D’un jour à l’autre 480 : Entendre maître Eckhart

Un maître soufi contemporain résume en un court poème ce que transmet maître Ekchart dans les citations mises en ligne (D’un jour à l’autre 479).

« À travers l’amour, j’ai atteint un lieu

Où nulle trace d’amour ne subsiste,

Où Je et Nous et le tableau de l’existence

Ont été oubliés et mis de côté »

Javad Nurbaskhsh 1926-2008

La difficulté de ces textes réside dans le fait qu’ils s’apparentent à des kôans ; l’intellect ne peut en saisir le sens.

Contrairement à ce qui est souvent dit, en eux, pas le début d’une ombre d’une réflexion intellectuelle. Ils témoignent tous de la disparition de celui, celle qui est sensé(e) comprendre ; fondamentalement il n’y a rien à comprendre parce que de là où c’est dit, il n’y a rien.

Ce besoin de comprendre et cette croyance qu’il est possible de comprendre « là où nous ne sommes pas encore » est une vraie calamité. En effet en ce besoin et en cette certitude, double perte : illusion de penser comprendre ce dont il s’agit, et non vision d’un mode d’emploi de la vie qui lui est perceptible entre les lignes. En cette pratique aucun « fais ceci, fais cela et tu atteindras… » simple mise en cause du centre que nous ressentons comme étant nous-même, de ses perceptions, de ses sensations, de ses certitudes, de ses sentiments, de ses émotions, de ce monde personnel à partir duquel nous vivons. Ces textes n’ont d’autre sens que d’éclairer nos ténèbres. Mais là encore l’image est biaisée. Il ne s’agit pas d’une lumière qui dissipe l’obscurité, mais d’une rupture de la conscience habituellement perçue comme « éclairée » et de l’entrée en connaissance de son obscurité intrinsèque. Voir et vivre jusqu’en son fond cette obscurité voilà le premier effet de ces textes. Le sol si solide sur lequel nous dansions disparaît. Nous découvrons le mensonge auquel nous condamne l’identité à partir de laquelle nous vivons et percevons le monde manifesté, l’idée de Dieu que nous avons et la recherche qu’elle induit, la vision de la société dans laquelle nous vivons et les réponses que « moi » y apporte, la perception que nous avons de l’autre mais aussi de nous-même, et la relation que cette perception induit.

Ainsi ces textes ne sont-ils jamais des réponses, mais un défit adressé à chacun, à chacune, de passer du penser conditionné et programmé, au voir brut. Si ce saut dans l’inconnu s’opère, une pratique s’ensuit qui n’est pas celle de l’identité moi/je ; la survenue de l’identité dans la conscience, la vision de l’identification de la conscience à chaque instant, et de façon concrète (mes pensées, mes sensations, mes émotions etc) sont vues, laissées être, sans personne pour « en prendre livraison, pour leur servir le thé » ; et en cette simple pratique, le quitter peu à peu « moi/identité », s’accomplit.

Atmanada Udasin (n’oubliez pas les sous-titres français)

Perspectives sur l’Éveil (Partie 1)

Belle semaine

François

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