D’un jour à l’autre 467: La vie que l’on a, la vie dont on rêve…

« N’espérez jamais que vous expérimenterez quelque chose de spectaculaire mais, honnêtement, il n’y a rien de plus étonnant que la reconnaissance de la conscience pure.

Colère, addiction, peur et toutes les autres tendances habituelles perdent leur pouvoir.

[…] nous devons nous habituer à reconnaître cette conscience pure ».

Tulku Urgyen

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« À l’insensé la vie donne le miel sur une lame de rasoir »

Proverbe.

Et j’ajoute

« À celui qui écoute ce que lui dit sa vie, elle devient sa plus sûre et sa plus aimante compagne. »

Que cherchons-nous ? Curieusement c’est une question qui souvent disparaît dans le torrent de nos désirs, de nos attentes, de nos espérances. Pourtant ce que nous sommes venus chercher en cette vie, que cela soit ou non conscient dès le départ, est la source de destins bien différents.

Les « réussites » qui n’ont que l’éclat de l’apparence fourmillent, les réussites qui détruisent celles et ceux qui les ont reçues, et celles et ceux qui les idolâtrent sont légions, les vies heureuses ou non qui deviennent un chemin de libération sont rares. La plupart du temps nous grandissons en regardant la vie des autres avec envie ou effroi, sans plus d’interrogations.

Souvent notre quête du bonheur se réduit à une succession de rêves qui n’ont que peu de réalité avec ce que nous sommes. Nos intérêts se réduisent à ce que nous voulons, ce que nous sommes ne nous intéresse pas. Pourtant il est évident que la première chose à connaître c’est bien celui ou celle à qui cela peut être éventuellement accordé par la vie.  Obtenir est une chose, être capable de surfer cette vague dont je rêve en est une autre. La capacité dont il est question ici n’est pas de même nature que celle dont on parle habituellement dans le monde. Il s’agit d’une aptitude à l’ouverture, et cette ouverture dépend d’une aptitude à une distanciation d’avec nous-même. Par cette distanciation, que mon rêve se réalise ou non, ce cadeau ou ce refus de la vie sera source d’un enrichissement intérieur bouleversant les codes de l’épanouissement habituellement transmis. Dans cet au-delà de l’attendu fixé par le moi, l’aube d’une liberté intérieure poindra. Alors seulement, simultanément à cette aube, notre vie commencera-t-elle à ruisseler de façon heureuse sur « l’autre ».

Une vie devient un chemin le jour où nous prenons conscience que son sens ne se trouve pas dans le résultat visible mais dans ce que ce résultat visible opère en nous.

Être premier de cordée n’a aucun sens en soi, et peut même être un non-sens absolu si nous sommes nés insensés, et être dernier de cordée de même.

Et pour détendre tout de suite l’atmosphère, de ce que j’en vois, à commencer par ici, en moi-même, il est extrêmement rare d’être né sensé, que l’on ait « réussi ou raté » !

Lorsque le sens d’une vie est perçu, obtenir ce que l’on veut devient subordonné à la conscience que l’on a de ce que cette obtention va opérer en nous (le BIB ou bonheur intérieur brut) :

« Cette obtention va-t-elle faire de nous un fétu de paille dans le torrent de son énergie, ou nous rendre plus libre de nous-même ? »

Jusqu’à aujourd’hui notre identité reposait uniquement sur la dualité réussites/échecs ; nous nous sentions libres et invincibles dans l’obtention, détruits par la perte ou la galère. Notre destin jouait avec nous comme le chat avec la souris, mais tant que tout allait nous ne le voyions pas.

La souffrance ou l’échec sont souvent le début d’un chemin, les situations douloureuses étant plus propices à faire naître le retournement de la conscience sur elle-même que les situations heureuses en lesquelles nous ne voyons aucune raison de ne pas nous fondre.

Que voulons-nous ? seulement réussir, ou portons-nous consciemment l’amour d’une graine à éclore, comme le jardinier dans son jardin ? Quant à celui qui sert vraiment un don plus que ses fruits, il touche par moments à la joie d’être.

Alors seulement, à partir de cette saveur entraperçue, nous commençons à voir que la joie reçue par la réussite peut être spoliée par le personnage qui en jouit, quand la réussite devient un voile séparant de la simple joie d’être ce que la vie souhaite manifester à travers notre incarnation. À cette profondeur, la vie devient un chemin vers l’être.

Et nous savons alors qu’au cœur simple sa propre vie telle qu’elle est, est toujours la compagne aimante qui chemine avec lui, vers lui-même.

Pour terminer ce partage je vous propose d’écouter et de regarder Augustin Hadelich. Il est un exemple parlant de cette métanoïa qu’est la vie à travers sa cruauté apparente. J’utilise ici le mot « métanoïa » dans le sens que lui donnent les orthodoxes :

« Métanoïa signifie  » au-delà de nous  », au-delà de l’intellect, de notre raison rationnelle et se rapporte à un mouvement de conversion ou de retournement par lequel l’homme s’ouvre à plus grand que lui-même en lui-même »

Père Philippe Dautais.

Augustin Hadelich est un exemple parlant de ce que la vie parfois propose pour nous conduire à réaliser ce que nous sommes venus faire sur cette terre. Il nous montre la capacité qu’ont certains êtres humains à faire de leur destin le terreau de leur épanouissement.

Né en Allemagne, Augustin Hadelich grandit en Italie. Son père est viticulteur et violoncelliste amateur. Lorsqu’Augustin à cinq ans son père commence à lui enseigner les bases du violon ; le petit garçon montre dès lors de réelles aptitudes. Lorsqu’il a quinze ans un incendie survient dans la ferme de ses parents où il travaille et le laisse très gravement brulé au visage et au torse. Transporté par avion en Allemagne, il y est soigné. Plusieurs greffes cutanées sont nécessaires et ses bras comme ses mains ont perdu agilité et souplesse.

Parlant de cette période il déclare des années plus tard :

« Quand j’ai recommencé à rejouer du violon, un an après l’accident, mes doigts se souvenaient de ce qu’ils devaient faire, mais j’ai réalisé que je devais travailler très fort pour les aider. Au bout de trois ans de travail, j’ai repris confiance.

[…] Cette expérience m’a permis de remettre les choses en perspective. Cela m’a permis de voir quelle place prenait la musique dans ma vie et qu’elles étaient mes véritables valeurs.

[…] C’est peut-être à cause de cette expérience – parce que j’ai eu ce moment où je n’étais pas sûr de jouer à nouveau du violon – que j’apprécie davantage ce qui se passe dans ma vie. J’essaie vraiment de profiter de chaque instant. »

Augustin Hadelich plays Bach Sonata No 2 – Grave and Fuga

Belle semaine

François

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