D’un jour à l’autre 471 : de l’incarnation et du moi.

Pour nous, incarnation et moi sont mêlés, et pour cette raison nous pensons que l’une ne va pas sans l’autre. Et c’est sans doute là la cause de tant de souffrance sur la terre. En effet au lieu de servir notre incarnation dans une vision globale du manifesté, nous sommes soumis à un point de vue « moi/je, psychisme singulier » producteur d’une vision aveugle, exclusive et partiale. Cela est constaté pour tout ce qui concerne la vie sociale, mais aussi, et cela est souvent moins vu, dans l’accomplissement des talents (au sens que donne Jésus à ce mot). Notre psychisme est intrinsèquement vasanas et samskaras, c’est à dire traces anciennes ou récentes non perçues mais tellement actives qu’elles vivent à notre place. Elles sont source de ce que nous aimons, de ce que nous n’aimons pas, de nos choix politiques, de ce qui nous met aux anges autant que de ce qui nous exaspère. Et cette façon de percevoir subjective qui se résume tout entière dans ce : « aux anges ou exaspéré de », nous exclut d’une autre perception, elle simplement objective :

« Si tu es exaspéré, Guéris-toi de cette façon d’être »

Pensées pour moi-même. Marc Aurèle.

C’est bien la dernière chose dont nous voulons être guéri. Notre psychisme légitime nos émotions, nos pensées, nos certitudes, en nous donnant à voir exclusivement « notre monde » et en regardant, pensant et agissant, à notre place.

Arnaud Desjardins disait : « le mental est synonyme du malin au sens évangélique ». Et c’est vrai qu’il sait nous convaincre :

« D’abord sauver le monde, je m’occuperai de moi après. L’autre avant moi ! »

Et comme nous sommes inféodés à lui, nous voyons le conseil que se donnait Marc Aurèle à lui-même, comme pur égoïsme et temps perdu.

Pourtant, bien des signes devraient nous avertir de notre perception erronée ; parfois, si nous avons la chance d’être présent quand une pensée nous « prend la tête », nous nous prenons en flagrant délit de penser au lieu de voir. Et ce n’est pas un jeu de mot. Nous découvrons que nous ne regardons pas la situation à laquelle nous sommes confronté, mais uniquement les pensées d’un psychisme englué en lui-même. Lorsque cela se produit, nous passons brutalement d’un état de tumulte intérieur au calme et au silence intérieur, comme lorsqu’on débranche une machine bruyante. La situation nous apparaît alors comme une pièce lorsque nous appuyons, la nuit, sur le bouton qui commande la lumière.

Plus encore, c’est toute notre façon de concevoir qui nous apparaît. Ainsi ce que nous appelons notre liberté est vu comme l’ordre donné par notre psychisme, conformément aux traces qui l’ont formé.

Ainsi, oser entreprendre ce que Marc Aurèle se propose à lui-même, demande d’être situé dans la profondeur de la conscience afin que puisse s’inverser le flot d’un regard « vers » qui se résume à un regard à partir d’un point de vue, en un regard « en soi » qui se résume à la disparition momentanée au moins, d’un psychisme totalitaire.

Sans ce regard en soi, sans cette mise en veilleuse de notre psychisme, aucune mise en cause de ce qui est « ici » prendra la place du « faire la guerre » à ce qui est là-bas. Nous constatons chaque jour que la vie s’écoule dans une répétition affligeante d’affrontements fratricides, d’horreurs sans nom, points de vue contre points de vue.  Nous ne voyons pas que le point de vue, c’est la gastro de la conscience, que le point de vue est, par essence, combat pour la survie d’une vision individuelle formatée par un psychisme programmé, et rien d’autre.

Nous citons volontiers et sincèrement :

« Ne soyez dérangé par rien.

Laissez la porte de devant et la porte de derrière ouvertes.

Autorisez vos pensées à entrer et sortir.

Simplement, ne leur servez pas le thé »

Shunryu Susuki

sans entrer en conscience que ce «  ne soyez dérangé par rien, c’est ce qui reste quand ce qui nous est si cher : nos pensées, nos émotions, nos « pronoms possessifs », ont été laissés. Quand « moi/je/identité » est quitté.

Que : « ne pas servir le thé aux pensées », c’est ne pas servir le thé à l’identité/psychisme qui affirme : « moi/je » suivi de tous les verbes qui existent.

            Alors survient l’évidence :

Il n’y a pas de libération du moi qui libérerait le monde, l’humain ne peut qu’être libre du moi, l’être humain ne peut que libérer le monde de son propre psychisme.

Et le chemin commence, exigeant, pas facile, mais parsemé d’instants lumineux, clairs, au cœur, parfois, d’une vision originelle.

Belle semaine

François

Merci à Jean-Marie pour ce chant :

The Swingles – If Ye Love Me (Thomas Tallis + Live Looping)

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