Le spleen du petit bonhomme triste (Christmas novel)

Petite histoire de Noël 

Préambule 

On approche des fêtes de fin d’année 2020. Et comme chaque année, les fêtes me donnent des sensations étranges, des sentiments mêlés, des ressentis bizarres.

Alors j’ai eu l’envie d’écrire une histoire. Parce que les fêtes de Noël me donnent envie d’écrire des histoires. Parce que les illuminations, la chaleur, la festivité, la bonne humeur ambiante. 

Et en même temps la profonde solitude de son être en tant qu’être, de son âme. Plus l’ambiance est festive, plus la solitude est profonde et douloureuse. C’est vicelard, c’est un cercle vicieux. 

C’est de ça que je parle quand j’évoque des sentiments mêlés, des sensations étranges. Tout est beau, tout est joyeux, tout est magnifique et presque féérique. Et à côté de cela, on ressent une étrange rupture ou fracture à l’intérieur. Comme si tout cela n’était que supercherie.

Je veux écrire sur ça, essayer de retranscrire ces émotions qui me submergent en cette période. 

Début. 

Parce qu’il n’y a pas de soleil. Parce qu’il fait nuit tôt, il fait jour tard, parce que la neige, le froid, le vent se sont donnés rendez-vous, quand la pluie n’est pas aussi invitée parmi eux. 

Quatre tristes hôtes pour célébrer la rude tempête hivernale, pleine de désenchantements, inapte d’ivresse. 

Parce qu’à côté de ça, il y a la chaleur du foyer, la douceur d’un bon feu de cheminée, la tendresse de ses proches, la présence rassurante des êtres aimés à côté de soi, les bonnes boissons chaudes qui réchauffent le coeur, les plaids, les guirlandes lumineuses, les sapins de Noël, les histoires de Noël, les chansons de Noël entraînantes, les chocolats, les bons repas, la bonne humeur, l’amusement, les cadeaux etc etc etc.

Noël c’est tout ça, n’est ce pas, petit bonhomme ?

Alors pourquoi te sens tu si seul et si triste à l’intérieur ?

Petit bonhomme ne comprend pas. Il ne comprend pas ce qu’il se passe en lui. Il ne comprend pas comment tous peuvent être aussi joyeux autour de lui. Il ne comprend pas les musiques, les chants de Noël, les marchés de Noël, les sucreries à gogo, les guirlandes festives, les décorations lumineuses, les sapins esseulés, les gros bonhommes grimés en papa Noël, la queue des enfants pour lui dire bonjour, la distribution de chocolats, les bonshommes de neige, cette course affolante aux cadeaux, ces émotions joyeuses qui le trimballent d’un endroit à un autre. 

Petit bonhomme a l’impression d’être trimballé, oui, voilà. Comme un sac auquel on ne prête guère attention. Quel âge a ce petit bonhomme ? Il peut avoir n’importe quel âge de la vie. Lecteur, imagine qu’il ait ton âge. Continuons l’histoire. 

Petit bonhomme se promène souvent seul le soir, une fois que la nuit tombe sur sa cité. Il se promène dans les rues désertes de son village. En regardant le ciel, il perçoit les nuages gris menaçants au-dessus de sa tête. Peu d’étoiles n’osent se montrer. Quelles sont les étoiles ? Petit bonhomme n’arrive plus à les admirer depuis longtemps. 

Alors il regarde le ciel, cherchant des étoiles malgré tout, se laissant ce petit espoir. Mais le ciel est gris et terne, il ne lui renvoie que l’image de sa propre turpitude, de sa propre déception, de son propre désenchantement, à Petit bonhomme. Le ciel le représente. Petit bonhomme a l’impression d’évoluer dans un monde irréel, surréel. Ne pouvant percevoir ce qu’il se passe au-delà des nuages sombres, petit bonhomme se rapproche de la Terre qui l’a vu naître, et il observe alors les décorations magnifiques de Noël. Elles lui réchauffent le cœur, on ne sait comment. 

Petit bonhomme a froid cependant. Il a comme une envie de pleurer à la vue de ces décorations. Petit bonhomme se sent immensément triste et seul. 

Les décorations s’illuminent, des lumières bleues, blanches, rouges, jaunes artificielles jaillissent et font briller ses pupilles. Petit bonhomme continue de tracer son chemin. Ses pensées sont confuses. Le vent souffle. On n’entend que le vent et le bruit des mouettes au loin. Ce n’est que le silence autrement. 

Seulement, de temps en temps, le petit bonhomme perçoit un cri de joie, quelques éclats de rire parviennent à ses oreilles. 

Comment osez-vous rire… mais petit bonhomme comprend que la période s’y prête. Les rires ne l’atteignent plus, il ne les envie plus. Il se sent vide. Las et vide. 

Las de vivre. 

Il poursuit sa route, les maisonnées sont éclairées, quelques pièces par ci par là laissent entrevoir de la vie. 

“Et le vieux monsieur descend vers le village

C’est l’heure où tout est sage et l’ombre danse au coin du feu

Mais dans chaque maison

Il flotte un air de fête

Partout la table est prête et l’on entend la même chanson”

Mais tout semble si triste. Il n’y a plus de rires, il n’y a plus de paroles. Pas d’amusement. 

Petit bonhomme a acheté des friandises de Noël. Des bonhommes en pain d’épices. Il regarde avec sa famille la télévision, confortablement installé dans un plaid fourré. Des boissons chaudes ont été servies. Des chants de Noël se répercutent en arrière fond. 

“Joyeux, joyeux Noël

Aux mille de bougies

Qu’on chante vers le ciel les cloches de la nuit

Et dans chaque maison

Il flotte un air de fête

Partout la table est prête

Et l’on entend la même chanson”

Shrek les divertit. 

Cependant, même si Petit bonhomme passe un bon moment, il n’en oublie pas sa peine. 

“Je sors.”

“Où vas-tu ?” demande sa mère. 

Petit bonhomme ne répond pas. Il n’a pas de visage. Il ressemble à monsieur tout le monde. Les autres continuent de passer un moment festif devant la télévision, partageant la liesse de ces soirées-là. 

Petit bonhomme marche au hasard à l’extérieur, sur ces pavés qu’il a tant de fois foulé déjà. Il commence à avoir peur d’aller dans les supermarchés, il commence à craindre l’ambiance trop festive et joyeuse de Noël. Il refuse de participer aux marchés de Noël. Il regarde les illuminations mais cela lui procure juste une douleur à la poitrine. 

Petit bonhomme regarde à travers les baies vitrées de ses voisins. Il regarde les sapins, les décorations. Les occupations des gens. Il se sent nauséeux. 

Soudain, il voit son reflet sur la vitre. L’image des gens vaquant à leurs occupations à l’intérieur de la maison disparaît pour laisser toute la place à son reflet sans intérêt. 

Petit bonhomme se voit. Il est pris du vertige, celui du mal de vivre. 

“Cette joie est mensongère.” murmure-t-il sans s’en apercevoir. 

“Tu dois chercher la joie à l’intérieur de toi.”

Petit bonhomme regarde autour de lui, il ne voit qu’un chat noir qui l’observe, en remuant  la queue. Il réclame de la nourriture. 

Des larmes lui montèrent au coin des yeux. C’était hors de sa volonté. Des larmes coulèrent le long de ses joues de manière incontrôlée et incontrôlable. 

Le chat continua ses miaulements qui paraissaient à Petit Bonhomme comme des conseils venus d’un autre temps lointain, apportés par un sage vétéran adepte de stoïcisme.

“La joie doit venir de toi.”

“Je ne comprends pas.” se disait Petit bonhomme. 

“Réfléchis.”

Petit bonhomme pleurait complètement à présent. Pourquoi la joie toute simple de la chaleur d’un feu de cheminée et d’un bon livre accompagné d’un chocolat chaud tout doux devait lui être refusée ? 

Petit bonhomme s’en mordait les doigts. Son corps était pétrifié. 

Il faisait nuit noire, la lune était aux abonnés absents. La neige tombait par flocons délicats et tendres. 

Il faisait -10 degrés. 

Petit bonhomme ressentit soudain une énorme lassitude de ce monde, de ces fêtes. Il voulut s’étendre de tout son long dans la neige et dormir, dormir pour l’éternité. Dormir et ne jamais se réveiller. C’était, à ce moment-là, son seul et unique souhait. 

Mais une douce musique résonnait à ses oreilles, qui l’empêchait de partir complètement. 

“Sur le long chemin

Tout blanc de neige blanche

Un vieux monsieur s’avance avec sa canne dans la main

Et tout là-haut le vent

Qui siffle dans les branches

Lui souffle la romance qu’il chantait petit enfant

Oh, vive le vent, vive le vent

Vive le vent d’hiver

Qui s’en va, sifflant, soufflant

Dans les grand sapins verts

Oh, vive le temps, vive le temps

Vive le temps d’hiver!

Boule de neige et jour de l’an

Et bonne année grand-mère

Oh, vive le temps, vive le temps

Vive le temps d’hiver

Qui rapporte aux vieux enfants

Leurs souvenirs d’hier

Sur le long chemin

Tout blanc de neige blanche”

Petit bonhomme entrouvre difficilement les yeux, il se sent transporté. Des sensations physiques engourdissaient ses membres gelés. 

Trimballé encore une fois, mais de manière bienveillante. 

C’est un vieux monsieur qui l’escorte, le sourire triste, les yeux émus, le front plissé, le teint maladif. 

« Allez, viens, rentrons.”

Sa lèvre inférieure tremble, mais le vieux monsieur semblait heureux. Tristement bienheureux. 

Qui êtes-vous ?

La question résonne. Le vieux monsieur le regarde, ils se comprennent mécaniquement. Leurs yeux sont semblables. Ils sont les mêmes. 

“Je revis d’anciens souvenirs.”

L’image se fige, le souvenir se brise. C’était la phrase de trop. 

“Mais suis-je heureux ?”

La question sort du néant. “Oui, tu l’es.” 

Un sourire rassurant, mais teinté de mélancolie, se dessine parmi les étoiles scintillantes de la profonde nuit de Noël.

Et la lumière fut. Le néant se dissipa.

On voit un papy, triste comme la mort. Des larmes sèches ont encore trouvé la force de couler de ses yeux. 

“Non… je t’ai menti. Jamais tu ne trouveras la paix intérieure. Pas même aujourd’hui. Tu partiras tourmenté.”

Le papy ferme les yeux. Son heure était venue. Un ange passa. Les cloches sonnèrent la nouvelle année. Des rires. Des cris. Et cette imbécile joie de vivre.

Fin.

Rédigé le 16 décembre 2020.

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