La capuche.Nouvelle.

Viré du cours de sport. J’hallucine. Ça va être la loose en rentrant chez moi. Cette poufiasse m’a collé deux heures mercredi prochain.  La tête de mon vieux…Si encore je n’étais pas obligé de lui faire signer mon carnet. Je ne l’ai même pas insulté, j’ai même pas craché par terre, j’ai pas regardé non plus par dessus le mur du vestiaire des filles. Rien de tout cela. Mes parents m’ont bien élevé.

Je suis arrivé ce matin un peu assommé par ma nuit passée sur le nouveau jeu que Tony, mon frère, m’a fourgué. Envie de passer les niveaux et de craquer ce jeu de ouf. D’un pas lourd, je suis allé au lycée. Ce matin deux heures de sport avec Madame Grossefesse.  Notre prof de sport, c’est la seule qui ne court pas pendant les cours. Elle reste assise sur une chaise, chronomètre à la main. Quand elle se déplace, des auréoles apparaissent sous ses bras. C’est dégueulasse. Au début de l’année, j’avais pitié. Très vite, Madame Grossefesse a pris plaisir à me refaire courir des tours supplémentaires. En souvenir de mon frère ainé. C’est injuste mais Tony et elle c’est une histoire qui se transmet à travers les générations. J’assume encore ses heures séchées, les insultes de fin d’année et le papier toilette qui a entouré sa voiture à la fête du lycée.

Donc à huit heures, j’avais pas vraiment la motivation mais je suis venu user mes nouvelles baskets sur la piste goudronnée de la cour. Madame Grossefesse ne m’a pas laissé poser mon sac. Elle a hurlé si fort que sa bouche s’est déformée «  Monsieur Martinez, votre capuche ». La première fois j’ai fait comme si je n’avais pas entendu. Elle me saoule avec ma capuche. Et puis à la troisième injonction, j’ai crié plus fort qu’elle «  S’il vous plait, Monsieur Martinez ! ».

Je pense que la leçon de politesse n’était pas au goût de Madame. Deux heures de colle, un mot dans mon carnet et une matinée sous le signe de la galère.

Qu’est-ce qu’elle a ma capuche ? Qu’est-ce qui peut autant la déranger à Madame Grossefesse ? Est-ce que je lui parle de ses tenues fluos sales injures à la mode actuelle ? Est-ce que je lui fais des remarques sur le coté moulant dégoutant de son leggings ? Pourtant les bourrelets entre ses seins et son ventre me donnent si souvent la nausée. Et je ne dis rien.

Et là ce matin c’est ma pauvre petite capuche qui gêne Madame la Professeur. Elle n’a pas dû voir le boss de facebook. Même lui il porte sa capuche. Et puis les footballeurs aussi et les stars à la télé.

Ma capuche elle ne cache pas mon visage, elle ne me fait pas passer pour un autre. C’est seulement un bout de tissu. Un monde de douceurs. Si elle savait Madame Grossefesse, elle en mettrait plus souvent sur sa grosse tête. Il y fait chaud dedans. Plus aucun coup de vent, plus d’air dans le cou. Seulement un souffle chaud qui se répand dans mon corps entier. J’ai failli lui dire à la prof mais elle criait tellement que je n’ai pas pu.

Des sweat à capuche, je ne porte plus que ça.  Je ne m’isole pas du tout du monde. C’est les médias qui veulent faire croire cela aux parents. La capuche serait comme la télé en pire. Un vêtement qui marque une génération, symbole de la religion des ados. La capuche, elle représenterait l’ennemi, le malpoli, le mal dans sa peau, presque l’enfer quoi !. Dans celle du nouveau maître du monde, le daron de Facebook, il y aurait des signes annonçant la fin du monde ou un autre truc débile. Et notre Madame Grossefesse elle gobe ce qui se dit à la télé.

Un jour peut être, je lui dirai que ma capuche c’est juste une main posée sur mon cou. C’est la jolie main de ma mère que je sens dans la nuque. Douce et aimante. Une tendre main qui m’accompagne durant toutes mes journées.

 

Fin

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