D’un jour à l’autre 474 : La conscience identifiée deuxième partie

Pendant longtemps nous ne voyons pas qu’il y a d’un côté celui, celle, qui se vit en tant que personnage, et de l’autre, la vie qui vit à travers une forme manifestée. Tant que l’identification de la conscience à, source de l’identité « je suis quelqu’un », n’a pas été mise en contraste au cœur d’une saveur de ce qu’est la nature/vacuité de la conscience, les deux sont mêlés, fusionnés. Tous nos efforts sont concentrés dans la protection du personnage, de ce qu’il pense, croit, etc. Tous ses actes, « bons ou mauvais », ne sont qu’autoprotection. Et plus surprenant encore, lorsqu’il croit percevoir l’autre, il ne voit que sa propre image projetée sous formes de sensations, d’émotions, de pensées, de j’aime/je n’aime pas.

Lorsque la nature/vacuité de la conscience se dévoile, nous découvrons que le personnage n’a jamais vécu et ne vivra jamais la vie, car vivre c’est être, et être c’est être disponible à une manifestation unique, unique autant par ce qu’elle porte de formes et de fruits (je parle ici des dons et non des programmations du psychisme), qu’aux conditions favorables ou non qu’elle rencontre. Le personnage, ou conscience identifiée programmée, ne fait qu’exploiter la vie ; même quand il prétend être respectueux de l’autre, de l’environnement etc. : il ne fait qu’établir le règne de ses programmations, de ses certitudes, de ses croyances, de ses idéologies, exactement comme l’autre qu’il combat. En lui aucune disponibilité ; il suffit de voir ses réactions dès qu’il est contré.

La disponibilité à la vie repose sur une absence totale de lien entre acte et attente de résultats, entre pensée et sensation d’en être l’auteur, entre émotions et certitude que l’autre légitime l’émotion. La disponibilité repose sur l’absence d’un percevant, d’un ressentant, d’un pensant que ceci doit être comme ceci et pas comme cela. De cette absence naît une réponse aux situations, sans cette absence il n’y a que tentatives inlassablement répétées du « que ma volonté soit faite ».

Alors seulement le cheminement spirituel peut commencer : la pratique dissout alors le pratiquant, l’accomplissement dissout alors l’existant ; tout ce qui est ressenti, pensé, senti, révèle l’identification de la conscience à ce qui est ressenti, pensé, senti à travers un vécu particulier : « moi/je » je ressens etc.

Il est alors clair que l’existence humaine n’est qu’un appel à voir ce qu’est la partie séparée du tout, à voir que revenir au tout c’est quitter ce qui délimite les contours de la partie. Quand les deux sont vus, le chemin commence dans un quitter perpétuel un psychisme/identité et ses points de vue, et un découvrir perpétuel ce qui, simplement, est.

Ce « découvrir perpétuel » est ouverture constante. Cette ouverture constante n’est pas vécue comme l’ouverture d’un quelqu’un qui s’ouvre, mais comme un contour qui d’instant en instant s’estompe. C’est la vérification de la parabole des vieilles outres et du vin nouveau ; en effet, chaque ouverture, chaque élargissement, se fait au cœur de la disparition de ce qui était précédemment. Il ne s’agit pas d’une progression, mais d’une succession de ruptures, d’une succession de morts de l’ancien, pour qu’un nouveau survienne, et ce nouveau est à son tour quitté d’instant en instant, au cœur d’une présence continue, d’une vigilance naturelle – mot qui signifie simplement : « laisser la conscience en état de veille » ; nous savons le faire pour nos ordinateurs, mais pas pour nous. Nous comprenons alors tout le sens d’un karma épargné (j’appelle karma épargné, le karma qui nous évite la guerre, la famine etc.) et qui nous accorde la chance d’une vie privilégiée – un toit, à manger, des moments heureux, du temps. Si cette grâce d’un Karma épargné devient le terreau d’une véritable découverte du moi et de l’au-delà du moi, alors ce karma épargné se transforme en « bon » Karma, et les évènements de notre vie en grâce. Nous n’avons plus qu’une seule difficulté à affronter : déjouer moi/mental d’instant en instant (moi et mental désignent la même chose). Tant de vies ont en plus les conditions d’un quotidien plus que défavorable.

C’est sur un lac et par temps calme, à bord d’un optimist que nous pouvons apprendre à naviguer ; pas à bord d’un trimaran jeté dans les quarantièmes rugissants. 

S’éveiller – au sens le plus ordinaire, nous en avons le goût chaque matin – c’est quitter un personnage que nous croyions être dans le rêve, des situations que nous croyions rencontrer, des paysages et des lieux en lesquels nous étions certains de nous trouver ; c’est quitter celui qui se prend pour quelqu’un.

C’est pareil dans la « vraie vie », mais cela il faut le voir, pas seulement le comprendre – comprendre doit nous entraîner dans la vérification de ce qui est compris ; sinon, la compréhension nourrit le rêve. Et la clé de cette compréhension est la vision témoin. En elle se produit peu à peu la dissociation conscience – perceptions/sensations/ pensées.

À tout moment notre vie peut devenir la grâce qui produit la bascule d’un « penser » en une vision en laquelle et pour un instant, il n’y a plus trace d’un quelqu’un, d’un état en lequel le j’aime/j’aime pas a disparu.

N’oubliez pas de mettre les sous-titres en Français, s’ils apparaissent dans une autre langue.

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Belle semaine

François

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