D’un jour à l’autre 361 : voir l’ombre

« Si vous ne faites pas face à votre ombre, elle vous viendra sous la forme de votre destin. »

Carl Gustave Jung.

Chacun peut en faire le constat, en sa propre conscience, mais cette découverte ne peut pas être un éclairage sur l’autre. L’autre nous restera à jamais mystérieux, et rien de ce que nous découvrons en nous-même ne nous donne une possibilité « d’expliquer » l’autre.

Parole faite pour retourner (convertir) la conscience sur elle –même, pour permettre à la conscience de regarder « ici », elle qui ne regarde que « là-bas », cherchant et croyant, de bonne foi, la cause et le responsable « là-bas ».

Les enseignements spirituels ne disent pas autre chose, à commencer par le christianisme :

« Quas-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques même pas »

Jésus

Mais voilà, force est de constater que les enseignements spirituels sont souvent détournés par celles et ceux qui se revendiquent d’eux, et que la plupart du temps ces paroles deviennent des armes à envoyer à la figure de l’autre, quand ils n’en font pas des moyens de pression et d’asservissement, des menaces : « si tu ne… ». Ces paroles d’éveil deviennent alors des paroles d’obscurité. Ces paroles destinées à permettre à chacun de voir en lui-même la cause de sa souffrance, d’extraire la conscience de ses identifications, deviennent des paroles de mort, une nourriture pour la conscience identifiée (ego), pour celui qui les profère comme pour celui à qui elles sont envoyées comme une gifle.

Et qu’y a-t-il à voir « ici » si l’on y regarde vraiment ?

Au cœur de ce « voir ici » se dévoile la nature de l’Esprit, notre nature en sa source, ce que nous sommes. Or la nature de l’esprit est d’être, et être n’est pas un concept, c’ est un vécu de vacuité, d’espace, de « Je » sans trace de « moi, à moi, pour moi » dont seule la saveur peut témoigner.

Ce dévoilement de la nature de l’esprit libère l’homme de son histoire, de ses jugements, de ses croyances, de sa psychologie de victime ou de bourreau, et de cette étrange façon de fonctionner qui lui fait reporter tout sur « l’autre ». Le dévoilement de la nature de l’esprit libère l’homme de cette maladie qui l’oblige à vomir ce qu’il est sur l’autre. Le dévoilement de la nature de l’esprit libère l’homme de tout ce que l’homme a fait sien, a saisi (évènements, paroles et actes de l’autre, croyances religieuses ou politiques, éducation familiale et sociétale). Le dévoilement de la nature de l’esprit permet à l’homme de voir comment, à partir de cette saisie, il a construit son identité, son point de vue, et affirme « je suis ceci, cela (épanoui, traumatisé, beau, laid, intelligent, stupide, premier ou dernier de cordée » . Jésus appelle l’homme identifié « l’homme riche », et déclare que cet homme se condamne à ne « jamais entrer dans le royaume » c’est à dire à ne jamais revenir à ce qu’il est : Vacuité, Paix, Conscience non identifiée, non affectée et non affectable, non limitée.

Le dévoilement de la nature de l’esprit provoque un retournement radical à partir duquel le pardon ne concerne pas l’autre, mais l’effacement pur et simple de ce qui « ici » peut être offensé, à partir duquel l’homme ne trouve plus aucune excuse à ce qu’il est, ce qu’il fait, ce qu’il dit, ce qu’il pense « de ».

Il lui est révélé une vérité que l’ego refusera toujours :

« Tout arrive, le tout m’arrive que tu vis et ressens, tu en es le seul artisan, et il est la cause unique de ta souffrance. Alors arrête de le nourrir et le défendre pied à pied, à chaque instant. Arrête de rendre l’autre responsable de ce que tu es. » En ce dévoilement il m’est montré que la haine est totalement « mienne », si je n’étais pas en partie haine, rien ne pourrait me rendre haineux. Si j’aimais, mon amour n’aurait pas de contraire, rien ne pourrait m’empêcher d’aimer, de comprendre celui qui ne me comprend pas, et l’idée même de vouloir être aimé ou compris serait à jamais dissoute.

Dans ce dévoilement notre ancienne vision s’écroule et avec elle notre monde personnel est totalement mis en question.

Alors se vérifie ce que dit Jung :

« Réfléchir c’est difficile, c’est pourquoi la plupart des gens jugent »

 

Et en effet réfléchir nécessite de polir notre conscience pour qu’elle laisse apparaître notre propre image, celle que nous ne voulons pas voir, celle faite de toutes nos histoires, toutes nos croyances, toutes nos programmations.

 

Découvrir la nature de l’esprit (le petit satori) provoque la conversion : ce qui était cause « là-bas » devient ce qui révèle « l’ici » (réaction personnelle à). Il est vu alors comment l’humain tient fermement sans vouloir la lâcher, la pierre qui le noie. Il ne voit pas que c’est lui qui tient la pierre et crie haut et fort que s’il se noie c’est à cause de la pierre. Certes la pierre était sur notre chemin, mais étions-nous obligé de la ramasser et de ne plus la lâcher ?

Les évènements de notre vie, aussi douloureux soient-ils, sont simplement arrivés, apparaissant le temps où ils se sont produits, puis ont disparu. Egalement ce que nous vivons et rencontrons aujourd’hui. Mais nous, nous nous en saisissons, à travers eux nous continuons d’écrire notre histoire à chaque instant. Nous nous enfermons dans un système victime / bourreau, réussite échec etc.. jouant tantôt le rôle de l’un, tantôt le rôle de l’autre, au lieu de faire de chaque événement rencontré le levain de notre libération, le levain de notre déprogrammation, le levain de notre propre connaissance que le maître zen Eihei Dogen, définit ainsi :

 

« Se connaître soi-même, c’est s’oublier. S’oublier, c’est s’ouvrir à toutes choses. »

 

S’oublier c’est arrêter de tout voir à partir d’un point de vue personnel, c’est laisser la vie devenir le rabot de l’ego. C’est devenir « Cela » en quoi tout apparaît, simplement. C’est voir enfin le sens de l’existence si bien défini par Ajahn Chah.

citation ajahn chah

Maître Dogen nous dit :

« Si tu ne trouves pas le calme, ici et maintenant, tu le trouveras où et tu le trouveras quand ? »

Belle semaine

François

Chant diphonique – Anna Maria Hefele – YouTube

 

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