pas. Quelle folie ! Il venait de se
réveiller avec l’espoir d’une vie meilleure et à la place devait échapper à des
hommes armés qui voulaient réduire son temps de vie déjà pas bien grand ! Matteo
en sourit ! Un sourire ironique ! Passé ce moment de réflexion, il ouvrit la porte de
son refuge provisoire pour constater que tout était calme, en apparence. Un long
couloir lui faisait face et il devait en sortir car s’il devait y croiser les miliciens, il
serait pris au piège.
Matteo pointait devant lui l’arme qu’il avait emprunté à l’un des deux gardes. Il ne
savait pas comment celle-ci fonctionnait mais que cela ne devait pas être bien
compliqué, il suffisait d’appuyer sur la gâchette après tout et puis, de toute façon, il
n’avait pas le temps de faire des exercices de tirs.
Matteo avança le long du couloir, serrant son nouveau compagnon dans ses mains
avec l’index droit proche de la gâchette, prêt à ouvrir le feu.
Il arriva devant un escalier qu’il monta lentement en mettant en joue. Il avait
l’impression d’être dans l’un de ces jeux virtuels et s’attendait à tout et n’importe
quoi. Arrivé en haut, il poussa la porte qui se trouvait devant lui. Sa pression
sanguine était devenue très forte et il sentait le flux sanguin parcourir tout son
corps. Quant à son cœur, il avait l’impression que tout le bâtiment pouvait entendre
ses battements. Il passa la tête rapidement pour découvrir qu’il venait de rentrer
dans ce qui s’apparentait à un laboratoire. Il avança, le canon du fusil toujours
braqué vers de potentielles cibles à abattre. Il entendit comme un bruit de machine
à laver sur sa gauche. Il tourna son arme et changea de direction pour constater
qu’il s’agissait, non pas d’une machine à laver, mais de ce qu’il pensa être une
centrifugeuse et qui contenait des centaines de tubes à essais. La porte du fond
s’ouvrit. Matteo eut juste le temps de se baisser pour se cacher derrière un bureau.
Il entendit des pas se rapprocher de la centrifugeuse et donc de lui. Son index droit
se rapprochait dangereusement de la gâchette comme cet individu de lui. Il décida
de se lever et braqua son arme en direction de sa première cible en lui intimant
l’ordre de se taire. Il découvrit une femme en blouse blanche. Cette dernière,
surprise, n’opposa pas de résistance et leva machinalement les mains en l’air sans
que Matteo n’ait eu besoin de le lui demander.
H-17
— Qui…qui êtes-vous ? balbutia-elle.
— C’est moi qui pose les questions répondit Matteo. On est où ici ? Et vous qui
êtes-vous ?
— Je suis le Dr Maliava et vous êtes dans mon laboratoire de conception pré-natal !
dit la jeune femme.
— C’est quoi ce bordel ? Il se passe quoi ici ? lança Matteo.
— Vous venez de vous réveiller, c’est ça ? répondit le Dr Maliava.
— Ou..oui ! fit Matteo. Mais c’est quoi ce délire ? Je me réveille, on m’emmène
travailler, je fausse compagnie à mes futurs collègues pour constater qu’on crame
des corps humains dans de gigantesques fourneaux et qu’il ne me reste plus qu’une
vingtaine d’heures à vivre ! J’avoue que le réveil fût, comment dire, un tantinet
surprenant. J’aimerai comprendre !
— C’est…C’est normal ! Je comprends. Je vais tenter de vous expliquer tout ce qui
s’est passé pendant votre long sommeil. Mais s’il vous plaît, baissez votre arme ! Je
déteste ça ! dit-elle.
— Si vos explications sont claires, j’étudierai la question ! En attendant, je vous
écoute ! asséna Matteo avec autorité.
Le Dr Malavia se mit à raconter les évènements qui s’étaient déroulé pendant toutes
ces années où Matteo était prisonnier de sa cryogénisation. Ce dernier était
abasourdi par ce qu’il entendait. Comment avait-on pu en arriver là ?
— Et vous, vous avez fait ces manipulations pendant ces années ? En injectant ces
puces dans le corps de ces condamnés à vivre une journée ? dit Matteo d’une froide
colère.
— Je sais ! dit le Dr Malavia d’une voix rongée par les remords. Je suis désolé mais
nous n’avons pas le choix, mes collègues et moi. Nous sommes surveillés pendant
les injections. Et puis, nous sommes également porteurs d’une puce, nous aussi ! La
seule différence avec vous se situe au niveau de la durée de vie et puis le fait que
nous le sachions, au contraire de vous. Notre espérance est d’un mois, ce qui
correspond à la période de viabilité des fœtus que nous avons créé. Ensuite, nous
finissons au brûleur. Comme vous !
— Au brûleur ? fit Matteo.
— Oui. Les fourneaux dont vous parliez tout à l’heure ! répondit le Dr Malavia.
Matteo baissa son arme et s’assied sur une chaise, fatigué par tant de perversité.
— Je suis désolé ! ajouta le Dr Malavia. Je comprends que cela soit un choc. Ça l’est
pour tout le monde.
— Mais à aucun moment, vous n’avez eu envie de vous rebeller ou de vous
évader ? demanda Matteo.
— Je vous l’ai dit, nous sommes surveillés ! Et puis un mois de vie c’est toujours
mieux qu’une balle en pleine tête au bout de quelques heures. De toute façon, nous
ne ferions que retarder l’échéance. Le temps venu, la puce libère un liquide appelé
Sleeping Beauty qui provoque l’arrêt immédiat du cœur. Voilà ! Vous savez tout.
— Putain ! lâcha Matteo.
H-16
— Il faut faire quelque chose ! Condamnés pour condamnés, il faut sauver ceux qui
ne sont pas encore pucés ! fit Matteo.
Le bruit des bottes se fit à nouveau entendre.
— Vite ! Cachez-vous ici ! C’est la pièce où nous faisons les procréations ! Ils n’ont
pas l’autorisation d’y pénétrer ! dit le Dr Malavia.
Elle ouvrit la porte à l’aide son badge et Matteo rentra dans la pièce.
— Ne faites surtout pas de bruit et ne touchez à rien ! ajouta-elle avant que la porte
ne se referme.
Matteo avait le cœur qui battait la chamade. Sa vie déjà courte pourrait être
raccourcie si les miliciens le découvraient ici. Quant au Dr Malavia, il ne la
connaissait que depuis une heure donc de là à lui faire entièrement confiance ! Mais
il n’avait pas le choix pour le moment alors il se recroquevilla derrière la porte et ne
bougea plus. Il entendit la porte du laboratoire s’ouvrir, Matteo ne respirait plus…

à suivre…

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