Horreur sous influence : Les Contes du whisky de Jean Ray

« Comme minuit sonnait, un fantôme entra dans ma chambre.
Je tournais le dos à la porte, ma lampe charbonnait, et seule ma bouteille de whisky était lumineuse, riche, pure et accueillante, dans ce nid à cafards. »

« À minuit »

On trouve quelques maladresses encore, dans les textes de ce premier recueil fantastique de 1925, mais pas suffisamment pour ne pas se laisser bercer par la langue de Jean Ray. L’auteur a l’art des images marquantes et des métaphores qui sonnent juste, celui, également, d’insinuer un peu de poésie dans le parler populaire tout en parvenant à en rendre l’oralité.

Ce sont peut-être l’atmosphère et les visions (d’horreur évidemment) déployées dans ses textes qui m’ont le plus marquée. 

Si le sommeil de la raison engendre les monstres, ici l’ivresse, causée en premier lieu par le whisky, produit les spectres, les chimères, suscite aussi les haines et les violences aveugles, et finalement pour les plus malchanceux provoque la folie, l’incarcération ou la mort. Un brouillard oppressant, à trancher au couteau, participe à l’étrangeté de l’atmosphère et à l’incertitude des personnages quant à ce dont ils sont témoins.

J’ai apprécié la logique des récits, où l’intervention surnaturelle constitue souvent une forme de justice, ainsi que leur brièveté, qui rend les images évoquées d’autant plus fortes. J’ai aimé aussi les fins abruptes, les récits clos sur un vide ou une interrogation.

L’objet-livre en lui-même est agréable, malgré un papier intérieur un peu trop transparent. La couverture de cette récente édition d’Espace Nord est sombre et élégante, à l’opposé des précédentes couvertures d’Alma éditeur, qui donnaient une image presque enfantine des ouvrages.

Si l’appareil critique est le bienvenu, je trouve regrettable que l’analyse des particularités de l’écriture de Jean Ray soit si longue et surtout si scolaire. La longue litanie des exemples venant appuyer chacun des points semble interminable.

Enfin, je préfère prévenir les futurs lecteurs que ces nouvelles sont par places violemment antisémites, une violence ici littérale. Je vois cela comme un (triste) reflet de l’époque, mais cela peut évidemment heurter.

« L’air était lourd de tabac et d’alcool, déjà les buveurs n’apparaissaient que par intermittence, fantomals, par les déchirures de la fumée ondoyante. »

« Her Hubich dans la nuit »

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