Le Sahara du coeur

Dedans le jour, dehors la nuit… je ne sais plus très bien. Ma conscience s’est tissé une chrysalide afin que la nuit obscure de l’âme ne puisse l’atteindre. Je me retrouve donc seule à affronter mes vieux démons. La solitude me gagne peu à peu et je glisse vers les affres de mes blessures passées. Tout me revient d’un coup. Les sentiments les plus sombres que je refoule m’envahissent : tristesse, colère, culpabilité, peur, haine se succèdent à vitesse fulgurante. Je n’ai pas le temps de souffler. Je ne sais plus qui je suis, ni ce que je veux, je suis une intruse pour moi-même. Mon âme devient translucide. Je ne supporte plus aucune présence autour de moi et pourtant, j’en réclame toujours plus. Je ne comprends pas mon propre paradoxe. Je ne dors plus, je ne mange plus, mais je pense et je pleure. Il m’est impossible de contrôler ces flots de pensées et de larmes. Je n’ai plus le goût à rien, tout m’ennuie, je reste avachie dans mon canapé les yeux embués fixés dans le vide. Dieu m’aurait-il laissée tomber ? Eh bien qu’il aille au diable et qu’il se grille du gigot de mouton dans les flammes de l’enfer ! Pour l’heure je n’y crois plus, je ne crois plus en rien.

Plus tard, on verra. Je pourrai reconsidérer la question. Pour l’instant j’effectue mes douze travaux afin de purger mon âme et ainsi pouvoir retrouver la lumière. Plonger dans l’angoisse ne se fait pas sans courage, mon ennemi est invisible pour les autres, mais bien réel à mes yeux. Il me faut trouver un paquebot solide pour naviguer sur les mers tempétueuses de la solitude. Alors je me force, je m’oblige à faire de petites choses pour sortir de ma léthargie. Je me contrains à marcher dans les bois, à humer le parfum rassurant de la forêt, à écouter le chant des oiseaux, à observer la nature qui m’entoure. Je confie mes émotions morbides à mon chat qui m’écoute attentivement, émettant un ronronnement sonore qui m’apaise et me console. Je m’impose des rituels de beauté, m’offre de beaux vêtements et me paie une nouvelle coupe de cheveux. Je nettoie minutieusement mon intérieur au sens propre comme au figuré, ma maison blinque et mon âme se lave de ses pensées impures. Je mets de l’ordre, je trie, je jette, je fais place nette pour laisser place aux nouveautés à venir. J’écoute de la musique joyeuse et je danse comme une diablesse déchainée. Je regarde des comédies et m’astreins à rire comme une baleine afin de leurrer mon esprit tourmenté. Les ruminations s’estompent et lorsqu’elles surviennent je reprends mon ouvrage et je crochète des heures durant, compter les mailles m’aide à contenir le flux du ressassement. Peu à peu, je reprends le contrôle.

Que la voix de mon père me trouve enfin. Qu’il me sorte de ma torpeur et me chuchote le chemin qui me mènera vers la sortie-de-secours. Le Sahara du cœur est profitable s’il ne dure que le temps nécessaire à la prise de conscience de ce qui nous dépasse. Au-delà, il devient destructeur et nous mène tout droit en enfer. Et finalement, mon âme bascule de l’ombre vers la lumière. Non, Dieu ne m’avait pas abandonnée… Il me fallait mourir à moi-même pour renaître. La lumière est aujourd’hui plus belle qu’elle ne l’a jamais été. La vie ne peut pas être toujours rose sinon nous ne pourrions pas profiter des bons moments qu’elle nous procure. La lumière ne peut exister sans l’obscurité. Le bien ne peut être sans le mal. Nous ne pouvons connaître le bonheur si nous ne nous confrontons pas au malheur. Je reprends goût à la vie, je ne m’astreins plus à rien, tout vient naturellement. J’aime de nouveau les gens et je recherche leur contact. Je remercie l’univers pour tous ses bienfaits, je me concentre sur le positif qu’il m’envoie et je rayonne la joie dont me nourrit le destin. Je réalise que la vie est un cadeau dont le contenu dépend de ce que l’on en fait. Nous sommes les magiciens de notre destinée et notre baguette magique se nomme instinct. Même si Dieu se montre parfois malicieux, il a toujours de bonnes raisons de l’être. Et face à des humains capricieux, on peut lui pardonner ses taquineries subtiles.

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