Des kurt du Kirghizstan en France

(C’est au tour de Maïlys de prendre la plume pour raconter les quinze derniers jours du mois d’août… Oui, effectivement, nous sommes un peu en retard. Mais nous promettons de rattraper cela en postant les articles suivants avec une rigueur métronomique !)

L’extrait de récit de voyage qui va suivre a été retranscrit après de longs mois de déchiffrage. L’état du cahier après avoir souffert sous la pluie, le vent, le soleil, le sable fin et le voyage (durant lequel il s’est chiffonné au fond d’un sac à dos), était, comme vous pouvez l’imaginez, catastrophique ! Ce carnet de voyage ayant été retrouvé dans le sac de sa propriétaire, il paraîtrait que celle-ci ait survécu au périlleux périple au Kirghizstan !

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Après le départ de Pierre, nous sommes resté.es quelques jours de plus à Almaty. Cela laissait le temps de remplir la mémoire de l’ordinateur de films et de musiques (et d’acheter une nouvelle enceinte pour remplacer l’ancienne toute grésillante suite à notre nuit ensablée au lac de Bartogai !). Cependant, il fallait planifier la suite du voyage pour répondre à nos questions : « et maintenant où va-t-on ? Comment y allons-nous ? En train ? Trop cher ! En taxi ? Mmmh, on pourrait, car ce n’est pas si cher que ça ici, mais bon… pourquoi pas le bus sinon ? Oui, on ira en mashrutka ! ». Les mashrutkas sont ces bus, qui ressemblent à des camions aménagés, dans lesquels des sièges ont été fixés au sol, des fenêtres découpées au milieu de la taule recouverte d’une moquette peu coquette. On peut être assez tassé.e dedans, car les allées sont parfois remplies de gens assis sur de petits tabourets ou par terre.

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La prochaine destination sera Balyktchy où Nicolas et Camille ont leurs deux restaurants habituels, les seuls avec Wi-Fi. Il faut prendre un mashrutka de la gare routière de la capitale du Kazakhstan pour passer la frontière avec le Kirghizstan, puis remonter dans le bus avant que celui-ci ne reparte sans nous (il s’est tout de même bien vidé après la frontière et le conducteur n’attend pas une seconde les éventuels retardataires!). Le bus s’arrête à Bishkek, capitale du Kirghizstan, où l’on s’approvisionne en samsa (les plus raffinés mangés jusqu’alors, car il y a plus d’oignon et de viande, que de gras et de gras!). On croise une petit fille, très fière de venir nous voir pour nous dire les quelques mots d’anglais qu’elle connaît ; « Good morning ! What’s your name ? My name is Aisha ». Un Kirghize à l’accent américain vient aussi nous parler, pour nous conseiller les endroits touristiques à visiter. Arrivé.es à Balyktchy, nous prenons un taxi pour 50 som (nous devons maintenant convertir en Som et non plus en Tengé, comme au Kazakhstan) pour trouver notre bivouac idéal au bord du lac Issyk-Kul. Finalement, nous sommes forcé.es de planter la tente en face de yourts-restaurants, car plus loin, un camp militaire empêche l’accès à la suite de la plage où Camille et Nicolas avait leur coin de bivouac favoris !

Le lendemain matin, j’ai la surprise d’être observée à travers ma maudite fenêtre de tente (qui permet à quiconque de jeter un œil à l’intérieur !), par un Kirghize qui vient ensuite nous parler pour savoir d’où on vient, etc. Voici le scénario habituel : un Kirghize (jamais une femme n’est venue nous poser des questions) s’approche, alors on dit bonjour poliment avec « Zdratsvouite ! », à quoi on nous répond de manière plus familière ‘Ztradste ! », puis la routine: « Atkuda ? –Francia ! –Ah, Francus ! –Da, da ! –Vi govorite pa ruski ? –Tchut tchut… ».

Deuxième surprise de la matinée : les moustiques ! Nous étions en plein marécage ! On comprend mieux alors pourquoi l’homme venu nous aborder, nous faisait signe que nous étions fous de rester là au milieu des moustiques qui piquent.

Troisième surprise : l’eau turquoise, devant ces montagnes kirghizes orangées (et blanches en altitude) ! Un paysage magnifique s’offre à nous le matin et nous nous jetons dans cette eau claire et tiède. Se baigner dans ce cadre est assez exceptionnel et nous y rêverons quand nous serons perchés dans les montagnes, rationnant l’eau !

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Après avoir bien profité.es de l’endroit, nous repartons vers Karakol en faisant le tour d’Issyk-Kul. Nous ne sommes pas rassuré.es dans ce taxi qui se croit dans un film de course-poursuite. Il commence en effet un duel avec un autre taxi qui le double, le redouble et à qui il fait une queue de poisson… Nous sentons notre fin arriver ! La voiture roule tantôt à droite, tantôt sur une des dix voies du milieu ! Et après avoir foncé dans un corbeau sans aucun souci de conscience, nous arrivons enfin et avec un grand soulagement à Karakol, devant un parc où nous posons nos tentes.

Le lendemain matin, il ne faut pas espérer être tranquilles dans le parc : des enfants viennent tous près de nos tentes, sûrement intrigué.es et je les vois se pencher sur ma fameuse fenêtre de tente et courir dans tous les sens en criant. Cela nous fait vite lever et plier nos tentes. Puis, nous allons manger au bazar : du maïs salé en épi tout chaud, des manti (à la viande et oignons, et pour la première fois, il y en a des végétariens au fromage, et d’autres aux herbes ! le bonheur !) ; on découvre aussi l’ashyan-fu, une soupe très bonne, typique de la ville, faite de pâtes au blé et d’autres, taillées dans une gelée d’eau de riz, immergées dans un bouillon de légumes épicé. Ceux en manque de matières grasses (qui manquent souvent au Kirghizstan !), prennent aussi des rochan, des manti fris.

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Nous faisons aussi des provisions pour la prochaine randonnée prévue pour cinq jours maximum : le plein de riz, de pâtes, de sarrasin, de concentré de tomates, d’épices, de quelques légumes (oignons et poivrons, qui se gardent le mieux), de petits gâteaux (parmi un large panel de choix sur les étalages), des kurt (fromage sec), des naan (pains cuits dans un four, collés aux parois) et quelques samsa et beignets aux pommes de terre pour le soir. Il faut au moins ça pour faire la randonnée jusqu’au lac Ala-Kul qui va jusqu’à 4000m d’altitude !

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Le premier jour, nous nous arrêtons assez tôt pour aller chercher du bois et faire un petit feu de cuisine. Nous regardons Les demoiselles de Rochefort, qui nous transporte dans un univers bien différent de celui dans lequel nous évoluons ! Le matin, on nous réveille encore, et cette fois, avec une pointe d’agressivité ! Un berger vient crier devant nos tentes (après qu’une de ses vaches ait fait tomber le piquet qui tient ma tente) et demande de l’argent pour la tente qu’on a posée à un endroit gratuit ! Il se fait renvoyer par Nicolas et dit qu’il reviendra, mais sachant qu’il n’a rien à nous demander, on ne le revoit pas et c’est tant mieux, car il n’était pas bien agréable… Nous nous réveillons un peu énervé.es, prenons le petit déjeuner et repartons rapidement.

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Nous arrivons bientôt à la vallée d’Alatyn-Arashan, qui est parsemée de yourtes pour que tous les touristes viennent, manger, dormir…et prendre des bains dans une eau soit disant chaude. C’est en fait le lieu de réconfort pour la fin d’une longue randonnée. Nous parlons à certains randonneurs en sens inverse, qui ne nous donnent pas tellement confiance en notre programme, car la randonnée paraît bel et bien difficile et longue !

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Nous prenons de l’altitude, ce qui m’empêche de respirer profondément (à la différence de Nico et Camille qui se sont déjà bien entraîné.es dans les hauteurs kirghizes). La nuit se rafraîchit terriblement et il devient déchirant de quitter le feu pour aller dans une tente toute froide. Plus nous montons, plus nous voyons arriver de gros nuages menaçants, dans notre direction. L’après-midi, n’y tenant plus, les nuages lâchent toute l’eau qu’ils ont, nous obligeant à planter la tente sur le premier terrain plat trouvé, où nous dormirons finalement. Cela fait trois jours que nous grimpons et nous commençons à nous demander si nous arriverons vraiment à aller jusqu’au lac et à redescendre en deux jours. Nous n’avons pas prévu la nourriture pour une semaine, donc il est impossible de s’attarder dans les montagnes. Le soir, deux femmes trempées viennent camper à côté de nous et nous disent qu’elles viennent d’en haut, où elles n’ont rien aperçu du paysage à cause de la météo ! Il était donc plus judicieux d’attendre le lendemain pour monter jusqu’aux 4000 mètres.

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Cependant, il faut se lever très tôt pour marcher le matin, tant qu’il ne pleut pas. C’est ce que nous faisons en nous levant avec les premiers rayons de soleil pour atteindre, après une marche infinie, le pied de la dernière montagne à franchir pour voir le lac. Cette montée impressionnante se fait à pic et nous voyons des gens la descendre sur les fesses, ce qui semble inquiétant.

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Nous arrivons finalement en haut, après bien des efforts et des pauses, où nous sommes ébloui.es par la vue.

D’en haut, nous voyons la vallée que nous avons traversée d’un côté, et de l’autre, le lac azuré dont on voit la source coulant d’un glacier ! Nous ne sommes pas seul.es à contempler ce magnifique paysage et nous nous pressons de descendre l’autre pan de la montagne, pour ne pas être dans les pierriers au moment de la pluie.

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Cette journée fut interminable et éreintante, mais valait le détour. En revanche, nous n’en pouvions plus de descendre et remonter sans cesse dans des pierriers, détruisant pieds et chevilles, avant d’arriver à la vallée ! Le soir, nous sommes largement soulagé.es d’être arrivé.es au bord de la rivière.

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Mais une bonne journée de marche nous attend encore le lendemain pour se rapprocher de la ville. C’est donc avec un grand enthousiasme que nous montons dans une voiture (après des heures de marche et un repas sauté !), qui nous propose de nous amener à Karakol alors que l’après-midi est déjà avancée.

Le soir et pour plusieurs jours encore, nous retrouvons notre bivouac dans un coin du parc public. Nous nous familiarisons avec les quelques restaurants offrant le Wi-Fi, dont un café où tous les touristes se retrouvent, laissent et prennent des livres en diverses langues. Camille et Nicolas sont donc excité.es de trouver un roman policier en Français…même si cela ne s’avère pas être le meilleur livre qu’ils aient lu !

Bien reposé.es et après avoir traîné dans les rues de Karakol plus de jours que prévus, nous nous dirigeons doucement vers Balyktchy d’où nous devons repartir pour Bishkek. En route, nous passons de très bons moments, à nouveau au bord du gigantesque lac Issyk-Kul, qui sert de mer aux Kirghizes. Cette fois, notre bivouac est un coin idéal, tranquille, creusé dans la roche, sur la plage, avec vue sur l’eau turquoise et entouré de montagnes orangées ! L’orage arrive rapidement et le ciel, chargé, devient noir et tourmenté. Cela n’amoindrit pas la beauté du paysage et son caractère spectaculaire. Le jour d’après, le ciel est clair; les nuages, rosés et l’eau, juste assez fraîche. On resterait bien dans cet endroit paradisiaque pour toujours.

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Mais, les impératifs d’un avion à prendre à Almaty le 30 Août font que l’on en part, à grand regret. Avant de retrouver Balyktchy, nous passons par le Fairy Tale Canyon, dont le nom de canyon de conte de fées exprime bien ce qu’on y voit ! Même si à l’entrée du parc, il est impossible de s’imaginer un canyon plus loin (nous étions désillusionnés à l’avance !), après une petite heure de marche, nous arrivons encore devant un paysage improbable : des montagnes rouges, ocres, oranges…nous font face. Nous restons un moment à grimper sur ces montagnes et à les prendre en photo, enchanté.es.

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Voici venu le temps du retour en mashrutka: direction Balyktchy, puis, Bishkek où nous passons une nuit et un jour. Et nous voilà en peu de temps retourné.es dans cette énorme ville aux grands buildings, qu’est Almaty. Une fois de plus, nous nous réveillons en pleine nuit pour aller en taxi à l’aéroport (merci à Nico et Camille de m’avoir accompagnée !). C’est la fin du voyage pour moi, avec une grande nostalgie, mais pleins de souvenirs mémorables en tête de ce mois passé entre le Kazakhstan et le Kirghizstan !

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