Fuite Rhétorique…

Abandon maternel vu du côté de mes enfants quand je les délaisse pour écrire…

L’absente… C’est Moi… Désolé.

Soudain
Ma mère nous abandonne
Elle nous zappe, nous oublie, nous ignore, 
et sans doute même déraisonne…
A ce moment précis, je le sens, je le vois…
En lisant dans ses yeux, sa flamme pyromane s’enfuit faire ses ravages ailleurs,
ne reste devant Moi qu’une trainée de fumée,
qui estompe ses traits et brume son éveil à mes mots 

Je l’appelle, elle ne m’entends pas
l’interpelle, ne me réponds pas
me plante devant elle en lui faisant front, pas mieux, elle ne me voit
Derrière ses prunelles, elle vit loin de moi…

Elle nous quitte pour un ailleurs lointain… Lequel, nul ne le connais… Sauf Elle
D’ailleurs, je ne puis dire vraiment, si la magie de son pouvoir la fait disparaitre
à mes yeux, ou si c’est Moi, qui disparait aux siens… Les deux peut-être… Sûrement

De son absence saccadée et de ses errances morcelées , je retiendrai 
des successions de lettres et de mots, des feuilles zébrées calligraphiées des poèmes
en vers ou en prose, que nous n’avons jamais lu et ne lirons peut être jamais …

Elle nous laisse ses dizaines de pages peuplées de ses écrits…
Des histoires, les expressions de sa dualité libérée, de ses frayeurs et de ses fantasmes,
de tous ses non-dits qu’elle n’avouera jamais en dehors de ces lignes…
qui contiennent bien plus d’aveux qu’elle ne nous a jamais offerts

Dans les heures perdues de son amour de fantôme à contre-jour,
derrière l’amour au grand jour, qu’elle nous distillait aussi
Il y avait une autre Elle-même, inconnue de nous
qui prenait racine dans son cœur et son esprit mystérieux
qui croissait tous les jours un peu plus dans ses serpentines graphiques
Les secrets magiques fascinants ou terrifiants de son âme mise à nue
Des sentiers escarpés où elle aimait se perdre en graphèmes,
là où nous ne pouvions plus la rejoindre…

Ni l’atteindre…

Dans ces moments de transes littéraires, inspirées par d’autres que Nous,
sa joviale et solaire personne se renfermait et s’éteignait,
devenait sourde et aveugle à nos souhaits… 
Un autisme artistique intermittent l’affectait…

C’est cependant là qu’elle était… 
Quand elle nous fuyait et partait dans ses voyages imaginaires… 
Qu’elle nous laissait seuls sur le quai…
Quand elle n’était plus d’ici, quand elle n’était plus à Nous… Plus à Moi…
Dans son échappée, son corps nous frôlait , mais son âme vagabondait ailleurs,
planait en vol dans des sphères que nous n’atteindrons jamais.

Et Nous restions là… 
Désemparés, pétrifiés de peur, paralysés par la violence et la soudaineté de son départ
Dans l’attente impatiente qu’elle revienne à la raison
Qu’elle investisse à nouveau de son âme, la maison
Qu’elle remplisse à nouveau la vacuité de ce pantin qui nous lâchait la main.

C’est ce dont je me souviens…
De cette douleur curieuse et pernicieuse
Quand elle nous oubliait en chemin
De son regard lointain
quand elle ne nous enregistrait plus sur sa pellicule, ou en transparence seulement
Que nous n’existions plus pour quelque temps
Une durée plus ou moins longue… Indéfinie…
Qui nous semblait… Infinie…

M’expliquera-t-elle un jour?  Elle… Ma mère
Cette maitrise de la téléportation céleste de l’esprit
et de l’inertie du corps, absent de son âme…
Ouvrirai-je un jour ce tiroir où elle respire loin de notre toit ?
Où elle répond à l’appel d’une toute autre voix
Où elle vit selon sa propre loi
Dans son monde parallèle, inconnu de Moi 

Pourtant elle est là…
Partout, tout autour, je le sais 
Dans ce carnet,
Dans ces pages folles qui s’amoncellent partout
Dans ces feuilles froissées, jetées aux ordures, aux oubliettes,
ou consciencieusement reliées
Dans cet ordinateur à portée de main
qui comblent le vide de sa fuite rhétorique

Et que je découvre aujourd’hui…
Elle… Elle est là…
La vraie Elle… Pas l’Avatar qui me sourit et qui est assis devant moi.
La vraie Elle… je l’attends patiemment… Elle vient, Elle va…
Mais je le sais… Bientôt… Elle réapparaîtra.

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