Ivan Kraus – Réunions de famille

Ivan Kraus (*1939) est un écrivain et scénariste tchèque. Il est l’auteur de nombreux livres et est connu dans son pays d’origine surtout pour ses nouvelles, feuilletons, satires ou aphorismes. Dans la lignée de Karel Poláček ou Jaroslav Hašek, ses livres sont des témoins de la vie en Tchéquie au XXème siècle. Si j’ai bien vérifié, un seul livre a été traduit en français : Réunions de famille. Il existe par contre en deux versions dont l’une est bilingue pour celles et ceux qui auraient envie de découvrir de nouveaux horizons linguistiques.

Réunions de famille est avant tout un livre de souvenirs. Ce sont de petits rendez-vous entre le lecteur et l’auteur autour d’un café où ce dernier raconte la vie de sa famille tout en feuilletant des albums photo.

Le nombre de pages augmente et ma culotte de golf se transforme en pantalon, qui s’allonge au fur et à mesure que je grandis, de même que les jupes de mes deux sœurs rattrapent peu à peu la longueur de celle du tailleur de ma mère. En même temps, les cheveux de mon père deviennent de plus en plus clairsemés et, au détour d’une page, ils grisonnent déjà.

Il remonte jusqu’à 1939 où son père fut arrêté par la Gestapo et décrit leur retrouvailles 6 ans plus tard. Le personnage du père est en quelque sorte le fil rouge du livre, mais à part lui, le livre foisonne de différents personnages aux langues multiples. Ivan Kraus lui-même est l’aîné des 5 enfants, dont 4 ont choisi l’exil pendant la période communiste et ont fondé leurs familles dans des pays lointains, à tel point que leurs réunions de famille deviennent multi-langues :

Dans nos réunions de famille, on parlait le tchèque, mais souvent aussi l’anglais, l’espagnol ou l’allemand. Quelqu’un était constamment en train de traduire pour faire l’agent de liaison avec nos parents par alliance, de sorte que ces réunions ressemblaient à une petite conférence internationale. La première, celle que ma mère considère comme la plus belle, avait rassemblé des délégués de quatre pays. Constatant avec plaisir que tout cela fonctionnait à merveille, mon père déclara que, contrairement à l’ONU, nous n’avions nul besoin de bureaux ni de secrétaires, et que cette organisation devrait prendre exemple sur nous car cela revenait bien moins cher.

Au fil des pages, on voit défiler les années de ce XXème siècle marqué par la guerre et le régime communiste. Les années à Auschwitz, le court répit après la guerre, 1948, 1968, les exils, les interrogatoires, les retours à la maison… toute la grande histoire captée sous forme de petites anecdotes où l’auteur choisit toujours le camp de l’humour, de l’ironie et de la bienveillance. C’est par exemple le cas du chapitre Les cryptogrammes, où on apprend le système de cryptage que sa mère a peaufiné à la perfection pour passer des messages tout d’abord à son mari à Auschwitz, puis à ses proches après 1948 et finalement à ses enfants exilés.

Dans la même lettre, ma mère écrivait qu’il fallait encore patienter pour une embellie car, pour l’instant, « un épais brouillard enveloppait le pays ». Simultanément, mon père indiquait dans sa lettre à Michael en Amérique que le temps était très ensoleillé à Prague. Ma mère la confisqua, disant qu’il ne fallait pas écrire n’importe quoi, car elle venait d’expédier un important message chiffré où le brouillard désignait la situation politique en Tchécoslovaquie.

Si je devais vous conseiller un auteur contemporain, je n’hésiterais pas à citer Ivan Kraus en première place pour son humour et l’autodérision si typiques pour les Tchèques, pour cette belle leçon de vie ainsi que l’amour pour sa famille et ses racines.

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Réunions de famille, de Ivan Kraus, traduit du tchèque par Miléna Braud. Editions Noir sur blanc, 2006, 108 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

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