Gino, une histoire de rhinocéros

Gino avait toujours été un rhinocéros un peu pataud. Ses cornes nasales n’avaient cessé de pousser et la première atteignait cinquante centimètres au moins. Cela ne l’empêchait pas de se mouvoir mais la lourdeur de ce tas de kératine l’enquiquinait parfois lorsqu’il fallait agir promptement. Et puis il aurait eu vite fait d’embrocher un de ses congénères d’un coup de tête impétueux. Hormis ce détail, il vivait sans crainte et passait sa vie paissant au sein du parc Kruger, entouré de Sylvie, sa femme, et de Jimmy et Lisa, un couple d’amis. Le soleil sur la savane chauffait sa carapace grisâtre, et rien ne semblait perturber son plan de vie, à savoir brouter de l’herbe rêche, courir au premier bruit de moteur, et contenter Sylvie, lorsque la saison s’y prêtait. Une vie traditionnelle de pachyderme.

Mais si l’ouïe et l’odorat de Gino, à l’instar de son espèce, étaient très développés, sa vue était médiocre et il n’aperçut pas les deux hommes, en tenue de camouflage, qui s’étaient postés à moins de six cents mètres de son groupe, derrière des taillis épais qui surplombaient un peu le point d’eau où les quatre rhinocéros se retrouvaient peu avant la nuit.

Ces deux hommes n’étaient autres qu’Alonso et Roberto. Ils n’avaient eu aucun mal à pénétrer le parc à la faveur de la nuit. Bien sûr, Alonso avait dû soudoyer un gardien – cinq cents dollars tout de même Puis ils s’étaient enfoncé dans la savane et s’étaient mis en quête de trouver un petit groupe de rhinocéros. Comme chacun sait, hormis Gino, Sylvie, Jimmy et Lisa, la corne de rhinocéros est fort appréciée sur certains marchés asiatiques. Or, Alonso avait justement été recruté par Mr Jimmy Wei, il y avait déjà quelques temps pour cette raison. Une affaire en or. Cela paraissait si simple ! Retournant dans son village, Alonso recruta une vieille connaissance de l’armée, Roberto, devenu paysan miséreux, avec six enfants misérables et une femme malade. Au service militaire, pourtant, il s’était distingué par la précision de son tir. C’est pour cela qu’Alonso était venu le chercher. Depuis ce temps-là, le Zimbabwe s’était appauvri, année après année. Alonso était parti en Afrique du Sud dans l’espoir d’un monde meilleur. Il fut mal accueilli à peu près partout, dormi dans la rue, se bagarra avec des policiers, passa quelques mois en prison et fut rendu à la liberté plus pauvre qu’avant. C’est à ce moment-là que Mr Wei fit son apparition, dans un costume bien taillé, et avec un sourire méchant au coin des lèvres. Il l’attendait à la sortie de la prison. Sans doute avait-il attendu là que sorte le premier minable venu. Alonso n’était pas dupe. Mais affamé, désabusé, il accepta le marché de Mr Wei. Et voilà comment il s’était mis à bosser pour ce petit Chinois maniéré. Voilà comment, deux ans plus tard, Roberto et Alonso se retrouvaient au coeur du parc Kruger, un beau fusil en bandoulière, un petit sac de provision avec des bouteilles d’eau tiède et un peu de whisky. Pour 10 000$, ils n’avaient tout simplement qu’à ramener des cornes de rhinocéros.

Roberto était un bon tireur mais jamais il n’avait tiré avec une arme pareille. Il y avait même une lunette pour voir de nuit. A l’armée, les fusils étaient les mêmes que ceux des Anglais du temps de la Rhodésie, trente ans plus tôt. C’était sûr qu’il saurait tuer un rhinocéros avec un aussi beau fusil.

Il savait que les rhinocéros étaient une espèce protégée et que les tuer n’était pas une bonne chose. Mais n’était-il pas, lui et sa famille, une espèce en voie d’extinction ? Ne méritait-il pas d’être protégé ? Les rhinocéros pouvaient bien disparaître complètement de la surface du globe, ça ne lui ferait rien. Pourvu qu’il ait son assiette de sorgho et que ses enfants aient le ventre plein. C’était tout ce qu’il demandait. Pourquoi les rhinocéros et pas lui ?

La corne de Gino brillait comme un diamant dans le soleil couchant. C’était le bon moment pour agir. Alonso aiguisait sa hache tandis que Roberto se mettait en position de tir, couché sur le ventre, le fusil sur un trépied. Il fit la mire sur le crâne de pachyderme. Ils étaient à cinquante mètres tout au plus maintenant. « Vise bien, s’il n’est que blessé, il pourra courir jusqu’à épuisement, et nous le perdrons. »

Gino était calme, presque immobile. Comme s’il attendait la balle de Roberto. Il ruminait quelques broussailles, tandis qu’arrivait le crépuscule. Bientôt, les autres le rejoindraient, comme d’habitude. Ils verraient alors comment s’organiser pour la soirée. C’est à ce moment que le coup parti. La détonation résonna dans l’immensité de l’espace et effraya tout ce qui vit alentours. Les deux hommes eux-mêmes sursautèrent. La tension retomba lentement. Le corps de Gino s’écroula lourdement. Trois tonnes à terre, sur de la poussière rouge.

Aussi vite qu’un guépard, Alonso se précipita vers le cadavre de Gino, la hache à la main. Il s’assura que la bête était bien morte. Il eut un sourire : Roberto n’avait pas perdu la main. Avec dextérité, il coupa la première corne. Ce n’était pas si solide que cela, en fin de compte. La deuxième, plus courte, fut plus compliquée à récupérer. Cependant, en quinze minutes, il avait sa marchandise.

Roberto n’avait pas osé s’approcher de la carcasse du rhinocéros. Chacun son boulot, après tout. Mais le travail n’était pas fini pour autant car il fallait quitter le parc, et gagner Johannesbourg. Wei les retrouverait à ce moment-là, sur le parking de l’aéroport. Voilà ce qui était convenu. Ça, et les 10 000$ chacun. A partir de là, une nouvelle vie était possible. Roberto pourrait quitter le Zimbabwe avec sa famille et s’installer en Afrique du Sud. La frontière était une véritable passoire et Johannesbourg semblait plein de promesses. Lorsqu’il vit revenir Alonso avec les cornes emballées, pour la première fois depuis longtemps, il sentit que son avenir allait changer. Il se prit à rêver à une vie meilleure.

Toutefois, lorsque Mr Wei arriva au lieu convenu, avec ses liasses de billets, seul Alonso était là. « Roberto a été chopé par les Rangers » déclara Alonso, comme une excuse. « Comme à chaque fois, n’est-ce pas ? » maugréa Mr Wei. Les deux hommes échangèrent leurs marchandises. « Si tout va bien, je reviens dans un mois. Tiens-toi prêt. » Alonso opina et repartit vers la ville avec ses 20 000$.

Jimmy Wei avait récupéré quelques autres cornes venues d’autres braconniers. La plus belle était sans conteste celle de Gino. Il savait que celle-là vaudrait autant que toutes les autres réunies. Peut-être en tirerait-il cinquante mille dollars le kilo. Peut-être plus. Il n’était pas très fier de ce qu’il faisait mais, après dix ans de ce commerce, il n’avait pas résolu d’arrêter. Le côté grisant de l’interdit, l’argent, bien sûr, l’argent, ce cruel argent qui lui avait tant fait défaut pendant des années. Quel métier lui permettrait de gagner deux cent ou trois cent mille dollars ? Il s’était habitué à un certain luxe maintenant. Sa maison à Johannesbourg, son appartement à Shanghai, et bien sûr son complexe hôtelier à Hô Chi Minh Ville. C’était là-bas qu’il se rendait. Au Vietnam, le marché de la corne de rhinocéros était plus lucratif que celui des défenses d’éléphant. Dix fois plus intéressant. Mais il lui faudrait trouvait quelqu’un d’autre que cet Alonso. Il lui faisait un peu peur et un jour, il serait plus gourmand. C’était évident. Il faudrait penser à s’en séparer.

Dans l’avion, il se demandait avec fébrilité quand tout cela cesserait. Quand est-ce que ses clients trouveraient ce marché complètement dépassé, voire absurde. Cela arriverait un jour, ils se rendraient bien compte que la corne de rhinocéros n’avait pas plus de propriété que des rognures d’ongle. Ils arrêteraient de payer des milliers de dollars pour de la kératine en poudre. Il lui faudrait prendre sa retraite. C’était pour cela qu’il avait investi dans l’immobilier. A cinquante ans, il pensait déjà à raccrocher. Il pourrait s’occuper un peu plus de sa jeune épouse et de ses deux enfants. Ils étaient encore petits, c’était pour lui un encouragement à entrer dans la légalité. Quel père était-il s’il ne s’occupait pas honnêtement de leur survie ? Encore une ou deux années de commerce, se disait-il. Cela devrait suffire. Cela représentait une dizaine de rhinocéros. Ce n’était qu’un maigre prélèvement sur la nature.

Il se réveilla à l’atterrissage. L’aéroport de Hô Chi Minh Ville semblait n’attendre aucun visiteur. La foule des passagers se bouscula aux guichets de douane ouverts. Puis tous récupérèrent leurs valises et quittèrent les lieux dans une valse de taxis collectifs et de minibus traditionnels. Jimmy Wei connaissait tout cela. Il attendit que Lê vienne le chercher. Puis, ils gagnèrent le centre ville. La pollution était devenue angoissante. Ce n’était pas Shanghai mais à ce rythme, il n’était pas improbable que les deux villes se rejoignent. Il détestait Johannesbourg et pourtant, à ce moment précis, il regretta l’air des grands espaces sud africains.

Une fois arrivé chez lui, il rangea les valises dans son bureau, dont lui seul avait la clé. Il envoya les messages codés habituels à ses principaux clients. Puis, il prit une douche, mangea un bol de riz et se coucha. La journée avait été bien longue pour Jimmy Wei. A son réveil, il avait déjà reçu deux messages de demande. Il négocia le prix. C’était la partie du métier la moins intéressante. Puis, voilà, il lui fallait refourguer tout ça le soir-même chez Nguôc Lim. Il soupira. Ce type avait fait fortune de manière complètement indécente. Il possédait des immeubles dans toutes les grandes villes du Vietnam. A ce qu’on racontait, il avait acheté aussi la moitié de Vientiane, la capitale du Laos. Nguôc Lim, à travers sa holding, possédait aussi un réseau de communication, une chaîne de restaurant et des usines de textiles d’où sortaient les meilleures contrefaçons du luxe français. Ce fils de la petite bourgeoisie communiste avait réussi à devenir multimillionnaire plus vite que son esprit ne s’était civilisé. Ainsi croyait-il fermement qu’offrir de la poudre de rhinocéros à ses convives était du dernier raffinement. Cela faisait bien les affaires de Jimmy Wei.

Ainsi il enfila un costume taillé sur mesure à la mode locale et partit à travers la ville, avec ses valises précieuses, et Lê comme chauffeur. Il avait passé toute la journée à compter l’argent qui lui manquait pour arrêter de travailler. En une soirée, il pouvait gagner assez pour s’économiser un voyage peut-être. La corne de Gino méritait une attention particulière et il l’avait rudement négociée. C’était sa chance qu’Alonso soit si débrouillard. Ouais, ce type avait le don pour ramener des cornes de qualité. Il les coupait à ras, proprement. Rien à voir avec les autres braconniers qui abîmaient parfois la marchandise.

Le crépuscule était bruyant à Ho Chi Minh Ville et dans le quartier de Thao Dien, où résident les nouveaux riches, les voitures chics circulaient avec peine. Après une bonne heure de route, Lê se gara devant un portail qui cachait une sorte d’hôtel particulier moderne. Une lumière bleutée illuminait un jardin taillé au cordeau. C’était bien là. Il sonna, on le reconnut, il entra et s’avança jusque vers la terrasse où un vigile armé le fouilla. C’était Huyn, le cousin de Lê. « Alors, tu en as ramené ? » lui demanda-t-il avec envie. Wei ouvrit une des valises et déballa une corne. Huyn fut très impressionné. « J’aimerais bien que monsieur Lim me fasse goûter. Il paraît que ça prévient du cancer. » Jimmy Wei remballa la marchandise et haussa les épaules. Il savait que le ministre de la santé avait déclaré que la poudre de corne de rhinocéros l’avait guéri d’un cancer mais c’était idiot. Cela avait perturbé son commerce : une foule de braconniers s’était lancé sur les routes du parc Kruger dans le but de revendre leurs trophées à sa clientèle. La mise en concurrence avait fait baisser le cours pendant quelques mois, mais finalement leur amateurisme les avait pénalisés : plusieurs s’étaient fait arrêter rapidement. D’autres avaient abandonné face aux diverses difficultés d’organisation auxquelles ils s’étaient heurtés. Alonso avait dû intervenir plusieurs fois également pour faire respecter son territoire. Wei ne lui avait jamais posé la question mais il avait lu dans les journaux que des cadavres de braconniers avaient été retrouvés, le crâne fracturé par un coup de hache, dans le parc Kruger.

Jimmy Wei traversa un hall à la décoration chryséléphantine de mauvais goût, dans un style bouddhiste surchargé. Cela continuait ainsi dans l’escalier monumental, et jusqu’à la salle de réception, parquetée de bois précieux que des domestiques asservis devaient sans doute entretenir à quatre pattes, frottant, nettoyant, lavant, vernissant, ces centaines de mètres carrés de plancher luxueux. Mais pour l’heure, c’était une réception calme. Des hommes et des femmes en tenue de soirée buvaient des boissons fraîches. Puis il arriva devant Nguôc Lim qui le reçut dans une pièce un peu à l’écart où deux serviteurs attendaient. Ils s’assirent autour d’une table sur laquelle trônait une balance. « 60 000$ du kilo, c’est bien ça Jimmy ? » Wei opina. Il sortit les deux cornes et les posa sur la table ce qui fit l’admiration de la petite assemblée. Un des serviteurs posa la plus grande sur la balance : 6,5 kilos. La deuxième, plus petite, faisait tout juste deux kilos.

« Je prends les deux, Jimmy. 

– Je te préviens, je ne peux pas te faire de prix. Il y en a pour 500 000$. Cela couvre à peine mes frais.

– Ha ha, tu auras tes 500 000$. Je vais transformer la petite en trophée. En revanche, la grande, nous allons la présenter ce soir et peut-être en consommer une partie. Boan, prépare-la. Tran, va chercher l’argent au coffre. Je suis d’excellente humeur et cette soirée promet d’être très réussie ! Jimmy, reste parmi nous, tu nous raconteras des histoires d’Afrique du Sud ! »

Mais Jimmy n’avait qu’une hâte, c’était de récupérer l’argent et de rentrer chez lui. Il déclina poliment tout en essayant de faire comme si cette transaction n’était rien pour lui. Avec un demi-million de dollars, pourtant, il touchait au but. Avec les autres cornes qu’il avait au bureau, il pourrait s’en défaire pour deux cent ou trois cent mille dollars encore. Ce gros pourri de Lim lui sauvait la mise en acceptant un prix au kilo aussi élevé. Et sans discuter ! Les affaires étaient bonnes, sourit-il. Les affaires étaient bonnes et il en profitait.

Tran revint et parla à l’oreille de son patron.

« Hum, Jimmy, Tran me dit que dans le coffre, il n’y a que deux cent cinquante mille dollars. Mais j’ai le reste en lingots. Est-ce que tu prends ?

– Heu, ça fait combien de lingots ?

– Le lingot est à 45 000$, cours du jour, mon ami. Donc avec six lingots, c’est bon. »

Jimmy Wei fut pris de cours, il voulut vérifier. Il avait déjà travaillé avec de l’or, mais jamais pour une telle somme.

« Tran, emmène Jimmy dans la salle du coffre. »

Wei reprit sa valise vide et sortit de la salle sur les pas du serviteur. C’est à peine s’il reconnut l’ambassadeur de Chine et sa femme, et quelques chefs d’entreprise vietnamiens de renoms qui venaient juste d’arriver. Lim les accueillit à bras ouverts. Peu après, un orchestre de chambre s’installa dans un coin de la salle de réception et joua des airs baroques. Il devait y avoir une centaine d’invités dont au moins une vingtaine étaient des hôtes de renom. Le vice-consul de France était venu avec un attaché culturel de vingt-trois ans, tout juste sorti de sciences po et qui découvrait ce monde avec ébahissement. Vers dix heures, la chaleur était encore forte, l’alcool avait déjà fait son effet, les femmes avaient dansé avec leurs hommes, les hommes avaient dansé avec leurs maîtresses, et Nguôc Lim en profita pour demander à Boan d’apporter le plus incroyable présent qui serait donné de voir à une soirée. L’assemblée émoustillée se tut et se demanda de quoi il pouvait s’agir. Lim avait déjà offert un collier de diamants à son épouse d’une valeur de douze millions de dollars. Mais lorsque le serviteur apporta sur un plateau la corne de cinquante centimètres de haut, bien nettoyée, gris perle brillant, il y eut une série d’exclamations du côté des convives asiatiques. Sans trop savoir de quoi il retournait, les ambassadeurs et les stagiaires des postes diplomatiques européens applaudirent à l’unisson de la foule. Certes, une corne ne vaut pas une rivière de diamants mais la difficulté pour s’en procurer était réputée et surtout les propriétés médicinales de la poudre de corne de rhinocéros n’étaient plus à présenter. Elle guérit du paludisme, revigore le sexe masculin, prévient des gueules de bois.

« Boan, s’il te plaît, pour nos très chers invités, écrase donc un peu de cette corne pour qu’on la consomme avec du champagne ! »

Tout le monde se pressa autour du serviteur. Les toilettes froufroutèrent contre les costumes des messieurs. Même les Occidentaux voulurent y goûter. « Il faut suivre la coutume, c’est aussi cela la diplomatie. J’ai déjà dû croquer un œil de phoque lorsque j’étais en poste à Vladivostok » raconta le vice-consul à son attaché. « Alors ce n’est pas de la poudre de corne de rhinocéros qui me fera quoi que ce soit ».

Ainsi fut pilée la belle corne de Gino, sous les yeux de millionnaires vietnamiens, tandis que dans la salle du coffre, Jimmy Wei était enroulé dans un tapis en attendant de rejoindre le prochain convoi à l’incinération.

« Tout de même, je me demande comment elle a pu arriver jusqu’ici.

– Ne vous inquiétez pas jeune homme, monsieur Lim a des amis partout. Sans doute est-ce là un cadeau d’un de ses proches. C’est un peu comme si vous fumiez de la marijuana, hein. C’est illégal mais il n’y a pas mort d’homme, que je sache. » Et les deux hommes rirent en faisant tourner un peu de poudre au fond de leur verre.

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