D’un jour à l’autre 468 : La forme et le sans forme

Ce thème a souvent été l’objet de discussions sans fin. Pourtant la question n’est pas là. Il ne s’agit ni de la forme, ni du sans forme, mais toujours de celui ou celle qui pense, voit, croit … la voie, les voies, n’ont rien à montrer, sinon « celui, celle » qui croit voir à partir d’un point de vue personnel !

La manifestation est formes, et la forme ne se réduit pas à l’apparence visible : la personnalité, la pensée, l’émotion, la sensation sont formes elles aussi. Et depuis toujours l’homme lutte contre les formes qui ne lui conviennent pas, ou se perd dans les formes qui le fascinent. Il réagit à des images qu’il perçoit comme extérieures, sans voir qu’il ne voit en elles que les reflets de son propre psychisme. Tant que cette projection n’est pas déjouée, l’homme ne se heurte ou n’est attiré que par lui-même, il est l’incarnation du mythe de Narcisse.

À bien y regarder, la forme est toujours pesante dans sa fascination, qu’elle soit religieuse, idéologique, laïque, mondaine, ou athée. Mais ce qui est pesant, ce n’est pas la forme, mais bien la fascination, et la fascination n’a qu’une source : celui, celle qui se laisse fasciner et vit de cette fascination.

À bien y regarder le vide ou sans forme, est la grande et l’unique terreur du moi ; mais ce n’est pas le vide ou sans forme qui est effrayant, mais la négation qu’il représente pour celui, celle, qui se vit en tant que « je suis moi un quelque chose ». Le vide ou sans forme ne provoque pas, mais révèle la terreur que recèle intrinsèquement la nature de l’identité « moi/je ».

Oser laisser être ce qui est, et ce que nous sommes, là où nous sommes, sans vouloirs, sans attentes.

Sans doute, à première vue, cette affirmation fera l’unanimité… parce que, comme toujours, le mental ne perçoit que la moitié de la proposition, celle qui l’arrange : pouvoir se répandre sans limite dans sa singularité psychique, avènement du règne d’un moi autocrate.

Mais que sous-tend être et laisser être ?

Simplement la disparition de toute identification de la conscience à quoi que ce soit, à commencer par l’identité en laquelle elle a perdu « l’être ».

Il ne s’agit pas du tout d’une mise à mort de quoi que ce soit en nous. Il s’agit d’un voir en lequel nous commençons à nous détendre au cœur même de notre existence en nous distanciant peu à peu d’un « moi-même » qui a réduit une vie immense en un point de vue étriqué. Nous commençons à ressentir que s’absenter peu à peu de l’attraction du point vue, nous ouvre simultanément à une vue plus large, incluant de plus en plus le multiple, et le faisant percevoir comme le chant de l’UN qu’il Est et que nous Sommes. Aube d’un amour que l’on est, disparition d’un amour que l’on portait ou refusait à.

Courte vidéo :

Quand l’homme entend sa propre vie :

Faouzi Skali : rencontre avec Eva de Vitray-Meyerovitch

Belle semaine

François

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