la tombée

la tombée

L’ennui est une bouteille de rouge sans fond. Je suis assis immobile dans le froid du sous-sol, des araignées dans la bouche, ces chatouillis de grenache accrochées à mes gencives. Sourire est déjà noir, imprimé sur lèvres craquelées, tagué de grenat. Les nuits d’ivresse deviennent éternelles, Melody Nelson zone alentour du mystère ancestral ; l’ivresse vestige des bons vins, vieillards agiles, allures de bons textes sous verre ; on en distingue le fond vaguement au départ, avant d’éprouver le vide. Il faut boire et boire encore pour faire disparaître les fausses sensations, les épaulettes idiotes et les faciès divers, le corps compact noué de stress, d’heures fixes aux marches rapides utiles plus que leurs inutiles causes : on ne fait point de dégustation non non et le serveur parlerait patois s’il en savait des bribes, des restes enfouis de conversations grands parentales peut-être, mais l’espoir est un cotel aux allures de mince lamia.

A l’autre bout la tôle de la porte entrouverte s’exerce au vertical balayage venteux, ensemble de sifflements et grincements de grande paupière bercé par le doute mécanique de l’époque, comme si les brèves glissaient sur le métal jusqu’à la douleur, jusqu’à établir à mon œil le plus influençable la sale similaire impression d’impuissance. Une gueule béante afin d’expulser la fumée et inviter les fantômes à l’intérieur de l’énorme galerie jamais peinte en dix ans, des moellons sur des moellons et parfois un bardé d’une référence prêt à sortir du mur accompagné de ses sbires comme autant de tiroirs. Les étagères, rien de plus que d’inégales planches derrière des vitres de toiles d’araignées. Les fantômes sont l’entre-deux vers l’autre, en puissance, cela n’a aucun sens mais cela nous prouve chaque jour par l’absurde que le sens tu peux te le foutre au cul, et avec la constitution des droits de l’homme si y reste de la place ; au travers d’écrans souvent nous sommes convaincus par d’autres fantômes, les corps inconnus découverts par la mort même dont on sanctifie la chair, chaque jour des fosses et des fosses derrière une paire de fossettes, et en face rien de plus que des esprits transformés à la guise des patrons de tel ou tel groupe, tantôt en armes ou en armée, haine pointée sous le présentateur au verbiage insensible, politisé, désincarné, actuel, dénué de toute forme de recul sous une couche de maquillage et encore plus d’éclairages, ce nouveau masque du siècle, figé, lissé dans le but d’anéantir l’expression, un bras d’honneur plein de manichéisme aux traits tirés des antiques têtes théâtrales. Qu’ont-ils fait du théâtre?

J’attends dans le canapé de ces coulisses sans salle mon chat mort. Que reste-t-il sinon les taches tricolores transitant du cortex à la rétine, du cœur à l’étrier, les miaulements entendus à l’autre bout du sous-sol pour lesquels désormais je ne me lève plus, des constellations d’ambre de blanc et de noir saupoudrés sur ses itinéraires de revenant, les poils de sablier laissés pendant les siestes entre les pattes de centaine de femmes erratiques accrochés à mon plafond, tombées dans un des palais du crane, celui où la mer ronronne sans fin sur la sable léché parcouru par les écrivains dont certains sont plus femme que certaines des femmes du palais ; d’autres sont d’authentiques femmes et reflètent parfois des parcelles d’océan semblerait-il, quand certaines deviennent un horizon vu d’un angle précis, pendant que d’autres parcourent la distance entre les points. Des mondes miroitent entre leurs paires d’yeux et les miens attaqués par le sang et la fumée, entre les lèvres d’où naissent les ponts baignés dans le sang, et le mouvement, le mouvement, le mouvement… entrée en résonance du tout.

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