La découverte ou l’ignorance

« Lie » de Black Light Burns donnait le ton de cette soirée. Jonas laissait ses mains
parcourir ce corps qui lui était offert.

Partant de cette cambrure ô combien
désirable, elles remontaient du creux des reins jusqu’aux épaules en décrivant des
arcs de cercles puis redescendaient en totale perdition le long de la colonne
vertébrale. Il entreprit le même voyage mais cette fois-ci avec sa bouche qui
embrassait délicatement les mêmes zones qu’on pourrait qualifier d’érogènes.
Zoé se retourna et vit les yeux de Jonas empreints d’une excitation qui, à ce
moment-là, était à son comble. Plus rien n’existait autour. Ils ne voyaient rien que
l’autre. Ils n’entendaient rien que la respiration accélérée de l’autre. Elle se dégagea
de l’emprise de Jonas et le fit basculer violemment en arrière pour se retrouver sur
lui. Elle le voulait. Entièrement. Passionnément. L’enchevêtrement des corps
prenait forme. Zoé imposait le rythme de ses va-et-vient, les yeux révulsés pendant
que les mains de Jonas tenaient fermement son fessier. Il s’assied pour se
rapprocher d’elle. Ses mains avaient laissé ses jolies fesses pour recommencer le
parcours initial. Leurs yeux se croisèrent et leurs lèvres se rejoignirent dans une
transe chamanique. Le laisser-aller de leurs deux corps les soulevait de terre pour
les emmener dans un ailleurs. Leur ailleurs. Leurs oreilles bourdonnaient de plaisir
jusqu’à penser que leurs tympans finiraient par exploser. Les battements de leurs
cœurs résonnaient dans toute la pièce et donnaient l’impression que toute la ville
pouvait les entendre. Zoé fit à nouveau basculer Jonas en arrière et enserra ses
mains des siennes comme pour le rendre prisonnier de ses moindres désirs. Elle
l’embrassait tout en maintenant ce rythme saccadé qu’elle exerçait avec son basventre. Jonas n’en pouvait plus et tenta bien de retarder l’échéance souhaitée. Un
dernier pas de danse de Zoé, plus violent et plus rapide, acheva la résistance de
Jonas. Il explosa intérieurement alors que les cris de Zoé se faisaient de plus en plus
forts. Une jouissance extrême de quelques secondes qui parurent une éternité. Mais
quelle éternité ! Ereintée, Zoé s’allongea sur lui en embrassant son torse, son cou,
croquant au passage son menton pour finir sur les rivages de ses lèvres salées. Leur
sourire béat notait juste le plaisir qu’ils venaient de se donner. Les battements de
leurs cœurs ralentissaient pour retrouver, petit à petit, un rythme plus normal. Ils
restèrent de longues minutes dans cette position, à ne penser à rien. Juste à
savourer ces quelques instants de bonheur et de tendresse. Ils s’endormirent dans
les bras l’un de l’autre avec un sourire qui ne les quitta pas.
Jonas se réveilla tôt. Il embrassa Zoé sur l’épaule et la recouvrit avec la couette
avant de se lever. Il prit sa douche et se fit un café qu’il avala en deux gorgées,
manquant de se brûler l’œsophage. Il avait rendez-vous en ville avec un homme
qui, selon ses dires, avait un travail pour lui. En cette période de disette, il ne fallait
pas faire la fine bouche et tout moyen de gagner quelques billets était bon à
prendre.
Jonas arriva au point de rendez-vous avec quelques minutes de retard. Un homme
en costume cravate était attablé devant un thé en terrasse. D’un regard appuyé,
Jonas sût que c’était son interlocuteur. Il s’assied à la table et attendit que le serveur
arrivât pour commander un jus d’orange et un grand café.
— Mon commanditaire a un travail pour vous ! démarra l’homme en question.
— Votre commanditaire ? répondit Jonas, un brin surpris par cette entrée en
matière.
— Cette personne m’a chargé de dénicher un exécutant pour effectuer ce
fameux…travail ! ajouta l’homme.
— Et pourquoi moi ? fit Jonas.
— Toutes mes recherches et mes enquêtes, naturellement très discrètes, me
ramènent à vous. Vous êtes le point de convergence ! dit l’homme avec un bref
sourire.
— Oh ! Quel privilège ! s’amusa Jonas. Et quel est donc ce job que fait de moi ce
fameux point de convergence ? ajouta-t-il.
— C’est un travail bien payé donc avec des risques, je tenais à vous le dire en
préambule ! dit l’homme. Connaissez-vous Cryolab ?
— Non ! répondit Jonas. C’est quoi ?
— Une petite société familiale de recherches scientifiques, rien de plus banal en
somme. Mon commanditaire souhaite faire passer une loi qui ouvrirait la possibilité
d’intensifier ces recherches scientifiques et de faire tomber ces fameuses barrières
éthiques et morales qui empêchent actuellement tout avancée significative dans ce
domaine. Cette loi doit passer, à n’importe quel prix ! expliqua l’homme.
— Dans ce domaine ? Dans quel domaine ? demanda Jonas.
— La cryogénisation, le début de l’immortalité ! répondit l’homme.
— Rien que ça ! Et en quoi puis-je vous être utile ? demanda Jonas.
— Disons que nous aimerions que ces hommes d’influences qui ont l’oreille des
députés, voire même ces députés, comprennent tout l’intérêt de cette loi. Pour
l’existence de l’être humain à commencer par la leur, si vous voyez ce que je veux
dire ? dit l’homme en regardant fixement Jonas.
— Je vois très bien ! Quelques petits coups de semonce en somme ! Histoire
d’attirer leur attention ? De leur expliquer sans leur dire explicitement qu’ils doivent
œuvrer pour le bien de l’humanité ? C’est bien cela ? répondit ironiquement Jonas.
— Je vois que vous comprenez vite ! dit l’homme, satisfait de la réponse de Jonas.
— Question argent ? Comment s’organise-t-on ? demanda Jonas.
— Vous aurez un premier versement demain matin. Et voici toutes les
informations nécessaires à la bonne exécution de ce travail ! dit l’homme en tendant
une enveloppe Craft à Matteo.
— Un versement ? Mais où ? Vous ne connai…
— … Nous savons où vous habitez ! coupa l’homme en se levant. Nous savons
tout de vous ! Ce premier versement vous assurera du sérieux de notre demande !
ajouta-t-il.
— Comment dois-je vous appelez ? fit Jonas.
— Appelez-moi Louis ! dit l’homme en partant, laissant Jonas seul avec ses
interrogations.
Matteo patientait depuis maintenant ½ heure devant une laverie automatique qui
faisait l’angle de deux rues. Fumant une cigarette, il faisait les cent pas sur le
trottoir. Une voiture se gara devant la laverie. Matteo prit sa cigarette entre son
pouce et son majeur, la jeta et monta dans le véhicule. Il sourit à Jonas qui démarra
en trombe.
— Alors ce job ? demanda Matteo.
— Zoé et toi en saurez plus ce soir mais à priori il devrait y avoir un peu d’oseille
au bout à se partager ! répondit Jonas.
Matteo sourit et se frotta les paumes des mains. Jonas lui sourit également.
— Matt ! fit Jonas. Le taf est compliqué et pour tout dire inhabituel !
— J’ai hâte d’en savoir plus ! dit Matteo, tout excité. Je te paie le petit déj en
attendant !
Zoé se réveilla et, après une petite mise au point nécessaire afin de sortir de sa
léthargie, se leva pour constater le champ de bataille qu’était devenue sa chambre et
surtout son lit. Elle sourit en se dirigeant vers les toilettes. Alors qu’elle libérait sa
vessie, elle pensa à Jonas et sourit de nouveau. Elle se leva, tira la chasse d’eau et se
dirigea vers la salle de bain où elle constata dans le miroir qui lui faisait face, que le
champ de bataille avait également investi son visage. D’une moue dubitative, elle
enleva son t-shirt et sa culotte afin de prendre sa douche.
Après quelques minutes à se maquiller afin de donner le change envers celles et
ceux qui allaient croiser son chemin aujourd’hui, elle prit son téléphone et vit que
Jonas lui avait envoyé deux textos. Elle lut le premier qui disait tout simplement
que toute l’équipe avait rendez-vous ce soir à 20h au Paddy’s. Le second était plus
personnel : T’emballes pas mais c’était plutôt pas mal cette nuit ! accompagné d’un smiley
qui fit sourire à nouveau Zoé. Elle lui répondit en lui adressant un doigt
d’honneur !
Zoé était comme ça. Elle avait eu une enfance et une adolescence plus que
compliquée, marquée par un père absent, une mère débordée par son travail et un
beau-père beaucoup trop présent selon elle. Beaucoup trop. Elle ne souhaitait pas
trop s’épancher sur le sujet. Seul Jonas connaissait toute l’histoire. Elle avait monté
sa propre start-up dans le commerce en ligne, le point de départ de sa nouvelle vie.
De temps en temps, elle s’accordait des pauses en s’occupant de la logistique des
coups que montait Jonas. Elle savait ce qu’elle risquait si elle se faisait prendre mais
l’adrénaline était sa came. Ce qui la rendait vivante. Et puis ni Jonas ni Matteo ne
lâcheraient son nom s’ils se faisaient coffrer ! Zoé ouvrit son ordinateur et débuta
sa journée de travail.
La journée passa vite. Zoé bossait pendant que Matteo et Jonas réglaient deux ou
trois affaires en cours. Ces deux-là s’étaient bien trouvés. Deux petites frappes qui
s’en mettaient plein les poches en multipliant les petits jobs qui n’avaient rien
d’étudiants.
20h approchait quand Zoé entra dans le pub le Paddy’s. Comme d’habitude, elle
était la première au rendez-vous. Elle se dirigea vers la salle qui se trouvait à l’étage.
C’est là qu’ils se retrouvaient avant chaque coup. Elle s’assied et le serveur lui
apporta sa commande, une bière et un shot de tequila qu’elle plongea dedans. Elle
but une première gorgée qui lui fit un bien fou. Elle entendit des bruits de pas et de
rires dans l’escalier. C’était Jonas et Matteo. Pour une fois, ils n’avaient que deux ou
trois minutes de retard. Matteo salua Zoé d’une bise sur la joue. Jonas d’un baiser
appuyé.
— Bon ! voilà le deal les amis ! dit Jonas. Un gars prénommé Louis et qui travaille
pour un laboratoire scientifique m’a contacté il y a quelques semaines pour me
proposer un job. Ce job le voici ! ajouta Jonas en jetant l’enveloppe sur la table.
— Et ? fit Zoé.
— Des politiciens et des lobbys empêchent ce laboratoire de développer leurs
avancées technologiques. Cette société souhaite faire passer une loi les autorisant à
le faire ! répondit Jonas.
— Et nous ? On intervient comment ? dit Matteo.
— On fait pression sur certaines personnes dont les identités se trouvent dans cette
enveloppe. Tout simplement ! fit Jonas en souriant.
— Pression ? dit Zoé. Et comment ? On leur fait peur ? On passe devant l’école de
leurs mômes et on leur envoie les photos ? C’est quoi le délire ?
— C’est ça ! On leur file une petite frousse et c’est bonnard ! asséna Jonas.
— Ouais ! C’est qui ces mecs ? Des politiciens, c’est ça ? Pfff ! Sérieux Jonas ! Je
préfère braquer Fort Knox ou encore enlever le Saint-Père au Vatican ! fit Matteo.
— Laisses tomber Matt ! dit Zoé. T’as vu ses yeux ? Il est déjà parti ! Je connais ce
regard, crois-moi ! ajouta-t-elle en regardant Jonas qui souriait.
— Au bout du chemin, un paquet d’oseille nous attend ! C’est tout ce que je vois !
répondit Jonas. Bon ! Vous en êtes ?
— Bah forcément ! dit Matteo. Ça n’enlève rien à la folie du projet, c’est tout !
Jonas se retourna vers Zoé, attendant son retour.
Zoé acquiesça et bu une seconde gorgée de son breuvage.
— Bien ! fit Jonas. Passons aux quatre heureux élus qui méritent dorénavant toute
notre attention.
Il décacheta l’enveloppe et en sortit des photos accompagnant un bref aperçu de
leur vie.
— Le premier est Baptiste Devereaux. Député conservateur. Il était en tête du
cortège de la Manif pour Tous. Ça situe tout de suite son état d’esprit quant aux
avancées technologiques médicales. La seconde est Mathilde Bossuet. Elle travaille
pour un think tank proche du parti de Devereaux. De joyeux drilles portés sur le
religieux ! Le troisième bosse avec Mathilde Bossuet, il s’agit de Tiburce Saltury !
Rien que le prénom me fait flipper ! C’est une des éminences grises du think tank.
Un furieux, limite créationniste, vous savez ceux qui remettent en cause la théorie
de l’évolution de Darwin et qui réécrivent l’histoire en l’enseignant à leurs chères
petites têtes blondes. Quant au dernier, Hippolyte Magniens, c’est le secrétaire
général de l’Elysée ! Rien de moins ! Bon là je vous avoue que ça va être coton
quand même ! Des questions ?
— Alors là chapeau ! dit Matteo. La crème de la crème !
— Tu parlais tout à l’heure d’une loi, elle doit être présentée quand précisément ?
demanda Zoé.
— C’est là que ça devient excitant ! fit Jonas d’un ton sarcastique. Dans deux jours !
— Deux jours ! s’écria Matteo. Mais on fait comment ?
Zoé hocha la tête de gauche à droite en guise de réponse. Ce genre de hochement
qui veut dire : Mais t’es barge mon vieux !
— Calmez-vous un peu ! Le travail nous est facilité. Trois d’entre eux seront
ensemble demain soir au siège du think tank. Seul Devereaux manquera à l’appel. Il
sera au même moment à l’hôtel Radisson pour une conférence sur l’Egypte, une de
ses marottes. C’est là que tu rentres en scène Zoé !
— Et je fais quoi ? Je le crève au plumard pour pas qu’il aille voter le lendemain ?
dit Zoé en souriant.
— Presque ! fit Jonas. Tu t’arranges pour qu’il te remarque, tu lui dis que tu es
journaliste et que tu voudrais l’interviewer tranquillement dans une chambre que j’ai
déjà réservée. Tu le séduis. Il ne résistera pas, je le sais. Il y aura une bouteille de
champagne dans un seau sur la table. Tu lui sers une coupe dans laquelle tu auras
versé du Mogadon, un somnifère. Dès que c’est fait, tu me préviens. Mattéo et moi,
on aura normalement fini avec les trois autres gusses. On arrive, on le ligote, on le
bâillonne et on l’exfiltre de l’hôtel en le mettant dans un chariot à linge.
Chargement dans la camionnette et on file vers l’entrepôt. Les trois autres auront
normalement eu la peur de leur vie. Ça devrait suffire.
— Et si ça ne suffit pas ? demanda Matteo.
— On devra alors passer à l’étape supérieure ! répondit Jonas, le plus sérieusement
du monde.
— On va pas les buter ? C’est pas ça ton étape supérieure quand même ? dit Zoé.
Jonas ne répondit pas, se contentant de répéter à Zoé ce qu’elle devait faire demain
soir. La soirée fût longue à mettre au point le plan pour les trois autres. Une fois les
contours de celui-ci établis, ils décidèrent de rentrer se coucher. La journée du
lendemain allait être chargée. Il fallait se reposer.
Matteo et Jonas attendaient le moment propice pour mettre leur plan à exécution.
Ils patientaient dans la voiture, sûr d’eux et de ce qu’ils allaient faire. Zoé était
arrivée à l’hôtel et assistait à la conférence, non loin de Devereaux, assis au premier
rang. Pour le moment, tout se déroulait comme prévu.
La journée avait défilé à une vitesse folle, tout occupés qu’ils étaient à régler les
derniers détails de leur plan. Jonas regarda l’heure inscrite sur le cadran de la
camionnette de location. Il était 21h30, il fallait lancer les hostilités. Jonas sortit du
véhicule et se dirigea vers l’entrée du bâtiment où se trouvaient les destinataires de
l’enveloppe qu’il tenait dans sa main droite. Matteo avait acheté un téléphone
portable mais pas de ceux que l’on appelle communément un smartphone. Il avait
acheté un vieux téléphone et en attendant, jouait au jeu du serpent, c’est vous dire
l’ancienneté de l’objet mais cela suffisait amplement pour l’utilité qu’ils en avaient
décidé. Pendant que Jonas déposait l’enveloppe devant la porte, Matteo fit partir
une première salve de sms aux trois cibles. Le message était laconique : La vie nous a
été donnée. Elle peut être interrompue ou prolongée selon le chemin que chacun d’entre nous prend.
N’écourtez pas ce qui est déjà court par essence. Faites-le pour vous mais également pour vos
proches, vos enfants, vos amis…
Jonas et Matteo avaient passé la journée à prendre des photos des proches de
Mathilde, Tiburce et Hippolyte. Ils avaient noté leurs déplacements, leurs
habitudes, les lieux où ils se rendaient. Ils espéraient juste que ce sms suffirait.
Qu’ils ne seraient pas obligés de passer à cette étape supérieure qu’avait évoqué
Jonas hier soir.
Zoé vit qu’une place s’était libérée à côté de Devereaux. Elle se leva, se rapprocha
du premier rang en s’excusant pour la gêne occasionnée et s’assied enfin à côté de
lui. Elle le salua et lui sourit. Devereaux lui rendit son sourire. Zoé était superbe
dans sa robe qui faisait ressortir ses formes que Jonas aimait particulièrement.
Devereaux la regarda à nouveau et desserra le nœud de sa cravate comme pour
chercher un second souffle.
La conférence prit fin et les deux se levèrent. Zoé prit ses affaires et fit en sorte de
bousculer légèrement sa proie en mettant son manteau. Elle se retourna. L’amorce
était lancée.
— Excusez-moi ! Je suis navrée ! fit-elle.
— Ne vous excusez pas, il n’y a pas de mal ! répondit Devereaux.
L’hameçon était en surface, le bouchon attendait de couler.
— Mais…Je vous connais, vous êtes Baptiste Devereaux, le député, c’est bien cela ?
dit Zoé d’un ton naïf.
— Pour vous servir ! répondit Devereaux. Et vous êtes ? ajouta-t-il.
— Blanche…Blanche Samarde. Je suis journaliste. Je suis venu pour écrire un
article sur la conférence de ce soir. Mais maintenant que je vous vois, je me dis que
je ferai bien des heures supp en vous interviewant. J’ai beaucoup de questions à
vous poser et je me verrais bien publier un portrait de vous ! Qu’en dites-vous ?
Baptiste Devereaux la regarda longuement sans dire un mot.
— Oh excusez mon audace ! Un homme comme vous doit avoir des milliers de
choses à faire et qui méritent certainement beaucoup plus d’attention qu’une petite
journaliste comme moi ! Je suis désolée ! Je vous souhaite une belle soirée ! dit Zoé
en tournant les talons.
— Non ! Restez ! dit Devereaux. Je peux trouver un peu de temps. Tout est
maîtrisé, organisé et calculé dans ma vie alors un peu de fraîcheur et d’inattendu ne
me fera pas de mal !
Le bouchon venait de couler. Il fallait maintenant fatiguer le poisson avant de le
sortir tout doucement de l’eau.
— Trouvons un endroit tranquille et je répondrais à vos questions avec un
plaisir non-dissimulé ! dit Devereaux en souriant à Zoé.
— Il y a trop de monde et je crains que le bar ainsi que le restaurant de l’hôtel ne
soient pris d’assaut. J’ai une chambre pour ce soir. Pourquoi ne pas y aller ? lança
Zoé en le regardant fixement.
Baptiste Devereaux desserra encore un peu plus son nœud de cravate. Sa
température corporelle venait d’augmenter de façon significative.
— Très bonne idée ! Je vous suis ! dit-il.
Cela faisait maintenant une demi-heure que le premier sms était parti. Ils avaient vu
quelqu’un sortir pour récupérer l’enveloppe quand Matteo avait envoyé le deuxième
message leur signifiant qu’une surprise les attendaient dehors. En voyant les photos
de leurs domiciles et de leurs proches, ils avaient dû prendre peur car leur réunion
qui devait se terminer tard fût considérablement écourtée. Jonas et Matteo eurent
un petit sourire de satisfaction en constatant la panique qu’ils avaient créé.
Un des trois personnages avait renvoyé un message, il s’agissait de Mathilde
Bossuet. Il disait ceci : Je prends conscience de notre passage sur Terre et souhaite le prolonger
aussi longtemps que possible…
Cela avait eu l’effet escompté, tout du moins chez cette Mathilde.
Un deuxième message arriva sur le téléphone de Matteo : Il est peut-être temps pour moi
de prendre quelques jours de congés en famille…
Il s’agissait de Tiburce Saltury. Restait maintenant le dernier, Hippolyte Magniens,
le secrétaire général de l’Elysée. Un homme important car influent. Mais rien
n’arriva.
Jonas reçu également un sms mais de Zoé : Bébé dort !
Jonas se tourna vers Matteo.
— On bouge ! dit Jonas en tournant la clé de contact. Les feux s’allumèrent et ils
roulèrent en direction de l’hôtel.
Zoé était prête. Elle alla récupérer la carte SD d’une minuscule caméra qui avait été
placée par Matteo avant que la tourterelle et le pigeon n’arrivent. Quelques
séquences filmées et photographiées où l’on voit Devereaux faire le paon en
essayant de charmer Zoé. Quelques baisers échangés avant qu’il ne tombe dans un
profond sommeil façon Sleeping Beauty, la belle au bois dormant.
Matteo et Jonas frappèrent à la porte de la chambre. Zoé ouvrit et les deux
compères chargèrent le pauvre Devereaux après l’avoir ligoté et bâillonné comme la
procédure l’exigeait.
Ils le recouvrèrent de draps et serviettes de l’hôtel et descendirent au garage afin de
charger leur cargaison. Une fois celle-ci chargée, la camionnette démarra en trombe.
Il fallait maintenant imprimer les photos et faire un double des vidéos. Au cas où !
Matteo s’en chargea dans la camionnette. Il avait amené pour cela une miniimprimante et un pc portable. En moins d’une heure, tout était prêt. Ils laissèrent
Devereaux dans un entrepôt désaffecté au sud de la ville en ayant pris soin de le
libérer de ses liens et de son bâillon. Une enveloppe contenant les photos ainsi
qu’un appareil photo avec la carte SD étaient posés à côté de lui. Son réveil allait
être rude ! Pour sa femme aussi si l’idée de bavasser aux flics lui passait par la tête !
Le premier versement avait bien été déposé dans une consigne et la clé déposée
dans la boîte aux lettres de Jonas. Maintenant que le job était fait, il fallait attendre
que la loi passe pour toucher le reste du magot. Mais un doute subsistait. Ils
n’avaient pas de nouvelles d’Hippolyte Magniens. Ils allaient bientôt en avoir mais
pas de la façon qu’ils pouvaient imaginer.
Ils prenaient un petit déjeuner bien mérité après la nuit qu’ils venaient de passer. Le
téléphone de Jonas vibra. Un numéro privé s’afficha. Jonas décrocha.
— Allo ? fit Jonas.
— C’est Louis ! Allumez la télé ! Maintenant !
— Jonas demanda au patron du bar d’allumer le téléviseur, de mettre une chaîne
d’info en continu et monter le son.
— C’est fait ! dit Jonas.
— Le Président vient de faire une allocution ô combien importante pour notre petite affaire ! En
ce jour de vote crucial pour l’avenir de notre société, il a ouvert la boîte de Pandore. On a gagné !
Son discours couplé à votre efficacité a eu l’effet escompté. Vous aurez le dernier versement une fois
la loi votée ! Merci ! Et qui sait peut-être à un de ces jours.
Louis raccrocha. Jonas annonça la bonne nouvelle à ses compagnons tout en
écoutant le discours du Président qui repassait encore et encore, entrecoupé
d’analyses effectuées par des consultants invités pour l’occasion sur le plateau de
l’émission matinale.
Matteo et Jonas quittèrent Zoé. Elle devait pour sa part retourner bosser. Son autre
vie. Celle d’une femme d’affaires.
Une fois les deux compères partis, elle patienta quelques minutes avant de voir une
grosse berline noire aux vitres fumées se garer devant le bar. Elle se leva, prit ses
affaires et se dirigea vers la sortie. Une fois dehors, elle s’alluma une cigarette,
ouvrit la porte arrière du véhicule et s’engouffra à l’intérieur. Le chauffeur demanda
la destination.
— Au bureau, Louis ! dit Zoé.
Louis regarda dans le rétroviseur, sourit à Zoé et acquiesça. La voiture démarra.
— On a gagné Madame ! fit-il.
— Ce n’est que le début d’une longue et périlleuse aventure, mon cher Louis !
répondit Zoé. Mais disons que maintenant plus rien ne peut nous empêcher de
lancer nos grands travaux ! ajouta Zoé en souriant alors qu’elle portait sa cigarette
aux lèvres.
— Pardonnez la question que je m’apprête à vous poser mais que devient Jonas
dans tout ça ? demanda Louis.
— Aucune indiscrétion entre nous Louis ! répondit Zoé. Je hais les hommes pour
tout ce qu’ils m’ont fait. Seuls deux ont mes faveurs. Vous et ce Jonas !
— Vous êtes amoureuse Madame ? ajouta Louis.
Zoé regarda par la fenêtre et constata qu’il pleuvait abondamment maintenant. Son
regard était perdu dans les gouttes d’eau qui ruisselaient sur la vitre. Elle se reprit et
regarda Louis.
Zoé se contenta de sourire en guise de réponse.
Cryolab pouvait maintenant grandir. Le programme Genesis allait bientôt voir le
jour. Et Zoé pourrait se venger à sa manière des horreurs qu’on lui avait fait subir.
Elle fit signe à Louis de monter le son de la musique qui passait à la radio : Imagine
de John Lennon mais reprit par le groupe Perfect Circle.
La voiture disparut dans la circulation dense en cette matinée pas comme les autres.
Une matinée qui mènerait inexorablement l’humanité vers la découverte ou
l’ignorance.
Fin

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