LE DERNIER CAFÉ

Je sillonne les rues, les mains dans les poches et le cœur gros. Je lève la tête et je te vois au loin. Le vent printanier caresse ton visage. Tu t’éloignes de plus en plus. Tu tournes le coin de la rue et je te perds de vue. Je ne sais pas si je dois te courir après ou attendre que la poussière retombe.

Je me remémore l’événement de la veille. J’étais en train de mettre la touche finale à mon prochain texte quand tu m’as appelé pour me demander de te rejoindre au café du coin la soirée même. J’ai accepté, bien entendu. Une heure plus tard environ, j’arrivais au café. Bondé comme à l’habitude, je t’ai cherché du regard. Je t’ai aperçu au fond. Quand je t’ai rejoint, j’ai tout de suite réalisé que ça n’allait pas bien. Tu étais toujours aussi jolie que la première fois que je t’ai rencontré ici-même. Les même grands yeux bleus et ce même visage angélique qui m’a fait ramollir les jambes à notre première date. Par contre, ce soir-là, ton sourire éblouissant ne m’accueillait pas comme à l’habitude.  »Qu’est-ce qui ce passe ? » demandais-je inquiet.  »Je t’ai commandé un café 2-2. » que tu m’as répondu en ignorant ma question. Je t’ai remercié et un silence gêné s’était installé.

Tu as finalement brisé ce silence en me regardant dans les yeux, l’air toujours sérieux, et tu m’as dit:  »Écoute, tu es un super bon gars. » Pour avoir vu beaucoup trop de films et de séries télé, je savais exactement ou cette discussion s’en allait et ce n’était pas une demande en mariage! Tu as continué en m’annonçant que tu avais rencontré un gars, Joshua, dans une soirée bénéfice il y a de ça trois semaines. Tu n’avais pas prévue tomber sur son charme mais vous vous êtes recroisés dans d’autres rencontres liées à ton travail et ça cliqué encore plus entre vous deux.

Plus que tu avançais dans ton histoire, plus que je t’entendais de moins en moins ta voix. Je commençais à fulminer à l’intérieur. Je tremblais si fort que j’ai dû déposer mon café. Je ne l’avais pas vu venir celle-là. À peine deux jours plus tôt nous étions si heureux. On magasinait mains dans la main, le sourire accroché aux oreilles. Le monde autour ne semblait pas exister. Il n’y avait que nous deux. Jusqu’à maintenant.

Tu m’as demandé si j’allais bien. Quelle question! Tu le voyais dans ma face pourtant. J’étais furieux. Tu as fini par le réaliser. Tu t’es excusé. J’étais tellement pris dans mes émotions que je n’avais pas réalisé que tu avais les yeux pleins d’eau. Les deux on ne parlait plus. J’assimilais l’information et toi tu ne savais plus quoi dire. Nous mettions un point final à nos trois années de relation ici même, dans un café, entouré de gens qui avaient le visage enfoui dans leurs ordinateurs portables. Tu t’es levé, a déposé ta main sur mon épaule et tu m’as quitté.

Je suis resté assis un bon moment à contempler mon café qui était devenu froid. Quand j’ai décidé de partir à mon tour, je sentais comme si tout le monde autour de moi était au courant de ce qui venait de se passer. Je me souviens d’avoir ressenti de la honte même si bien sur, personne autour savait ce que je vivais. J’ai sauté dans ma voiture et en la démarrant, je me suis mis à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je me suis surpris moi-même car je ne me souvenais pas de la dernière fois que j’avais pleuré autant.

****

Je  me suis mis à courir pour tenter de te rejoindre. Pour être franc, je ne sais pas pourquoi. Je n’avais pas vraiment de question sauf peut-être pourquoi. Je voulais savoir la raison autre que le fameux Joshua. Quand j’arriva au coin de la rue, tu n’y étais plus. Peut-être que ce n’était pas toi finalement. C’était surement une illusion. J’ai sorti mon téléphone portable et j’ai ouvert tes textos. Le dernier remontait à deux jours plus tôt et tu m’avais écrit que tu étais fier d’avoir fini ta session. Tu étais prête pour les vacances. Je commença à écrire mais je m’arrêta aussitôt. J’attendrai. Je ne suis pas dans le meilleur état je crois.

Une pluie fine débuta. C’était le signal pour moi de rentrer. Contrairement à Mario Pelchat, je ne voulais pas pleurer sous la pluie. Je me dis que je te rappellerai plus tard. Ou pas…

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