L’écume des âmes de Julien Maero

  • Titre : L’écume des âmes
  • Auteur : Julien Maero
  • Éditeur : Éditions Maïa
  • Catégories : nouvelles, fantastique, science-fiction

L’écume des âmes est le premier recueil de nouvelles que j’ai lu cette année. Je remercie chaleureusement Julien Maero de m’avoir proposé son œuvre en échange d’un retour honnête et de mon œil critique. J’espère être à la hauteur de tes attentes.

L’âme fait partie des sujets qui me passionnent. Cette entité est si présente et impalpable à la fois qu’elle ne peut qu’intriguer. Lorsque l’auteur explique ses intentions dans son prologue, ma curiosité a été encore plus piquée. L’ouvrage met en scène des récits fantastique et de science-fiction qui exposent des problématiques sociétales en quelques mots : la défense des animaux, le féminisme, l’écologie, la puberté ou l’anthropocentrisme pour n’en citer que quelques-unes. Un recueil riche en histoire et en réflexion dont les personnages (sauf un, mais je soupçonne une volonté derrière cet aspect, voir plus bas pour mon explication) sont nuancés et profonds.

Voici un petit tour d’horizon de chaque nouvelle.

Au cœur du mystère relate une transplantation du cœur qui influence son receveur jusqu’au plus profond de son être. Chrysalis est une adolescente déterminée à écraser les garçons pendant une course lorsqu’une crise cardiaque l’amène aux portes de la mort. Seules les recherches du professeur Müller peuvent déjouer cette situation désespérée malgré leurs côtés obscurs. Ce texte oscille entre action prenante et raccourci pour conduire l’histoire à son point final. Ces passages plus descriptifs et résumés coupent l’ambiance et le rythme de la narration alors que Julien Maero arrive à construire une atmosphère palpitante en peu de mots. La nouvelle aurait mérité d’être développée en novella ou en roman.

Olé nous entraine dans le monde la corrida. Rodriguez se laisse convaincre par son ami d’assister à cette tradition où la mise à mort d’un être vivant est acclamée par une foule en délire. Si le déroulement parait au premier abord banal, cette histoire s’avère percutante grâce au savant dosage pour révéler la réalité qu’elle dépeint. Le choix des mots est parfois plus important qu’on ne le croit.

La nouvelle Entre les lignes présente le protagoniste superficiel que j’ai évoqué plus haut. Ici, la plume de l’écrivain est simpliste et répétitive. Il décrit le réveil de Sébastien dans un monde étrange. Ce rêve où il évolue pose un décor intéressant, mais le tout semble faible, comme un premier texte. D’ailleurs, ce fut mon hypothèse jusqu’à la lecture des dernières lignes dont je n’exposerai pas le contenu pour éviter de spoiler. L’identité réelle de ce personnage et la raison de ce qu’il vit m’ont fait revoir ma position, si bien que je me demande si l’auteur n’aurait pas ingénieusement adapté son écriture exprès.

Un horizon peut en cacher un autre nous fait voyager vers Vénus où une déformation inexplicable a été repérée par les Terriens. Yohann s’y rend pour analyser le problème. Ce qu’il va y découvrir va changer sa vision de l’univers pour un temps. Ce texte fait appel à des définitions d’astrophysiques très bien expliquées, si bien qu’il reste accessible aux néophytes du genre. Il me rappelle un peu le cycle des dieux de Bernard Werber. Cependant, Julien Maero opte pour une opinion philosophique plutôt qu’une aventure. J’ai aimé l’humour avec lequel il argumente et défend ses idées.

 —  La fin du monde ?

— Quel nombrilisme…Juste la fin de ton univers. 

Oups. Et si notre monde résultait du zèle d’un jeune dieu fraichement diplômé en création terrestre ? Zeus suit les instructions de son pack « Comment créer votre planète et ses habitants » avec euphorie et assiduité. Mais comme pour tout tutoriel réalisé pour la première fois, il y a toujours quelque chose qui coince. Oups est un récit léger et comique qui parait tellement probable quand nous connaissons le monde dans lequel on vit.

Le nivellement par l’eau joue sur les mots avec perfection pour décrire ce qui se passe dans les abysses ténébreux. L’aventureuse Léa relève le défi de Jean et part explorer l’épave d’un navire dans le triangle des Bermudes. Les créatures qui l’enlèvent, dévoilent un enjeu écologique intégré d’une manière brillante dans notre modernité. Si le début était simplement divertissement, la révélation finale m’a beaucoup plu.

Troie fois rien reprend l’idée de la machine à remonter dans le temps créée par Ferdinand, qui est considéré comme un illuminé par ses compères. Passionné d’histoire, il souhaite vivre l’un des moments légendaires les plus mémorables de la civilisation humaine : la Guerre de Troie qui a amorcé la déchéance de la Grèce. Non, je ne me m’emmêle pas les pinceaux. L’auteur inverse les rôles des gagnants et des perdants comme postulat de départ. Dans le monde de Ferdinand, les Troyens ont vaincu les Grecs et leur peuple a profondément imprégné la société moderne, jusqu’à son voyage. Si l’idée de changer le cours de l’histoire et l’impact actuel du passé en quelques lignes est intéressante, on se doute aisément de la suite logique de cette nouvelle. C’est une lecture agréable, mais sans surprise.

L’ultime imposteur est similaire au premier texte de ce recueil dans le sens où il alterne action et résumé pour faire avancer le récit. Les scènes importantes sont jouées, puis le rythme est ralenti par une description intercalée entre elles. C’est pourquoi j’ai eu des difficultés à accrocher. Charles est un enfant pauvre qui vole la console de ses rêves à son camarade de classe Lionel. Sauf que sa tentative tourne mal et qu’il découvre son pouvoir : transférer son âme dans un autre corps. Il en profite grandement avant de changer de vie inlassablement jusqu’à…je n’en dirais pas plus, mais la fin possède une morale et un retour de karma appréciable.

Kevin ne sait ni se taire ni écouter les autres. Encore moins sa professeure qui tente de le calmer lors d’une excursion au centre spatial. L’adolescent fausse compagnie à son groupe et trouve La chambre sourde. Un lieu qui lui apprend simultanément le silence, le bruit et la folie. Ce récit très court est simple et efficace.

Ca ne tient qu’à un fil nous envoi dans la société du futur en 3013 où les humains ont quittés une terre polluée pour habiter dans d’autres galaxies et où le système de caste entre les riches et les pauvres s’est exacerbé. On suit Ilex qui vit avec son robot qui illustre la pérennité de la femme-objet vu que Pamela assouvit le moindre de ses désirs sans poser de question. Bref, une société loin d’être beaucoup plus évoluée que la nôtre. L’intérêt de ce texte se trouve dans le retournement de situation auquel je ne m’attendais pas du tout.

Sans faire de vague nous attire dans la cage de la sirène Adella. La plume dévoile progressivement son quotidien de captive, ses identités et les raisons de son emprisonnement. Le revirement final manque un peu d’originalité. Toutefois, le récit reste addictif grâce au style de l’auteur qui déplie le papier cadeau méthodiquement et en douceur.

La nouvelle suivante est divisée en trois parties. Amnésiques raconte un passage de la vie de trois personnages issus de trois époques , reliés entre eux par la réincarnation de l’âme et la convergence de l’histoire malheureuse vers un happy ending. Une sorte de dessein divin, en gros. En quelques mots, le premier texte porte sur une trop large période d’existence. Du coup, je n’ai pas ressenti l’évolution des relations entre les protagonistes. Notre héros semblait subitement proche du comte qu’il servait pendant la croisade. Je me doute que les combats ont renforcé le lien entre ses deux inconnus, mais je ne l’ai pas vécu. C’est encore une fois le problème dû au format court. La seconde partie parle de Fortune qui souffre d’un handicap au cou depuis sa naissance. Elle va consulter un hypnotiseur pour soulager sa douleur. Enfin, l’histoire se clôture en 2824. Gecko prend part à une mission de la plus haute importance pour l’humanité. Je sens que cette histoire en trois voix m’aurait plus emballée si elle n’avait pas été rédigée en nouvelle, mais en roman. Je n’ai pas accroché, mais je comprends que l’auteur souhaitait mettre l’accent sur la morale de l’ange.

Enfin, La vingt-cinquième heure est sans aucun doute le récit qui m’a le plus touchée. Julien rêve de lui-même. Face à son double, sa conscience, il se confronte à ses incertitudes pour libérer sa créativité. En effet, l’écriture est une affaire bien difficile. L’ennemi numéro un du romancier est généralement lui-même plus que les autres : perfectionnisme, syndrome de l’imposteur …le doute se trouve plus souvent à chaque coin de page que l’on ne croit. Il faut apprendre à s’affronter pour avancer et construire ses histoires.

En bref, l’écume des âmes est un recueil riche en protagonistes et en thèmes. En peu de mots, Julien Maero est capable de nous plonger dans ses aventures tantôt fantastiques tantôt futuristes bien que certaines d’entre elles mériteraient d’être traitées en roman. Ses titres sont choisis avec soin et humour pour sublimer le sens caché de ces histoires profondes. Autant avouer que je vais jeter un œil sur son roman.  

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