Dernière offrande d’un cœur de glaise

Par milliers, des pas nus, sur tous les sentiers d’une infime vie, portant au creux de mon cœur fragile la tendre fleur de son regard.
Mon souvenir, mon merveilleux trésor.
Naître, finalement nulle part en traversant le temps sans jamais regarder et savoir qu’aucun chemin n’arriverait quelque part.
Les jambes pendantes au dessus des vagues blanchies entre mes pieds salis d’errances se balançant au vent marin.
Tout a été donné, offert, par amour, uniquement par amour. Toute ma vie, jusqu’à oublier, exprès, sans aucun regret, que j’existais.
Personne n’a jamais su et encore moins compris tout le bonheur de mon choix, mon offrande, mon don.
Ne pas le partager avant aujourd’hui en révèle toute la valeur, la qualité, l’intensité.
Une vie, entière, consacrée, dont le seul but se vivait dans le secret du cœur et la sublime mémoire de son devenir, d’elle.
Vagabond de terre, modelé aux instants, sans jamais y entrer, juste pour passer, en effleurant les ombres d’un geste à peine et déjà oublié.
Ne pas vivre, puisque rien ne deviendrait, parce que tout se délivra en éphémères secondes, immortelles.
Les yeux, greffés aux dernières étoiles de l’aube, exorbités de joie, délivrés de l’attente, de l’infini, enfin.
De mes doigts glisse le coquelicot, séché d’une vie, décoloré de regards, presque poussière.
La pluie lavant mon visage au céleste, mes épaules épuisées, et dans mon torse nu se liquéfie un cœur de glaise, sculpté d’amour.
Au lampadaire du ponton, dernier affront à la nuit de ma vie, aucun sursaut pour retenir l’ultime souffle.
Ce matin, d’amour et de vie éteinte, puisqu’elle s’est envolée cette nuit, je me suis pendu, oui, d’amour, à 85 ans.

Création Jean-Marie Albert – Tous droits réservés.

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