D’un jour à l’autre, des petits cailloux sur le chemin … (198)

Continuons à suivre Henri Le Saux. Ces extraits sont tirés du livre : « La montée au fond du cœur » Editions les deux rives.

« Joie profonde, « ma » joie. Mais elle n’est pas mienne. C’est la joie essentielle en laquelle, libéré de la limitation de mon moi, je suis immergé désormais, si j’ose dire. Libéré de la limite du moi, […] papillon sorti de la chrysalide, vole à cœur joie dans la profondeur, l’abîme, le vide de l’aham (Je Suis ) divin et essentiel.

« Ma » joie ne peut être pleine. Seule est pleine « la » joie, laquelle dépasse tout sentiment, toute expérience, donc toute attribution même à moi. Passer au-delà de la joie […] Lorsque « ma » joie devient pleine, elle a cessé d’être mienne, et c’est pourquoi elle est pleine, elle est la joie, la Paix primordiale, essentielle, celle même que Dieu goûte en soi, en moi, en chaque être…

La dualité primordiale à franchir est celle-ci : Moi et le reste, non celle entre Dieu et moi. Tant qu’il y aura ces « Autres » – en dehors de moi : Dieu et le monde y seront pêle-mêle quitte à être analysés et définis en second regard. Tant que le monde me reste aliud (autre), Dieu ne pourra jamais être perçu par moi au-dedans de moi.

Supprimer ce « centre » que je nomme « moi » et autour duquel je trace des cercles concentriques, qui sont mon mind (mental), mon corps, le monde essentiellement par moi « relaté » à moi, et enfin Dieu non moins hélas ! « relaté » à moi.

Le satori (éveil, illumination) est atteint quand j’ai réalisé que le centre est partout aussi réellement qu’en « moi ». Et Dieu Lui-même n’est pas ce centre, car Dieu est a-desa (sans lieu), comme a-kala (sans temps), ce Dieu est aussi réellement en ses lilas (manifestation) qu’en Lui-même, si l’on ose faire la distinction.

« Me » sentir en l’arbre, en la pierre, en le rat […] en le haïssable, en l’indifférence, aussi réellement qu’en ce corps et ce manas (mental) que j’ai conçu jusqu’ici comme un centre d’intérêt primordial. Transférer le « centre » partout… ce qui est « l’évanescence… » L’essentielle interdépendance.

[…] Réalisation, illumination, satori (éveil, illumination )c’est « un » dépassement, c’est « le » dépassement. Non pas l’abandon à un autre – à l’Autre – non, même pas l’amour pour lui. L’amour senti n’est pas l’amour total, il pue l’attachement à soi, au soi inférieur (ego). L’Amour qui dépasse tout sens, la Paix qui dépasse tout sens, la joie qui dépasse tout sens. Au-delà de l’amour, de la paix, de la joie.

Etat où l’on sombre…

Qu’est-ce qui sombre, mais il y a « sombrage » comme l’on dit sombrer dans le sommeil […]. Un « abandon » de soi, mais un abandon ni à quelqu’un ni à quelque chose, mais un abandon tout court.

Et pourtant l’on sent que cet « ego » qui limite, qui empêche la plénitude d’être, nous coupe du ‘tout’ tout en étant le moyen de parvenir au tout […] Cet ego n’a pas encore sombré. Mais peut-il résister longtemps aux sombrages successifs de l’inférieur savi kalpa samadhi ? (Absorbtion (samadhi) au-delà de toute activité mentale (nivikalpa).

… Satori est le vrai baptême, cette vue nouvelle de soi et du monde, non connaissance intellectuelle, mais transformation profonde, abyssale, cataclismale de l’être – et non ce versement d’un peu d’eau sur la tête, qui voudrait être le baptême de feu dans l’Esprit. »

djal 198

Belle semaine

François

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