J’entends des regards que vous croyez muets, Arnaud Cathrine

L’auteur se définit comme un voleur, un voleur de l’histoire de certaines personnes qu’il croise, dans la rue, les transports, sur les plages. En réalité, il ne leur vole rien, il brode une histoire autour d’un geste, d’un regard, du titre d’un livre, d’un chemisier un peu éliminé, d’une réplique qui ne lui était pas destinée. La tonalité de ces différents textes est variée mais au fur et à mesure,  aux histoires se mêlent de plus en plus la propre solitude de l’auteur.

La caissière versatile, la famille syrienne qui qui change son matelas de trottoir pour cause de travaux, sont, par exemple, dans une veine plutôt réaliste. L’auteur esquisse un tableau à partir de ces protagonistes muets de notre quotidien agité où nous passons, sans voir ces micros aventures qui se déroulent dans un coin de la toile saturée de nos rues. de nos hypermarchés que nous arpentons , pressés d’en finir. L’auteur, lui, a le regard qui traîne, il s’attarde sur des presque riens.

Les moyens de transport et les plages de surfeurs du côté d’Arcachon sont ses lieux d’observation récurrents, car ce sont à la fois des lieux de passage, de vacuité, mais aussi des lieux où l’anonymat est en but aux regards, où l’on joue parfois à se donner une apparence, où l’on fait parfois semblant, se sachant observable, d’être en accord avec une image acceptable de soi. Ou pas, d’ailleurs.

L’auteur crée ainsi un va-et-vient singulier : on est à la fois le personnage observé et l’observateur, cela donne un reflet optique un peu schizophrène, on est convergent et divergent. Evidemment, on peut penser à la démarche de Sophie Calle, en moins intrusif, cependant, faisant endosser des costumes éphémères à de parfaits inconnus, comme dans Hôtel.  Arnaud Cathrine garde trace de la fugacité, et en même temps, se dégage au fur et à mesure, une sorte d’angoisse de la perte justement, aussitôt vu, aussitôt perdu, une curiosité qui l’interroge. Le voyeurisme le rend narcissique, mais toujours avec une légèreté ironique sur lui même et les travers de nos solitudes inquiètes.

Un livre dont j’étais fort curieuse, et qui a semé des petits échos dans mes propres trajets en transport en commun  …

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