Le don d’Isaure

Il suffoqua. Le taux de dioxygène dans l’air avait encore augmenté, d’une quantité infime que seules des narines d’Archéen pourraient détecter. Liam frissonna presque en sentant une brise bien trop tiède caresser son crâne nu. Atteignant le col qu’ils devaient emprunter pour se rendre vers la Grande Verte, il se retourna et embrassa du regard Terra, la cité de pierre et de métal, illuminée par les flamboiements de la lave coulant paresseusement sur les pentes du volcan nord.

Liam reprit sa marche ; son unité s’éloignait. Le sac de fer ferreux tirait sur ses épaules, les broyant lentement.

Au bas de l’autre versant du mont les attendait un train pour la Grande Verte dans lequel s’entassaient les porteurs au dos chargé de fer. Cinq fois par jour, cinquante unités embarquaient à bord de la machine oblongue pour aller déverser le contenu de leur sac dans la mer. Cette mesure avait été mise en place trois ans plus tôt, lors d’un pic de dioxygène particulièrement catastrophique qui avait forcé le gouvernement à lancer l’éruption de deux volcans supplémentaires. Elle permettait du même coup la cohésion sociale de Terra.

Alors que le train parcourait la côte, les unités de travail chargées de détruire les stromatolithes levaient à peine les yeux pour le regarder passer. Liam soupira à la pensée de tout le dioxygène que ces stupides bosses calcaires construites par des cyanobactéries, des organismes infiniment plus petits que les Archéens, rejetaient à chaque instant.

Ses yeux errèrent au gré des flots verts un moment puis il détourna le regard avant qu’il ne sombre dans les profondeurs de l’eau.

Le train ralentit puis s’arrêta. Les porteurs montèrent dans de larges embarcations amarrées au quai de pierre rouge et polie. Chacune pouvait transporter vingt d’entre eux.

Liam laissa cette fois-ci ses yeux s’immerger dans les gouffres qui s’ouvraient loin sous la surface calme et verte de l’océan. Le fond était jonché de débris d’un rouge terni par l’épaisseur aqueuse qui les séparait de la vue des porteurs.

De concert, ces derniers déversèrent le fer contenu dans leur sac. Liam, plus fasciné que jamais, regarda les morceaux sombrer, semblables à une pluie d’étincelles dans laquelle se perdait la lumière vive du soleil, avant que la limaille n’y échappe, s’enfonçant dans les ombres de quelque rocher.

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