Le Nord et le Sud

Bonjour à tous !

Petit billet pour vous partager la nouvelle que j’ai écrit pour le concours, j’espère que ça vous plaira, n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.

Le Nord et le Sud

Qui sont ces gens pour nous empêcher de vivre ? Qui sont-ils pour nous interdire le passage ? Pourquoi nous empêcher de traverser ? Chaque nuit, je fais le même rêve. Je suis dans la grande rue et tout à coup, un bruit sourd, suivi par des clameurs de plus en plus fortes. Les grillages cèdent les uns après les autres tandis que les militaires sécurisent la zone, permettant aux civils de fuir, de traverser ce bout de terre nous séparant d’une vie meilleure. Notre dirigeant est un dictateur qui ne laisse personne indifférent. Les nations occidentales le haïssent, notre peuple le vénère comme un dieu… enfin, je ne sais pas… est qu’au fond d’eux-mêmes, la population le considère-t-il réellement comme une divinité ? Un cadeau du ciel ?

Je suis un « privilégié », loin du tumulte des conditions de vie drastiques des gens travaillant dehors 365 jours par an. Je travaille dans les hautes sphères de l’état. Ça n’a pas toujours été le cas, nos fauteuils étant toujours en position de siège éjectable. Notre dirigeant pense qu’une nation avec des moutons qui savent tout faire est la meilleure façon de stimuler l’emploi. On ne connait pas le chômage mais je suis sûr que certains concitoyens aimeraient savoir ce que ça fait. Enfin… je ne sais pas. Le lavage de cerveau est tellement puissant que chaque pensée impure est systématiquement nettoyée puis dissoute à l’acide. Le dictateur, parlons-en… c’est un homme qui apparait froid et calculateur mais cette image qu’il cultive pour faire trembler les occidentaux n’est pas tout à fait exacte. Avec les gradés, il est capable de se détendre un peu… ça reste sommaire mais quand vous voyez l’homme, la seule pensée qui vous vient est : « Il en est vraiment capable ? »

Ma vie se résume à Pyongyang. Je suis né, j’ai grandi et tout le monde pense que je vais mourir ici. Cette pensée, maintenant immonde, était un honneur, il y a encore peu. Tout a pris fin quand ma fonction a changé. Pour me protéger, je ne la révèlerai pas, seulement, je suis passé d’ouvrier au donneur d’ordres. Mes privilèges ont été augmentés, j’ai eu accès à Internet, à la télévision et surtout, j’ai pu comprendre la vraie nature de cet homme. Quand l’illusion s’est brisée, j’ai pris peur et j’ai fait partir ma femme et notre fille. Elles sont allées se réfugier de l’autre côté, à Séoul. Chaque jour, je vis avec le poids de leurs absences sur mes épaules.

Je me rappelle être allé en visite officielle au poste-frontière qui marque la séparation avec le Sud. J’ai vu les soldats de « notre » clan, si heureux de voir une présence d’un homme tel que moi. Ils m’ont montré leur quotidien… les tours interminables, les moqueries et insultes qu’ils échangent avec leurs adversaires. Ils savent que si un tir est échangé, c’est un incident diplomatique international qui prend place donc la méfiance est de rigueur. Personne ne veut déclencher la colère de Kim, ils savent ce qui se passe pour les personnes indignes. Seulement, j’ai vu les gardes du Sud agir d’une façon tellement similaire que depuis ce jour, je me demande encore quelles sont nos différences ? Qu’est-ce qui nous mène à la situation actuelle ?

Notre chef est un être belliqueux pour qui toute différence d’opinion doit se conclure par une guerre sanglante, la seule condition pour y mettre fin est un accord spécifiant qu’il avait, qu’il a et qu’il aura toujours raison. Ceci dit, il cherche d’abord à faire peur, affaiblir les volontés et les tirs de missiles sur la mer du Japon sont de la communication, rien de plus. Enfin… c’est ce que je croyais, jusqu’à ce que je reçoive un appel ce matin. J’entends sa voix, c’est la première fois que je lui parle et son charisme dépasse complètement son enveloppe physique. Il a quelque chose que les autres n’ont pas. Il m’a dit que les divergences d’opinion avaient atteint le point de non-retour et qu’on allait y mettre un terme. Quand je lui ai demandé ce qu’il voulait, il m’a simplement dit : « La victoire… ou la mort » Je me souviens encore du frisson qui me parcourt, de haut en bas… Il m’a aussi révélé qu’on allait se rencontrer plus vite que je ne pouvais l’imaginer.

J’ai raccroché, j’ai voulu fuir mais je n’ai pas pu. Des militaires sont venus me chercher. Ils m’ont embarqué et conduit jusqu’au point le plus stratégique de Pyongyang… en tout cas pour Kim. Dans ce complexe gardé par une horde de soldats, le malaise s’empare de moi… bien plus vite que le lavage de cerveaux que toute la population subit quotidiennement. Je suis installé aux commandes du lanceur, aux côtés de Kim Jong-Un, la pression devient ingérable. Il me serre la main, lentement. Son visage se tourne vers la machine et il me demande si je suis prêt.  Ma réponse ne se fait pas attendre, sa haine vis-à-vis des hésitations fait partie de la légende familiale.  Son visage revient vers moi, l’air triomphant. « Séoul » est le seul mot qui est sorti de sa bouche.

Les paramètres de lancement sont appliqués et j’ai vu le missile partir… je ne sais toujours pas pourquoi on fait ça. Pourquoi est-ce que des différences d’opinion emmènent à une telle violence ? Sud-Coréens, pardonnez-moi, par pitié. Ma chérie, je n’ai même pas eu l’occasion de te prévenir… notre fille et toi allez périr de ma main. Je me suis toujours efforcé de vous protéger mais cette fois l’ennemi est trop grand. Pardonnez-moi, je vous fais vivre les conséquences d’une différence invisible… par la mort.

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