Le flocon à cinq branches

Le sable laisse parfois une impression étrange,
il rappelle au corps en marche que la sente est incertaine.
Les marques s’écroulent après l’appui, et se meuvent. Sous vent.
Tous les grains sont étrangers aux semelles, alors ils fuient ou se dérobent.
Ainsi le marcheur solitaire ou accompagné se doit de réinventer sa foulée, souvent.

Quand la fin du cycle arrive, le sable se mêle au vent, et le vent au ciel, une partie de la phratrie me’Aar entame alors sa migration vers les hauts lieus de la mise à vie.

Sayra Me’ar n’avait que treize cycles et c’était la toute première fois qu’elle entamait l’Aller-Retour. Ce n’était pas chose commune que la jeunesse se risque dans de telle excursion, mais son Pair se trouvait être le meneur de la tribu et elle avait toujours montré un intérêt exacerbé pour le ciel, et la mise à vie.
Encore quelques heures se dit-elle, le voyage fut long, les plaintes internes nombreuses, les drachmes de sable dans ses croquenots de cuir conséquent. Tout ça à cause de la tempête de sable d’il y a quatre jours qui fut une des pires qu’elle n’eût jamais connues, même la demi-douzaine de doyens présent l’avaient affirmé, certains d’entre eux eurent dit que ce n’était pas bon pour les prochains arrivants, un vent trop dur et les graimes pouvaient se retrouver dispersés à des lieues de la zone de vie, parfois ensevelies à plusieurs bras de la surface…
Et si, comme le cycle dernier il n’y en avait pas ?
Elle aurait fait tout ça pour rien, loin du fleuve, de ses amis, loin des bonnes soupes au laphi.
Voilà ce que Sayra se répétait sans cesse tandis qu’elle marchait, les pieds s’enfonçant dans le sable, dans les pas qu’à demi marqué de la trace. Il faisait chaud, comme d’habitude, et il est vrai qu’au fur et à mesure de leur avancée la lumière ambiante s’intensifiait, les ombres des boudins de roche dans le désert se faisait de plus en plus nette, malheureusement pour elle, la nuit s’installait, la beauté de se Mondre devrait se savourer demain :
On va s’arrêter là pour la nuit, tout le monde va bien ? Lança le meneur. Serfyl tu pars avec un frère en avant et tu vérifies l’absence d’empreinte. Sulbas vu que t’es nouveau tu prépares le foyer, et si en creusant tu trouves des mézards, n’hésites pas à les choper, on les jettera dans la soupe de ce soir. Pareil pour les autres, vous vous installez en rosace autour du foyer… Sayra tu peux aider Sulbas si tu veux, mais tu t’écartes pas.
Le camp se disposait toujours de la même façon, en creux de dune, avec le foyer au centre de l’entonnoir, la chaleur du feu glissant le long du sable et réchauffant toutes les couches de nuit, Sayra et son Pair dormaient ensemble dans le premier cercle ainsi que quatre autres couches généralement occupés par les doyens, la disposition des couches au sein des cercles traduisait souvent le rang social de la phratrie, rang qui était souvent corrélé à l’ancienneté.
Placement en décalé, permettant une bonne circulation de la chaleur et des membres. Le dernier cercle étant composé d’au moins un doyen en prévention et le reste de chasseur. En comparaison la jeune Me’ar avait piètre allure, attraper un mézard était déjà une tâche de grande ampleur, enfin, ce n’était pas tant l’attraper mais le garder en main, la texture rapeuse et le dandinement de la bestiole lui faisait lâcher sa prise à coup sûr.
Ce n’est pas la petite bête qui mange la grosse, soufflette. Sulbas rigolait mais il avait raison, il en était déjà à sept. Regarde, là je suis persuadé qu’il y en a un, je chauffe et tu lui sautes dessus d’accord ? Par le cou si possible, dès que tu l’as, tu le balances dans le panier… Accroupis dans le sable, les deux chasseurs en herbe se préparèrent à l’assaut…
Un, deux, Trois !

Raté… Ce n’est pas grave. De toute façon on en a assez, c’est juste pour le gout, tu continues de creuser le foyer, moi je vais chercher des lignesses pour le feu. La lignesse était un minerai présent dans les boudins de roche du désert, le minerai en question avait la particularité de bruler à l’imitation du manganèse. Lumière très vive, le feu était souvent recouvert de plusieurs pierres et même de sable, ensevelit, le filon flambait tout de même et continuait jusqu’à l’épuisement total de l’élément. La roche devant atteindre une température très élevée pour s’embraser, seul une lentille de verre d’une longueur d’un bras pouvait permettre une telle combustion, le peuple me’Aar était devenu maître en la matière, la verrerie et le feu, le feu et le vent, le vent et la chasse. Le sable commençait tout juste à refroidir quand Sayra entendit son Pair derrière la dune :
Serfyl et Saur ne sont toujours pas revenu… Quatre avec moi.
Il est simple pour un enfant de ne pas être en phase avec la réalité, et certains événements prennent souvent une dimension décalée lorsqu’elle ne colle plus avec l’habitude. Les petits gestes du quotidien continuent de vivre longtemps après le changement, quelque part, dans un esprit enfantin demeure l’espoir d’un réveil au chaud, d’un retour aux petits gestes du quotidien, avec sa petite dose journalière de surprise et le suivi des plans de la veille.
Mais c’est la frayeur à ce moment qui inonda le cœur de la petite Sayra, quand une harde des pires créatures du désert vînt surgir par-dessus la dune…
Agrippant ses frères.
Déchirant leurs chairs comme s’ils n’avait jamais eu d’histoire.
Les cris tétaniques dans le vent.
Les tâches de sable dans le sang.
Leurs morceaux en apesanteur.
Griffes du destin dans les cœurs, leurs visages en souffrance ruminant un bout de chance. Mais toutes ces images se seraient perdu si Sulbass n’avait pas sauté vers la fillette en pleure. Il poussa la soufflette dans le trou du foyer et jeta la lentille sur sa tête avant de disparaitre sous un coup de griffe. Assommant Sayra.

Il est simple pour un enfant de ne pas être en phase avec la réalité, et certains événements prennent souvent une dimension décalée lorsqu’elle ne colle plus avec l’habitude. Les petits gestes du quotidien continuent de vivre longtemps après le changement, quelque part, dans un esprit enfantin demeure l’espoir d’un réveil au chaud.
Mais c’est un réveil à froid qui vînt réveiller Sayra, puis la panique d’un corps piégé dans le sable, et enfin une douleur lancinante dans la cheville droite lorsqu’elle essaya de se mouvoir, le sable s’affaissant un peu plus sur son corps frêle.
Suffocante. Ses ongles affolés grattant le sable pour se frayer un chemin vers l’oxygène. La lentille géante s’écrasant un peu plus sur elle, il lui fallait la soulever… Cette niche était étouffante, angoissante, les tâches rouge sur la grande loupe et le sable ne laissaient que peu de place à la vue du dehors. La panique. Elle entreprit de soulever ce couvercle en lâchant un cri de douleur don le son, strident, s’étouffa dans la morve, le sable et le sang, sa tête jaillit du sol.
Sa cheville était enflée, mais il y avait pire… Il y avait cette odeur. Il y avait cette vision. Il y avait ce silence insupportable qui laissait place au sifflement du vent. Rien n’avait de sens.
Seules les lueurs du ciel tintaient, d’un air hautain et détaché, belles, comment osaient-elles ne pas s’aligner au cauchemar d’ici-bas. Comment pouvaient-elles rester équanime et ne pas pleurer le chagrin de Sayra. Les larmes lui manquaient. La force aussi, claudiquer lui été devenu insupportable, et pourtant, elle avait tiré tous les bouts les carcasses des morts hors de son champ de vision, rassemblé tous les morceaux froids en un seul point, elle savait que les charognards du désert ne s’en prendraient pas à elle tant que leur butin serait loin, très loin d’elle. Elle c’était fait un tas de couches au centre du déblais, multiples couches de cuir en prévention de la peur. Une armure contre le souvenir, une armure contre l’odeur. Elle avait trouvé le sommeil et une gourde d’eau dans son malheur.

Ô comme les lueurs du ciel scintillaient cette nuit-là.

Ce n’est pas la petite bête qui mange la grosse.
Ce n’est pas la petite bête qui mange la grosse.
Ce n’est pas…                          …ange la gosse…

 C’est à l’aube que Sayra s’était réveillé, dérangée par le bruit creux des os qui se cassent, des carcasses trainées, et des gémissements glauques des charognards alentour. Elle ne pouvait pas rester plus longtemps si ce n’est prendre quelques minutes pour seller sa cheville.
Mais l’enfant, si débrouillarde soit-elle, avait omit un détail. Le tas de chair spécifiquement rassemblé derrière la dune était sur le chemin du retour, sans aucune sorte de solution de contournement possible pour qu’elle ne finisse repéré par ces abominations terrestres. Lorsqu’elle s’en rendit compte, elle espéra plus intensément qu’un grand lui vienne en aide, qu’on lui dise que tout se passerait bien, que la situation était surmontable. Mais personne n’entendait ses suppliques, elle se déroba discrète vers l’ouest en emportant gourdes pleines, panier grouillant de mézard, une couche de cuir et une loupe de petite taille pour quelque morceau de lignesse. Sans savoir que la sente qu’elle traçait menait tout droit à la zone de mise à vie, tout ça lui été sorti de la tête. Elle ne pensait plus à rien, ses pas cassant dans les dunes s’arrêtaient dès qu’une colonne de roche lui faisait de l’ombre.
Même les mézards avaient cessé de bouger, entassé comme des grains de sable, attendant la délivrance sans pour autant être conscient de leur emprisonnement. Comme Sayra en somme, piégé dans cette ligne du destin, obligée de se voir lutter. Mais il est simple pour un enfant de ne pas être en phase avec la réalité. Quand les minutes laissent place aux heures, l’esprit vagabonde, le sien s’était mis à courir instinctivement, elle arrivait sur la zone ou la phratrie me’Aar devait se scinder, au nord les Me’ar, au sud les Me’aa…
Mais c’est bien sûr ! s’écria-t-elle. Il doit y avoir un doyen au nord ! Lui saura m’aider. Il existait une garde située dans une cabane dans chaque zone de mise à vie, cette garde servait de point de ralliement, et était généralement relayé à chaque cycle. Mais pas celui du clan Me’ar, le doyen en charge du lieu aimait cela, devenu Hermite. Loufoque de ce qu’elle avait entendu, avec des centres d’intérêts pour le moins saugrenus, pour les membres de la phratrie ce n’était pas une mauvaise chose, elle l’avait entendu lors des premiers soir autour du foyer. C’était impressionnant comme l’esprit en détresse pouvait s’accrocher à des grains de mémoire. Ce doyen parlait bizarrement apparemment, c’était la solitude qui l’avait rendu comme ça, bien sûr tous ces on-dit n’étaient pas du tout attrayants pour la jeunesse, et dans une sente d’esprit différent elle aurait tracé au sud, mais son nom était Me’ar. Et son Pair ne s’était jamais privé de le lui rappeler.

La famille avant tout.

Aux contrastes des dunes qui ne cessent faire miroiter les lointains massifs ; quand la chair du mézard vient se reposer en de plus étroits reliefs, la pause des semelles en surchauffes que l’eau des gourdes ne saurait apaiser qu’un instant. Comme la conscience est quantifiable, son réservoir inversement proportionnel au nombre de foulées qu’une chère peut endosser. Non dosable comme le sable, serait-ce en bout de bosse que sa carcasse puisse poser, ses fesses ; un instemps.
Le soir se pointait déjà, et c’est au pied d’un pâté de roche que la marcheuse se rencontra de nouveau, vagabondant fatiguée dans les couloirs de roche. Fraicheur salvatrice pour la face gauche de son visage salit. Quand son corps en errance tomba face à un obstacle, un mur de pierre très finement imbriqué les unes aux autres, chaque pierre était impeccablement taillée et épousaient les colonnes de droite et de gauche à la perfection, sans omettre un détail sans moyen pour Sayra de voir à travers, il lui fallait contourner l’ouvrage.
Une barrière de pierre à l’épreuve du temps dont l’entrée fut trouvée au bout d’à peine cinq minutes.
Il y a quelqu’un ? Demanda Sayra la voix sèche et désaccordée. Sans personne pour lui répondre mais elle avait déjà ouvert la porte en bout de corridor. L’entrée donnait sur un jardin fleurit dans lequel une cabane reposait, verte et tordu, dont le toit pointu tenait de fines sangles tissées nouant de fins miroirs sphériques. Formés par l’intersection des murs taillés, les coins arboraient un ruissellement dont l’eau crépitante trouvait sa fin sur de très fines fleurs pourpre. L’étonnant jeu de verrerie au plafond reflétait le ciel du dehors comme si tout n’avait jamais été qu’à l’extérieur. Les parois imbibaient le ciel et les rayons se télescopaient sous tous les angles avec une intensité douce et légère.
Il y a quelqu’un ? Répéta-t-elle plus intimidé que la première fois… Doyen ? Marchant molle sur les dalles étroites qui menaient au palier. Elle entrouvrit la porte, personne à l’intérieur, de ce qu’elle voyait le mobilier était rudimentaire, la plupart des étagères étaient faites de pierre sculptée. Le tout semblait figé, l’ambiance était intemporelle et silencieuse :

Alors, qu’il neige !

Sayra sursauta de surprise et se prit le pied dans la marche, se retourna sur les coudes avant de se frotter les yeux. La silhouette discernable dans le contrejour était maigre, si bien qu’elle crut voir à travers la première fois, puis à deuxième vue son visage creux et planté se posa sur elle :
Pardon, je ne vous avais pas vu, je suis désolé, j’ai cru qu’il n’y avait personne, ma phratrie s’est…
Lequel soin agir ? Sorti le vieil homme froncé avec un rythme de débit à peine compréhensible pour la fillette, comme si les syllabes avaient rebondi dans sa bouche avant de sortir en ressort.
Je, heu… Ma cheville droite… Elle est foulée je crois… Sayra était encore un peu intimidé par l’allure de l’individu, mais la tension redescendit lorsque le vieux marqua un temps de pause et lui sourit, tout en inspectant la cheville entortillée dans le cuir :
Original. Dit-il tout en dénouant les… Liens ?
Ses mains étaient d’une grâce fascinante, il n’y avait aucun mouvement parasite dans le déplacement de ses doigts, chaque parties mouvantes venaient servir la mouvance suivante. Chaque élan de son corps s’incrustait sans obstacles dans la série de tâches que la vie lui imposait à chaque instant. Rendant chaque requête non pas rapide, mais véloce. Efficace. Il était efficace, et son visage quelque fois perdu dans le vide alors que ses membres œuvraient à d’autres harmonies n’avait de cesse que d’hypnotiser Sayra. Hébétée de constater que ce vieux personnage était en phase avec lui-même.
Vous êtes le Doyen Me’ar ? Cela semblait futile, mais la soufflette encore jeune aimait prendre ses réponses par le biais oral, ce qui donnait une dimension officielle à sa curiosité, mais le Doyen ne répondit qu’en acquiesçant…
Oui.
Pourquoi vous rigolez ?
Les heures défilaient aisément en sa présence. La petite sortait son sac et le déballait au doyen, comme il était facile de se livrer à lui, même si après plusieurs tas de phrase il ne répondait que rarement, son langage corporel suffisait pour la majorité des réponses, marmonnant quelque fois d’incompréhensibles monèmes lorsqu’il lavait un verre ou alors lorsqu’il sortait pour tailler quelques brins d’herbe de façon irrégulière. Il n’en était pas pour le moins attachant. Et surprenant, il cessait parfois de bouger en plein milieu d’une tâche, laissant un blanc au silence, laissant le rien se reposer histoire de quelques secondes avant de reprendre le regard dans le vent, suivant des objets imaginaires. Ces lapses de temps d’égarement avait pour effet d’émouvoir la jeune qui ne cessait de voir à travers ces yeux ses propres traumatismes. Traumatismes qui s’évaporaient peu à peu tandis qu’elle s’endormait sur le lit confortable que le Doyen lui avait préparé après qu’elle ait mangé une bonne soupe chaude. Sayra n’avait pas pu s’empêcher de remarquer l’étrange sculpture de pierre qui façonnait le dessus de son lit, s’y incrustait et pouvait pivoter sur plusieurs axes. Les figures alignées sur les anneaux de roche présentaient de nombreux objets, phénomènes météorologiques, symboles inconnus, créatures diverses… Et si un coup de doigt ne suffisait pas pour faire bouger la sculpture sur un axe, deux mains le pouvaient. Mais la soufflette si curieuse soit-elle, restait immobile dans sa couche le regard tendu vers les fresques sculptés, jusqu’à ce que doucement, ses yeux finissent par tomber… Dans un monde plus doux.
Cette nuit-là, le vent était sujet à de violent excès de colère, ses bourrasques voyageaient loin vers le massif Nimien là ou le désert se dérobe ou s’effrite. Les plus fines particules de sable chahutaient et se perdaient s’envolaient dans les plus hautes hauteurs du ciel, mais certaines chanceuses, parfois revenaient, trimbalant sur elles la marque de phénomène illusoire qui n’en finissaient pas de faire rêver certain gardien.
Il partait seul dans la nuit, sous les coups de vent, sans peur jamais, s’adonner à diverses tâches qu’il jugeait bon de traiter afin que tout soit parfait, pousser du sable, casser des cailloux, re rentrer, ressortir, faire une pause, reprendre, se coucher, se lever, nourrir sa harde d’abomination terrestre.  

Q’érige un soleil ! Lança le maigre Doyen tout en bougeant les disques de pierre surplombant Sayra, maintenant réveillée, le vieux lui sourît de sa hauteur et ses yeux voyagèrent dans les siens comme un appel à la soucoupe du matin. De merveilleux trytons grillés, et une tasse de thé.
La journée pouvait commencer, avec sa petite dose de surprise et le suivi des plans de la veille, c’était le jour de la mise à vie pour les graimes des zones alentours, une tâche subtile, importante, l’étrange gardien avait vraisemblablement compris que la fille voulait s’y rendre. Il l’emmena scruter les dunes quelques temps après la soucoupe, toujours avec cette démarche singulière et caractéristique qui faisait rire quelque peu Sayra…
Là q‘nous. Naqui’es. Ainsi. q’lui. Balbutia le doyen à l’approche d’un talweg de dune, indiquant de son doigt tordu la position fixe d’une graime qui gisait… Là. Solide comme la pierre, en position fœtal, le corps d’un bambin encore gelé par sa chute pharamineuse. Les vents violents offraient à cette dimension ses plus beaux fruits, fruit que Sayra s’empressa d’examiner, fascinée.

Il existe dans le Mondre, une position à chaque chose, à chaque instemps, et une clé secrète, invisible ou imaginaire qui se déplace en tout point, et en tout angle, mélangeant intrinsèquement son contenu. Mais afin d’ouvrir si elle le peut, le passage vers l’inconnu; il lui faut trouver les paramètres indispensables à son bon placement…

Et si, le doigt tordu n’avait pas pointé,
que le remblai de sable de la veille n’avait pas
bougé,
ou
que
le
rien
ne s’était . . . pas posé
le temps d’un . ‘pouls de cil,
à plusieurs reprises dans la journée.
Alors le vent aurait soufflé différemment,
et l’accompagnant comme de fiers amies,
ces particules de poussière n’auraient
pas trouvé leurs positions parfaites,
trimbalant avec elles la signature
d’un Mondre inconnu,
sur le corps d’une
graime à
naitre.

Le flocon à cinq branches !
Aime à naitre.


Je ne vous comprend pas, que dites-vous ?
Regarde et apprends, pour mettre une graime à vie il te suffit de lui chauffer le dos à l’aide d’une loupe. La première personne qu’il verra à son éveil sera son Pair…
Oh ! Mais vous parlez correctement ! Comment ça se fait?
Plus tard les futilités. Tu as quel âge ?
Euh… Treize cycles Doyen…
Tu ne peux pas être Pair alors.
… Puis-je prendre la loupe ?
Tiens, mais fait attention à ne pas lui faire une marque ridicule, ça lui porterait malheur…
Oui Doyen…

L’effet se dérobe à moi.
L’eff
et se robe à moi.
L’effet se dérobe à moi.

Ecoute petite, le Mondre est vaste, si vaste que tu n’en verras jamais le bout, jamais la fin. Mais il existe un endroit à cinquante lieues d’ici dont nous sommes les seuls à pouvoir accéder. Anciennement les Doyens me’Aar, mais le Doyen Me’aa étant mort, il ne reste que le Doyen Me’ra au nord de notre position et moi-même. Ce lieu nous n’en avons jamais atteint le bout, mais nous connaissons le moyen d’en fouler son sentier, et pour cela tu devras… Tu devras nous suivre.
Nous ?
Oui, écoute ma petite, je peux voir un segment de chose que tu ne peux pas voir, et ces choses prennent parfois des hauteurs qui dépassent ta notion même de grandeur. Ces choses bougent, mais je ne pourrais pas te les décrire, les mots me manque, navré, saches simplement que le bambin que tu as là en détient une en lui. Et il verra lui aussi, un segment d’une autre réalité qui nous permettra de nous déplacer le long de la sente incertaine Conclu-t-il. Je ne pourrais bientôt plus parler comme je le fais maintenant, juste, fais-moi confiance petite…
Regardez Doyen ! Il s’éveille !
Il… Oui… Murmura-t-il en sachant que cela sonnait le glas de sa jouissance de parole et laissait place à son habituel idiolecte restreint. Ses yeux se reposèrent sur le bambin comme on baisse les yeux les jours de deuil, son regard croisant le sien, mais dans un kaléidoscope de larme.
Il existe dans le Mondre, une position à chaque chose, à cet instemps, par le hasard de l’inconnu, c’est le regard de Sayra que le chérubin croisa. Comme un ange sur la gosse. Une étoile dans les yeux.
Tu t’appelleras Sulb’As ! En mémoire à mon sauveur et ami…
Na. Quoi??

Trois cycles s’écoulèrent depuis la mise à vie du bambin et le jour était arrivé pour eux d’arriver au porte de la sente incertaine, Sayra avait muri et bien qu’elle voulait retourner auprès de ses amis et du fleuve de l’Est, sa vie ici avait pris un but de plus grande ampleur. Elle s’était toujours opposé au voyage avec le petit As, son petit ange, mais le Doyen se faisait de plus en plus sénile et la peur de ne pas voir son rêve de traversé abouti, le rendait dingue. Sayra avait donc cédé à son caprice. Les surprises quotidiennes avec lui en trois cycles n’avaient pas été de tout repos, surtout le jour ou elle découvrit son élevage d’abomination terrestre, les mêmes races de créature qui avaient massacré sa phratrie. Ce fut un choc et un grand pas que de surmonter sa peur, les toucher et les enjamber. A cet instant même, alors qu’ils s’avançaient dans un paysage de roche, elle avait peur. Peur de ces monstres. Peur de l’inconnu, d’une dimension qu’elle n’avait jamais compris malgré les tentatives du Doyen ou les dessins du petit. Comme un spectre de vision dont la courbe, maladroite, sautait sur d’autre plan. Mais pour elle ça se ne se résumait qu’à écouter leurs onomatopées, suivre leurs regard, leurs mouvement, marcher dans leurs pas, imiter leurs foulées. Théoriquement.
On ï es’t ! S’exclama le vieux. Tout en ramassant un caillou du sentier qui paraissait lourds comme deux sauts d’eau au yeux de Sayra… Mais l’ancêtre poursuivit :
Regar’de… Lançant le petit caillou au sol, roulant, heurtant, grossissant comme par magie d’un bras de haut avant de rapetisser de nouveau et disparaitre.
Que… Le souffle au vent, la bouche à gober du sable. Où est-il partit? Demanda-t-elle, question à laquelle le Doyen répondit d’un haussement d’épaule. Surprise de voir Sulb’As rigoler, étonnée de le voir tendre la main dans le vide.
As. Au sol. Invita le vieux, heureux de constater que le petit savait où se trouvait la pierre, le voyant soulever le vent, et le jeter sur le pied de Sayra.
Aïe ! Oh ! Dans la douleur, la jeune fille avait compris le sens du mot incertain. Et l’inconnu prenait une toute autre tournure. Elle serait aveugle dans un Mondre de reliefs périlleux. Si loin qu’elle pouvait regarder, les mirages formés à l’intersection des cols, des figures cassantes, des colonnes de roches n’étaient rien puisqu’elle ne pouvais en voir qu’une fraction. L’heure qui suivait était faite de contournement, de saut, et bientôt de bons. Elle avançait parfois un pied soutenu par le vide, et parfois sa main disparaissait sur le rebord d’une falaise. Elle se tapait la tête sur quelques stalactites invisibles, qui une fois cassé roulaient visibles à ses pieds. Mais voir une des cinq créatures tomber et disparaitre sur un sol plat en s’écartant de la sente et ne pas revenir fut pour elle le phénomène de trop.
Elle est où la Salaméandre?
Ailleurs.
La vieille branche continuait sa route en tête avec une créature devant et derrière lui, pareil pour elle et son ange qui lui tenait la main. L’air inquiet. Le vent sentait différent maintenant, comme si l’air avait pourrit. Les brises filaient en blocs sur sa peau et son centre de gravité pouvait changer d’une seconde à l’autre…
ALLONGER ! Cria le vieux qui s’exécuta d’un trait, très rapidement suivi par Sayra qui tira l’As et une créature vers le sol farineux. Elle pouvait voir son pouce traverser la matière comme un bâton dans l’eau. La seconde d’après un bruit fracassant se fit entendre à des lieues de leur position, mais l’effet catastrophique à leur niveau. La fille vit une des quatre Salaméandre se tordre comme un vulgaire chiffon et propulsé à une vitesse incomparable avant de disparaitre elle aussi dans ce qui ressemblait à un ciel parsemé de morceaux de pierres, de figures ineffables. Elle cria de frayeur et Sulb’As l’immita
On ne peut pas continuer ! S’efforça-t-elle de dire les yeux cernés d’un rouge sang. Je ne veux pas continuer.

Rien n’a de sens.

Si. Rétorqua l’ancêtre sénile, pensant arriver à ses fins.
Mais vous attendait quoi? Qu’on y passe tous? Qu’il ne reste plus aucune monture? La nuit va arriver, je ne compte pas dormir ici ! Vous m’aviez dit que ce serait rapide ! Elle continua de lui crier dessus durant plusieurs minutes, accompagné par intermittence des cris stridents de l’enfant. Mais rien n’y changeait, le vieux était devenu sourd, et elle pouvait littéralement sentir ses pas sur dos alors qu’ils s’étaient remit à en marche. Les heures chassèrent les minutes, mais la notion du temps avait disparu dans certains de ses pas, les souvenirs commençait à se mêler à la folle ascension, créant des images illusoires, des sensations désagréable et des retours en arrière. Les directives d’actions s’amplifièrent, la peur et l’incompréhension contrairement au nombre de salaméandre qui ne faisait que décroitre. Et puis la vue était devenu désuète, même pour la branche tordue qui trainait son corps comme une larve, entrant dans des tunnels déformant le « paysage », les tailles ne voulaient plus rien dire, seul perdurait le contact d’une main contre l’autre. Seul comptait, sa main.
L’As ! Là ! Ordonna la chose désarticulé que le vent peinait à faire miroiter. Toute visibilité arrière était impossible, les mollets brulaient, les doigts souffraient, le moral se perdait quand après 5 longues foulées la distance parcouru n’atteignait pas un bras d’étendu. Les sensations de chute, les sens délurés. Et la tête prête à exploser. Une créature mourut car une branche apparu au beau milieu de son crane, une autre car elle bu dans une flaque d’eau et l’eau la traversa de part en part sans raisons apparentes. Il n’en restait qu’un, accolé ou tangent aux particules démesurés qui servait de point de repère. Plus ils avançait et plus le champs de vision se réduisait…
L’AS ! LÀ ! Cria t-il plus fort encore, mais le son était à des lieues d’être entendu, et il lui fallait réitérer une vingtaine de fois sous différent angle pour espérer se faire entendre par la particule en aval. Les syllabes comme deux vielles amies, se perdaient par bribes, comme on dénoue le fil d’une veste, pour se retrouver capter par une oreille qui eut le malheur de se perdre de l’autre côté. Tout était mouvement.
Sulb’As tu restes là, tu ne me laches pas. Ni même elle ne pouvait comprendre ce que ses bouches articulaient. Alors comment le pourrait-il? La main de l’enfant traversa la sienne comme une poussière dans un rayon de lumière.

Comme il est simple pour un enfant de ne pas être en phase avec la réalité, et certains événements prennent souvent une dimension décalée.

Il m’a lâché.

SULB’AS ! REVIENS-MOI ! Cria t-elle de plus belle tandis que sa voix s’étouffait dans la grêle aux milles formes, ses larmes comme des poignards venait fendre le ciel comme les plus lourdes stalagmites. Ses ongles empilés sur ses doigts qu’elle ne pouvait voir, déchiraient la craies et formaient des volutes en cascade, gelées ; qui n’en finissaient remplir ses yeux. Le sol s’écroulant, la gravité s’affaissant, le temps se dilatant de tout sens. Comme ralentie et empêchée, son corps distendu, cherchait la géodésique.

Elle rampa.
Et elle cria.

˙ɐdɯɐɹ ǝןןƎ
˙ɐıɹɔ ǝןןǝ ʇƎ

˙ɐdɯɐɹ ǝןןƎ
Et elle cria.

Quand
soudain.

«Mamain»

Un son qui sonna comme une délivrance aux oreilles de Sayra,
qui d’un balayage des espaces attrapa la main de son ange.
Et dans la continuité du mouvement se retourna vers la
sombre désescalade des souvenirs,
avec comme seul repère,
poussière.

Elle pouvait encore entendre les cris lointain du Doyen.

«L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥
»

Comme un appel à l’aide,
Comme un appel au but,
Un but de grande ampleur.
Mais.

Il existe dans le Mondre,
une position à chaque chose,
à chaque instemps.

Le flocon à cinq branches,
Aime à être.

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Le flocon à cinq branches

Le sable laisse parfois une impression étrange,
il rappelle au corps en marche que la sente est incertaine.
Les marques s’écroulent après l’appui, et se meuvent. Sous vent.
Tous les grains sont étrangers aux semelles, alors ils fuient ou se dérobent.
Ainsi le marcheur solitaire ou accompagné se doit de réinventer sa foulée, souvent.

Quand la fin du cycle arrive, le sable se mêle au vent, et le vent au ciel, une partie de la phratrie me’Aar entame alors sa migration vers les hauts lieus de la mise à vie.

Sayra Me’ar n’avait que treize cycles et c’était la toute première fois qu’elle entamait l’Aller-Retour. Ce n’était pas chose commune que la jeunesse se risque dans de telle excursion, mais son Pair se trouvait être le meneur de la tribu et elle avait toujours montré un intérêt exacerbé pour le ciel, et la mise à vie.
Encore quelques heures se dit-elle, le voyage fut long, les plaintes internes nombreuses, les drachmes de sable dans ses croquenots de cuir conséquent. Tout ça à cause de la tempête de sable d’il y a quatre jours qui fut une des pires qu’elle n’eût jamais connues, même la demi-douzaine de doyens présent l’avaient affirmé, certains d’entre eux eurent dit que ce n’était pas bon pour les prochains arrivants, un vent trop dur et les graimes pouvaient se retrouver dispersés à des lieues de la zone de vie, parfois ensevelies à plusieurs bras de la surface…
Et si, comme le cycle dernier il n’y en avait pas ?
Elle aurait fait tout ça pour rien, loin du fleuve, de ses amis, loin des bonnes soupes au laphi.
Voilà ce que Sayra se répétait sans cesse tandis qu’elle marchait, les pieds s’enfonçant dans le sable, dans les pas qu’à demi marqué de la trace. Il faisait chaud, comme d’habitude, et il est vrai qu’au fur et à mesure de leur avancée la lumière ambiante s’intensifiait, les ombres des boudins de roche dans le désert se faisait de plus en plus nette, malheureusement pour elle, la nuit s’installait, la beauté de se Mondre devrait se savourer demain :
On va s’arrêter là pour la nuit, tout le monde va bien ? Lança le meneur. Serfyl tu pars avec un frère en avant et tu vérifies l’absence d’empreinte. Sulbas vu que t’es nouveau tu prépares le foyer, et si en creusant tu trouves des mézards, n’hésites pas à les choper, on les jettera dans la soupe de ce soir. Pareil pour les autres, vous vous installez en rosace autour du foyer… Sayra tu peux aider Sulbas si tu veux, mais tu t’écartes pas.
Le camp se disposait toujours de la même façon, en creux de dune, avec le foyer au centre de l’entonnoir, la chaleur du feu glissant le long du sable et réchauffant toutes les couches de nuit, Sayra et son Pair dormaient ensemble dans le premier cercle ainsi que quatre autres couches généralement occupés par les doyens, la disposition des couches au sein des cercles traduisait souvent le rang social de la phratrie, rang qui était souvent corrélé à l’ancienneté.
Placement en décalé, permettant une bonne circulation de la chaleur et des membres. Le dernier cercle étant composé d’au moins un doyen en prévention et le reste de chasseur. En comparaison la jeune Me’ar avait piètre allure, attraper un mézard était déjà une tâche de grande ampleur, enfin, ce n’était pas tant l’attraper mais le garder en main, la texture rapeuse et le dandinement de la bestiole lui faisait lâcher sa prise à coup sûr.
Ce n’est pas la petite bête qui mange la grosse, soufflette. Sulbas rigolait mais il avait raison, il en était déjà à sept. Regarde, là je suis persuadé qu’il y en a un, je chauffe et tu lui sautes dessus d’accord ? Par le cou si possible, dès que tu l’as, tu le balances dans le panier… Accroupis dans le sable, les deux chasseurs en herbe se préparèrent à l’assaut…
Un, deux, Trois !

Raté… Ce n’est pas grave. De toute façon on en a assez, c’est juste pour le gout, tu continues de creuser le foyer, moi je vais chercher des lignesses pour le feu. La lignesse était un minerai présent dans les boudins de roche du désert, le minerai en question avait la particularité de bruler à l’imitation du manganèse. Lumière très vive, le feu était souvent recouvert de plusieurs pierres et même de sable, ensevelit, le filon flambait tout de même et continuait jusqu’à l’épuisement total de l’élément. La roche devant atteindre une température très élevée pour s’embraser, seul une lentille de verre d’une longueur d’un bras pouvait permettre une telle combustion, le peuple me’Aar était devenu maître en la matière, la verrerie et le feu, le feu et le vent, le vent et la chasse. Le sable commençait tout juste à refroidir quand Sayra entendit son Pair derrière la dune :
Serfyl et Saur ne sont toujours pas revenu… Quatre avec moi.
Il est simple pour un enfant de ne pas être en phase avec la réalité, et certains événements prennent souvent une dimension décalée lorsqu’elle ne colle plus avec l’habitude. Les petits gestes du quotidien continuent de vivre longtemps après le changement, quelque part, dans un esprit enfantin demeure l’espoir d’un réveil au chaud, d’un retour aux petits gestes du quotidien, avec sa petite dose journalière de surprise et le suivi des plans de la veille.
Mais c’est la frayeur à ce moment qui inonda le cœur de la petite Sayra, quand une harde des pires créatures du désert vînt surgir par-dessus la dune…
Agrippant ses frères.
Déchirant leurs chairs comme s’ils n’avait jamais eu d’histoire.
Les cris tétaniques dans le vent.
Les tâches de sable dans le sang.
Leurs morceaux en apesanteur.
Griffes du destin dans les cœurs, leurs visages en souffrance ruminant un bout de chance. Mais toutes ces images se seraient perdu si Sulbass n’avait pas sauté vers la fillette en pleure. Il poussa la soufflette dans le trou du foyer et jeta la lentille sur sa tête avant de disparaitre sous un coup de griffe. Assommant Sayra.

Il est simple pour un enfant de ne pas être en phase avec la réalité, et certains événements prennent souvent une dimension décalée lorsqu’elle ne colle plus avec l’habitude. Les petits gestes du quotidien continuent de vivre longtemps après le changement, quelque part, dans un esprit enfantin demeure l’espoir d’un réveil au chaud.
Mais c’est un réveil à froid qui vînt réveiller Sayra, puis la panique d’un corps piégé dans le sable, et enfin une douleur lancinante dans la cheville droite lorsqu’elle essaya de se mouvoir, le sable s’affaissant un peu plus sur son corps frêle.
Suffocante. Ses ongles affolés grattant le sable pour se frayer un chemin vers l’oxygène. La lentille géante s’écrasant un peu plus sur elle, il lui fallait la soulever… Cette niche était étouffante, angoissante, les tâches rouge sur la grande loupe et le sable ne laissaient que peu de place à la vue du dehors. La panique. Elle entreprit de soulever ce couvercle en lâchant un cri de douleur don le son, strident, s’étouffa dans la morve, le sable et le sang, sa tête jaillit du sol.
Sa cheville était enflée, mais il y avait pire… Il y avait cette odeur. Il y avait cette vision. Il y avait ce silence insupportable qui laissait place au sifflement du vent. Rien n’avait de sens.
Seules les lueurs du ciel tintaient, d’un air hautain et détaché, belles, comment osaient-elles ne pas s’aligner au cauchemar d’ici-bas. Comment pouvaient-elles rester équanime et ne pas pleurer le chagrin de Sayra. Les larmes lui manquaient. La force aussi, claudiquer lui été devenu insupportable, et pourtant, elle avait tiré tous les bouts les carcasses des morts hors de son champ de vision, rassemblé tous les morceaux froids en un seul point, elle savait que les charognards du désert ne s’en prendraient pas à elle tant que leur butin serait loin, très loin d’elle. Elle c’était fait un tas de couches au centre du déblais, multiples couches de cuir en prévention de la peur. Une armure contre le souvenir, une armure contre l’odeur. Elle avait trouvé le sommeil et une gourde d’eau dans son malheur.

Ô comme les lueurs du ciel scintillaient cette nuit-là.

Ce n’est pas la petite bête qui mange la grosse.
Ce n’est pas la petite bête qui mange la grosse.
Ce n’est pas…                          …ange la gosse…

 C’est à l’aube que Sayra s’était réveillé, dérangée par le bruit creux des os qui se cassent, des carcasses trainées, et des gémissements glauques des charognards alentour. Elle ne pouvait pas rester plus longtemps si ce n’est prendre quelques minutes pour seller sa cheville.
Mais l’enfant, si débrouillarde soit-elle, avait omit un détail. Le tas de chair spécifiquement rassemblé derrière la dune était sur le chemin du retour, sans aucune sorte de solution de contournement possible pour qu’elle ne finisse repéré par ces abominations terrestres. Lorsqu’elle s’en rendit compte, elle espéra plus intensément qu’un grand lui vienne en aide, qu’on lui dise que tout se passerait bien, que la situation était surmontable. Mais personne n’entendait ses suppliques, elle se déroba discrète vers l’ouest en emportant gourdes pleines, panier grouillant de mézard, une couche de cuir et une loupe de petite taille pour quelque morceau de lignesse. Sans savoir que la sente qu’elle traçait menait tout droit à la zone de mise à vie, tout ça lui été sorti de la tête. Elle ne pensait plus à rien, ses pas cassant dans les dunes s’arrêtaient dès qu’une colonne de roche lui faisait de l’ombre.
Même les mézards avaient cessé de bouger, entassé comme des grains de sable, attendant la délivrance sans pour autant être conscient de leur emprisonnement. Comme Sayra en somme, piégé dans cette ligne du destin, obligée de se voir lutter. Mais il est simple pour un enfant de ne pas être en phase avec la réalité. Quand les minutes laissent place aux heures, l’esprit vagabonde, le sien s’était mis à courir instinctivement, elle arrivait sur la zone ou la phratrie me’Aar devait se scinder, au nord les Me’ar, au sud les Me’aa…
Mais c’est bien sûr ! s’écria-t-elle. Il doit y avoir un doyen au nord ! Lui saura m’aider. Il existait une garde située dans une cabane dans chaque zone de mise à vie, cette garde servait de point de ralliement, et était généralement relayé à chaque cycle. Mais pas celui du clan Me’ar, le doyen en charge du lieu aimait cela, devenu Hermite. Loufoque de ce qu’elle avait entendu, avec des centres d’intérêts pour le moins saugrenus, pour les membres de la phratrie ce n’était pas une mauvaise chose, elle l’avait entendu lors des premiers soir autour du foyer. C’était impressionnant comme l’esprit en détresse pouvait s’accrocher à des grains de mémoire. Ce doyen parlait bizarrement apparemment, c’était la solitude qui l’avait rendu comme ça, bien sûr tous ces on-dit n’étaient pas du tout attrayants pour la jeunesse, et dans une sente d’esprit différent elle aurait tracé au sud, mais son nom était Me’ar. Et son Pair ne s’était jamais privé de le lui rappeler.

La famille avant tout.

Aux contrastes des dunes qui ne cessent faire miroiter les lointains massifs ; quand la chair du mézard vient se reposer en de plus étroits reliefs, la pause des semelles en surchauffes que l’eau des gourdes ne saurait apaiser qu’un instant. Comme la conscience est quantifiable, son réservoir inversement proportionnel au nombre de foulées qu’une chère peut endosser. Non dosable comme le sable, serait-ce en bout de bosse que sa carcasse puisse poser, ses fesses ; un instemps.
Le soir se pointait déjà, et c’est au pied d’un pâté de roche que la marcheuse se rencontra de nouveau, vagabondant fatiguée dans les couloirs de roche. Fraicheur salvatrice pour la face gauche de son visage salit. Quand son corps en errance tomba face à un obstacle, un mur de pierre très finement imbriqué les unes aux autres, chaque pierre était impeccablement taillée et épousaient les colonnes de droite et de gauche à la perfection, sans omettre un détail sans moyen pour Sayra de voir à travers, il lui fallait contourner l’ouvrage.
Une barrière de pierre à l’épreuve du temps dont l’entrée fut trouvée au bout d’à peine cinq minutes.
Il y a quelqu’un ? Demanda Sayra la voix sèche et désaccordée. Sans personne pour lui répondre mais elle avait déjà ouvert la porte en bout de corridor. L’entrée donnait sur un jardin fleurit dans lequel une cabane reposait, verte et tordu, dont le toit pointu tenait de fines sangles tissées nouant de fins miroirs sphériques. Formés par l’intersection des murs taillés, les coins arboraient un ruissellement dont l’eau crépitante trouvait sa fin sur de très fines fleurs pourpre. L’étonnant jeu de verrerie au plafond reflétait le ciel du dehors comme si tout n’avait jamais été qu’à l’extérieur. Les parois imbibaient le ciel et les rayons se télescopaient sous tous les angles avec une intensité douce et légère.
Il y a quelqu’un ? Répéta-t-elle plus intimidé que la première fois… Doyen ? Marchant molle sur les dalles étroites qui menaient au palier. Elle entrouvrit la porte, personne à l’intérieur, de ce qu’elle voyait le mobilier était rudimentaire, la plupart des étagères étaient faites de pierre sculptée. Le tout semblait figé, l’ambiance était intemporelle et silencieuse :

Alors, qu’il neige !

Sayra sursauta de surprise et se prit le pied dans la marche, se retourna sur les coudes avant de se frotter les yeux. La silhouette discernable dans le contrejour était maigre, si bien qu’elle crut voir à travers la première fois, puis à deuxième vue son visage creux et planté se posa sur elle :
Pardon, je ne vous avais pas vu, je suis désolé, j’ai cru qu’il n’y avait personne, ma phratrie s’est…
Lequel soin agir ? Sorti le vieil homme froncé avec un rythme de débit à peine compréhensible pour la fillette, comme si les syllabes avaient rebondi dans sa bouche avant de sortir en ressort.
Je, heu… Ma cheville droite… Elle est foulée je crois… Sayra était encore un peu intimidé par l’allure de l’individu, mais la tension redescendit lorsque le vieux marqua un temps de pause et lui sourit, tout en inspectant la cheville entortillée dans le cuir :
Original. Dit-il tout en dénouant les… Liens ?
Ses mains étaient d’une grâce fascinante, il n’y avait aucun mouvement parasite dans le déplacement de ses doigts, chaque parties mouvantes venaient servir la mouvance suivante. Chaque élan de son corps s’incrustait sans obstacles dans la série de tâches que la vie lui imposait à chaque instant. Rendant chaque requête non pas rapide, mais véloce. Efficace. Il était efficace, et son visage quelque fois perdu dans le vide alors que ses membres œuvraient à d’autres harmonies n’avait de cesse que d’hypnotiser Sayra. Hébétée de constater que ce vieux personnage était en phase avec lui-même.
Vous êtes le Doyen Me’ar ? Cela semblait futile, mais la soufflette encore jeune aimait prendre ses réponses par le biais oral, ce qui donnait une dimension officielle à sa curiosité, mais le Doyen ne répondit qu’en acquiesçant…
Oui.
Pourquoi vous rigolez ?
Les heures défilaient aisément en sa présence. La petite sortait son sac et le déballait au doyen, comme il était facile de se livrer à lui, même si après plusieurs tas de phrase il ne répondait que rarement, son langage corporel suffisait pour la majorité des réponses, marmonnant quelque fois d’incompréhensibles monèmes lorsqu’il lavait un verre ou alors lorsqu’il sortait pour tailler quelques brins d’herbe de façon irrégulière. Il n’en était pas pour le moins attachant. Et surprenant, il cessait parfois de bouger en plein milieu d’une tâche, laissant un blanc au silence, laissant le rien se reposer histoire de quelques secondes avant de reprendre le regard dans le vent, suivant des objets imaginaires. Ces lapses de temps d’égarement avait pour effet d’émouvoir la jeune qui ne cessait de voir à travers ces yeux ses propres traumatismes. Traumatismes qui s’évaporaient peu à peu tandis qu’elle s’endormait sur le lit confortable que le Doyen lui avait préparé après qu’elle ait mangé une bonne soupe chaude. Sayra n’avait pas pu s’empêcher de remarquer l’étrange sculpture de pierre qui façonnait le dessus de son lit, s’y incrustait et pouvait pivoter sur plusieurs axes. Les figures alignées sur les anneaux de roche présentaient de nombreux objets, phénomènes météorologiques, symboles inconnus, créatures diverses… Et si un coup de doigt ne suffisait pas pour faire bouger la sculpture sur un axe, deux mains le pouvaient. Mais la soufflette si curieuse soit-elle, restait immobile dans sa couche le regard tendu vers les fresques sculptés, jusqu’à ce que doucement, ses yeux finissent par tomber… Dans un monde plus doux.
Cette nuit-là, le vent était sujet à de violent excès de colère, ses bourrasques voyageaient loin vers le massif Nimien là ou le désert se dérobe ou s’effrite. Les plus fines particules de sable chahutaient et se perdaient s’envolaient dans les plus hautes hauteurs du ciel, mais certaines chanceuses, parfois revenaient, trimbalant sur elles la marque de phénomène illusoire qui n’en finissaient pas de faire rêver certain gardien.
Il partait seul dans la nuit, sous les coups de vent, sans peur jamais, s’adonner à diverses tâches qu’il jugeait bon de traiter afin que tout soit parfait, pousser du sable, casser des cailloux, re rentrer, ressortir, faire une pause, reprendre, se coucher, se lever, nourrir sa harde d’abomination terrestre.  

Q’érige un soleil ! Lança le maigre Doyen tout en bougeant les disques de pierre surplombant Sayra, maintenant réveillée, le vieux lui sourît de sa hauteur et ses yeux voyagèrent dans les siens comme un appel à la soucoupe du matin. De merveilleux trytons grillés, et une tasse de thé.
La journée pouvait commencer, avec sa petite dose de surprise et le suivi des plans de la veille, c’était le jour de la mise à vie pour les graimes des zones alentours, une tâche subtile, importante, l’étrange gardien avait vraisemblablement compris que la fille voulait s’y rendre. Il l’emmena scruter les dunes quelques temps après la soucoupe, toujours avec cette démarche singulière et caractéristique qui faisait rire quelque peu Sayra…
Là q‘nous. Naqui’es. Ainsi. q’lui. Balbutia le doyen à l’approche d’un talweg de dune, indiquant de son doigt tordu la position fixe d’une graime qui gisait… Là. Solide comme la pierre, en position fœtal, le corps d’un bambin encore gelé par sa chute pharamineuse. Les vents violents offraient à cette dimension ses plus beaux fruits, fruit que Sayra s’empressa d’examiner, fascinée.

Il existe dans le Mondre, une position à chaque chose, à chaque instemps, et une clé secrète, invisible ou imaginaire qui se déplace en tout point, et en tout angle, mélangeant intrinsèquement son contenu. Mais afin d’ouvrir si elle le peut, le passage vers l’inconnu; il lui faut trouver les paramètres indispensables à son bon placement…

Et si, le doigt tordu n’avait pas pointé,
que le remblai de sable de la veille n’avait pas
bougé,
ou
que
le
rien
ne s’était . . . pas posé
le temps d’un . ‘pouls de cil,
à plusieurs reprises dans la journée.
Alors le vent aurait soufflé différemment,
et l’accompagnant comme de fiers amies,
ces particules de poussière n’auraient
pas trouvé leurs positions parfaites,
trimbalant avec elles la signature
d’un Mondre inconnu,
sur le corps d’une
graime à
naitre.

Le flocon à cinq branches !
Aime à naitre.


Je ne vous comprend pas, que dites-vous ?
Regarde et apprends, pour mettre une graime à vie il te suffit de lui chauffer le dos à l’aide d’une loupe. La première personne qu’il verra à son éveil sera son Pair…
Oh ! Mais vous parlez correctement ! Comment ça se fait?
Plus tard les futilités. Tu as quel âge ?
Euh… Treize cycles Doyen…
Tu ne peux pas être Pair alors.
… Puis-je prendre la loupe ?
Tiens, mais fait attention à ne pas lui faire une marque ridicule, ça lui porterait malheur…
Oui Doyen…

L’effet se dérobe à moi.
L’eff
et se robe à moi.
L’effet se dérobe à moi.

Ecoute petite, le Mondre est vaste, si vaste que tu n’en verras jamais le bout, jamais la fin. Mais il existe un endroit à cinquante lieues d’ici dont nous sommes les seuls à pouvoir accéder. Anciennement les Doyens me’Aar, mais le Doyen Me’aa étant mort, il ne reste que le Doyen Me’ra au nord de notre position et moi-même. Ce lieu nous n’en avons jamais atteint le bout, mais nous connaissons le moyen d’en fouler son sentier, et pour cela tu devras… Tu devras nous suivre.
Nous ?
Oui, écoute ma petite, je peux voir un segment de chose que tu ne peux pas voir, et ces choses prennent parfois des hauteurs qui dépassent ta notion même de grandeur. Ces choses bougent, mais je ne pourrais pas te les décrire, les mots me manque, navré, saches simplement que le bambin que tu as là en détient une en lui. Et il verra lui aussi, un segment d’une autre réalité qui nous permettra de nous déplacer le long de la sente incertaine Conclu-t-il. Je ne pourrais bientôt plus parler comme je le fais maintenant, juste, fais-moi confiance petite…
Regardez Doyen ! Il s’éveille !
Il… Oui… Murmura-t-il en sachant que cela sonnait le glas de sa jouissance de parole et laissait place à son habituel idiolecte restreint. Ses yeux se reposèrent sur le bambin comme on baisse les yeux les jours de deuil, son regard croisant le sien, mais dans un kaléidoscope de larme.
Il existe dans le Mondre, une position à chaque chose, à cet instemps, par le hasard de l’inconnu, c’est le regard de Sayra que le chérubin croisa. Comme un ange sur la gosse. Une étoile dans les yeux.
Tu t’appelleras Sulb’As ! En mémoire à mon sauveur et ami…
Na. Quoi??

Trois cycles s’écoulèrent depuis la mise à vie du bambin et le jour était arrivé pour eux d’arriver au porte de la sente incertaine, Sayra avait muri et bien qu’elle voulait retourner auprès de ses amis et du fleuve de l’Est, sa vie ici avait pris un but de plus grande ampleur. Elle s’était toujours opposé au voyage avec le petit As, son petit ange, mais le Doyen se faisait de plus en plus sénile et la peur de ne pas voir son rêve de traversé abouti, le rendait dingue. Sayra avait donc cédé à son caprice. Les surprises quotidiennes avec lui en trois cycles n’avaient pas été de tout repos, surtout le jour ou elle découvrit son élevage d’abomination terrestre, les mêmes races de créature qui avaient massacré sa phratrie. Ce fut un choc et un grand pas que de surmonter sa peur, les toucher et les enjamber. A cet instant même, alors qu’ils s’avançaient dans un paysage de roche, elle avait peur. Peur de ces monstres. Peur de l’inconnu, d’une dimension qu’elle n’avait jamais compris malgré les tentatives du Doyen ou les dessins du petit. Comme un spectre de vision dont la courbe, maladroite, sautait sur d’autre plan. Mais pour elle ça se ne se résumait qu’à écouter leurs onomatopées, suivre leurs regard, leurs mouvement, marcher dans leurs pas, imiter leurs foulées. Théoriquement.
On ï es’t ! S’exclama le vieux. Tout en ramassant un caillou du sentier qui paraissait lourds comme deux sauts d’eau au yeux de Sayra… Mais l’ancêtre poursuivit :
Regar’de… Lançant le petit caillou au sol, roulant, heurtant, grossissant comme par magie d’un bras de haut avant de rapetisser de nouveau et disparaitre.
Que… Le souffle au vent, la bouche à gober du sable. Où est-il partit? Demanda-t-elle, question à laquelle le Doyen répondit d’un haussement d’épaule. Surprise de voir Sulb’As rigoler, étonnée de le voir tendre la main dans le vide.
As. Au sol. Invita le vieux, heureux de constater que le petit savait où se trouvait la pierre, le voyant soulever le vent, et le jeter sur le pied de Sayra.
Aïe ! Oh ! Dans la douleur, la jeune fille avait compris le sens du mot incertain. Et l’inconnu prenait une toute autre tournure. Elle serait aveugle dans un Mondre de reliefs périlleux. Si loin qu’elle pouvait regarder, les mirages formés à l’intersection des cols, des figures cassantes, des colonnes de roches n’étaient rien puisqu’elle ne pouvais en voir qu’une fraction. L’heure qui suivait était faite de contournement, de saut, et bientôt de bons. Elle avançait parfois un pied soutenu par le vide, et parfois sa main disparaissait sur le rebord d’une falaise. Elle se tapait la tête sur quelques stalactites invisibles, qui une fois cassé roulaient visibles à ses pieds. Mais voir une des cinq créatures tomber et disparaitre sur un sol plat en s’écartant de la sente et ne pas revenir fut pour elle le phénomène de trop.
Elle est où la Salaméandre?
Ailleurs.
La vieille branche continuait sa route en tête avec une créature devant et derrière lui, pareil pour elle et son ange qui lui tenait la main. L’air inquiet. Le vent sentait différent maintenant, comme si l’air avait pourrit. Les brises filaient en blocs sur sa peau et son centre de gravité pouvait changer d’une seconde à l’autre…
ALLONGER ! Cria le vieux qui s’exécuta d’un trait, très rapidement suivi par Sayra qui tira l’As et une créature vers le sol farineux. Elle pouvait voir son pouce traverser la matière comme un bâton dans l’eau. La seconde d’après un bruit fracassant se fit entendre à des lieues de leur position, mais l’effet catastrophique à leur niveau. La fille vit une des quatre Salaméandre se tordre comme un vulgaire chiffon et propulsé à une vitesse incomparable avant de disparaitre elle aussi dans ce qui ressemblait à un ciel parsemé de morceaux de pierres, de figures ineffables. Elle cria de frayeur et Sulb’As l’immita
On ne peut pas continuer ! S’efforça-t-elle de dire les yeux cernés d’un rouge sang. Je ne veux pas continuer.

Rien n’a de sens.

Si. Rétorqua l’ancêtre sénile, pensant arriver à ses fins.
Mais vous attendait quoi? Qu’on y passe tous? Qu’il ne reste plus aucune monture? La nuit va arriver, je ne compte pas dormir ici ! Vous m’aviez dit que ce serait rapide ! Elle continua de lui crier dessus durant plusieurs minutes, accompagné par intermittence des cris stridents de l’enfant. Mais rien n’y changeait, le vieux était devenu sourd, et elle pouvait littéralement sentir ses pas sur dos alors qu’ils s’étaient remit à en marche. Les heures chassèrent les minutes, mais la notion du temps avait disparu dans certains de ses pas, les souvenirs commençait à se mêler à la folle ascension, créant des images illusoires, des sensations désagréable et des retours en arrière. Les directives d’actions s’amplifièrent, la peur et l’incompréhension contrairement au nombre de salaméandre qui ne faisait que décroitre. Et puis la vue était devenu désuète, même pour la branche tordue qui trainait son corps comme une larve, entrant dans des tunnels déformant le « paysage », les tailles ne voulaient plus rien dire, seul perdurait le contact d’une main contre l’autre. Seul comptait, sa main.
L’As ! Là ! Ordonna la chose désarticulé que le vent peinait à faire miroiter. Toute visibilité arrière était impossible, les mollets brulaient, les doigts souffraient, le moral se perdait quand après 5 longues foulées la distance parcouru n’atteignait pas un bras d’étendu. Les sensations de chute, les sens délurés. Et la tête prête à exploser. Une créature mourut car une branche apparu au beau milieu de son crane, une autre car elle bu dans une flaque d’eau et l’eau la traversa de part en part sans raisons apparentes. Il n’en restait qu’un, accolé ou tangent aux particules démesurés qui servait de point de repère. Plus ils avançait et plus le champs de vision se réduisait…
L’AS ! LÀ ! Cria t-il plus fort encore, mais le son était à des lieues d’être entendu, et il lui fallait réitérer une vingtaine de fois sous différent angle pour espérer se faire entendre par la particule en aval. Les syllabes comme deux vielles amies, se perdaient par bribes, comme on dénoue le fil d’une veste, pour se retrouver capter par une oreille qui eut le malheur de se perdre de l’autre côté. Tout était mouvement.
Sulb’As tu restes là, tu ne me laches pas. Ni même elle ne pouvait comprendre ce que ses bouches articulaient. Alors comment le pourrait-il? La main de l’enfant traversa la sienne comme une poussière dans un rayon de lumière.

Comme il est simple pour un enfant de ne pas être en phase avec la réalité, et certains événements prennent souvent une dimension décalée.

Il m’a lâché.

SULB’AS ! REVIENS-MOI ! Cria t-elle de plus belle tandis que sa voix s’étouffait dans la grêle aux milles formes, ses larmes comme des poignards venait fendre le ciel comme les plus lourdes stalagmites. Ses ongles empilés sur ses doigts qu’elle ne pouvait voir, déchiraient la craies et formaient des volutes en cascade, gelées ; qui n’en finissaient remplir ses yeux. Le sol s’écroulant, la gravité s’affaissant, le temps se dilatant de tout sens. Comme ralentie et empêchée, son corps distendu, cherchait la géodésique.

Elle rampa.
Et elle cria.

˙ɐdɯɐɹ ǝןןƎ
˙ɐıɹɔ ǝןןǝ ʇƎ

˙ɐdɯɐɹ ǝןןƎ
Et elle cria.

Quand
soudain.

«Mamain»

Un son qui sonna comme une délivrance aux oreilles de Sayra,
qui d’un balayage des espaces attrapa la main de son ange.
Et dans la continuité du mouvement se retourna vers la
sombre désescalade des souvenirs,
avec comme seul repère,
poussière.

Elle pouvait encore entendre les cris lointain du Doyen.

«L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥

L’As qui en rigole.
Alors qu’il neige.
˙ǝƃıǝu ןı,nb sɹoן∀
˙ǝןoƃıɹ uǝ ınb s∀,˥
»

Comme un appel à l’aide,
Comme un appel au but,
Un but de grande ampleur.
Mais.

Il existe dans le Mondre,
une position à chaque chose,
à chaque instemps.

Le flocon à cinq branches,
Aime à être.

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