D’un jour à l’autre, des petits cailloux sur le chemin … (253)

         Je souhaite vous dire que vos commentaires, votre vision, m’aide sur mon propre chemin et approfondit la mienne.

         Aussi, aujourd’hui je partage avec vous, avec l’accord de Jean-Marie, l’échange par mail que nous avons eu, Jean-Marie et moi, après qu’il ait posté ce poème sur le petit cailloux 251:

« Avant que le Ciel ne m’ait donné vie,
j’étais dans l’obscurité sans conscience ;
Le Ciel soudain m’a donné naissance ;
il me l’a donnée pour quoi faire ?
Sans habit, je ressens le froid ;
sans nourriture, j’éprouve la faim ;
Rendez-moi mon moi du Ciel,
rendez-moi le moi d’avant de naître ! »

Wang Fanzhi (590-660)

Et il ajoute :

         « Ce poème n’est pas un commentaire à proprement parler de l’article.
Mais je l’ai découvert presque en même temps… »

         Ce qui m’a amené à lui écrire ce mail.

         « Magnifique poème partagé. La seule chose que je ressens aujourd’hui et qui me le ferait écrire différemment c’est que : « c’est moi qui ait quitté le ciel que j’étais en lequel :

Je fus avant de sortir de Dieu
Aussi nue que lui est, lui qui est,
Oui, aussi nue que j’étais lorsque j’étais
Celui qui n’était pas. »

 

Selon le témoignage si touchant de Marguerite Porete, ou la Porette, femme de lettres mystique et chrétienne du courant des béguines, née vers 1250, brûlée vive le 1ᵉʳ juin 1310 pour avoir écrit son livre :

« Le Miroir des âmes simples »

dont ce témoignage est extrait.

            Et Jean-Marie m’a répondu :

         « Je suis d’accord avec ces nuances – radicales –  que tu apportes:

Quelle est ma part de « responsabilité » dans cette incarnation présente?

Est-elle la « création » de mon vouloir devant l’infinie Mansuétude ?

« C’est moi qui ai quitté le Ciel que j’étais… »

         Là est toute la question. Et c’est à chacun de ressentir en lui, en elle, « comment ça raisonne et ça résonne » aux deux sens de ce terme.

         Dans le « bonheur et l’instant » j’ai repris longuement « la chute d’Adam et Eve » (en dehors de toute vision sexiste qui ne renvoie qu’aux difficultés personnelles de ceux qui en sont les auteurs). Le goût de ce mythe ne cesse de se préciser et dévoile, pour moi, admirablement et de façon allusive, cette question.

         Oui, il y a bien responsabilité, mais de « qui » ?

         Ce « qui » est ce qui empêche de passer au-delà de la raison raisonnante car il est ce « point de départ » qui se ressent en tant que « moi ». « Qui » fermera toujours l’accès au « ciel » dont Jean-Marie parle si bien dans son commentaire du petit cailloux 250.

         « Moi » n’est pas, et ne peut être responsable puisqu’il est conséquence, actualisation d’un mouvement d’appropriation de la Conscience dans son stade final. Mais à bien y regarder, pourtant,

         « Il y a bien responsabilité ».

         En terminant ce petit cailloux je me disais :

         « Comment écrire ce que m’évoque avec tant de force : « Il y a bien responsabilité »

         Et j’ai eu envie d’aller voir ce « Wang Fuzhi » que je ne connaissais pas.

         Les poèmes découverts décrivent ce que je ressens lorsque j’écris « Il y a bien responsabilité ». Nous cherchons toujours la responsabilité dans une origine « moi » que nous ressentons être cet organisme que nous incarnons, alors qu’en fait, « moi » n’est que la conséquence d’un mouvement de la conscience vers un organisme corps psychisme spécifique répondant à notre nom. Ce mouvement culmine dans l’identification, la fusion conscience/organisme donnant naissance à la sensation « ce corps, ces pensées, ces sensations, ces émotions, c’est mon identité ». Ainsi, «moi » ne peut être responsable ; il est simple conséquence, mouvement d’une Conscience Unique fusionnant dans des myriades d’images, s’y perdant jusqu’à se décentrer en elles en y faisant le nid d’identités multiples. Ainsi « moi » est on ne peut plus impersonnel, et l’identité de chacun est celle de l’acteur qui se prend pour le personnage qu’il joue. Pour cette raison, s’il joue le rôle d’un assassin, il ne peut qu’assassiner, et s’il joue un brave homme, il ne peut qu’être un brave homme. La responsabilité ne se trouve donc pas dans le personnage (sinon la responsabilité juridique), mais dans le fait de se prendre pour ce personnage et de défendre « ma » vie durant cette sensation « moi untel » sans me poser de question. Et tant que je ne mettrai pas en question cette identité « moi », je ne pourrai qu’actualiser « mon » incarnation, qu’elle soit aimante ou haineuse. Mais je ne serai jamais simplement Amour. L’identité « moi » occulte la possibilité même d’un « voir », et chaque être humain nourrit « ce voile occultant » par l’engraissement d’un « mental » qu’il idolâtre en en faisant son identité. « Moi » n’aimera jamais. Un jour cela est vu et le chemin commence.

         Toute la responsabilité réside donc uniquement dans la volonté que nous mettons à tourner résolument le dos au « voir » que partage Wang Fuzhi dans les poèmes ci-dessous :

Les poèmes ci-dessous sont extraits du livre :

image001

Nous voyons des images qui reflètent le néant

Nous regardons des corps qui ne sont que du vide.

C’est cueillir la lune au fond de l’eau

C’est attraper le vent au bout des nuages.

C’est saisir l’invisible,

C’est chercher l’inatteignable.

Les existences suivent leurs destinées,

Elles ne sont que les rêves qui parcourent le sommeil.

 

*

 

Un cœur qui comprend est proche d’un cœur vide,

Il n’est pas enfermé dans le creux d’un squelette.

Si face à ce fait tu ne comprends toujours pas,

Peu importe que ta mère s’appelle intelligence.

 

*

 

Le corps ressemble à une auberge

Et le destin au voyageur qui passe.

Le voyageur parti, l’auberge est vide ;

Si vous le comprenez qui reste à l’intérieur ?

 

*

S’il faut partir, eh bien partons,

S’il faut rester, eh bien restons,

Revêtu d’une robe rapiécée, chaussé de chaussettes reprisées.

Des paroles, et encore des mots,

Voilà d’où viennent les erreurs.

Si tu veux affranchir les vivants,

Commence donc par t’affranchir toi-même.

Wang Fanzhi 590-660.

         Belle semaine

         François

 

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