D’un jour à l’autre 463 : Noël

Noël ne fut pas célébré avant le IV e siècle ; il remplaça les fêtes célébrant le solstice d’hiver.

Le solstice d’hiver est l’instant où la durée du jour augmente.

Souvent la lumière et la nuit sont présentées en opposition. Le combat de la lumière sur les ténèbres. C’est une fois de plus une vision totalement mentale. C’est curieux de voir à quel point la terre qui nous enseigne si bien dans sa façon de nous apparaître, n’est pas entendue.

L’aube nous fait assister à la naissance de la lumière. Il ne s’agit pas d’un combat mais d’une mise au monde de la lumière par la nuit, au cœur d’une paix et d’une douceur profonde. Quant au crépuscule, il n’est pas cette extinction effrayante que l’on nous distille un peu partout. C’est un embrasement du manifesté retournant en sa source non manifestée.   

La fête de Noël symbolise cet instant où la lumière de « La Conscience » sort de la nuit de la conscience identifiée ou ego. La conscience identifiée est donc le lieu de l’enfantement de la Conscience en Elle-même, par Elle-même, et s’apparaissant à Elle-même. La larve devient chrysalide au cœur d’une mort acceptée. Et là encore, cette mort acceptée n’est pas le fait de souffrances inhumaines subies, mais d’un abandon au cœur d’une expansion infinie.

Cet instant est décrit dans toutes les traditions ; dans le christianisme, une histoire symbolique parle au chrétien de cette naissance, et du « déprendre » qui la précède.

Avant la conception, il y a l’annonciation ; l’ange visite Marie.

Mais qu’est-il cet ange, et que représente Marie ?

L’ange c’est le souvenir oublié de ce que nous sommes.

Marie c’est la conscience individuelle abandonnée dans l’ouverture, le oui à ce qui est. L’ouverture à ce qui est, est une démarche totalement folle pour l’ego. L’ego, par instinct de survie, veut faire le monde à son image. L’ouverture à ce qui est lui propose de devenir un espace d’accueil infini au monde tel qu’il est. Et en s’ouvrant, il se perd en tant que séparation et limite.

Souvent l’évocation de s’ouvrir au monde tel qu’il est provoque une tempête d’indignations. Comment ! devant tant d’injustices !!!

Bien sûr, pourtant, ce qui n’est pas vu, c’est que ce monde si injuste n’est que la manifestation même de l’ego. S’ouvrir au monde tel qu’il est, ce n’est pas légitimer les injustices du monde, c’est dissoudre l’ego qui le crée. Dissoudre l’ego, c’est rendre au monde la possibilité d’être ce qu’il est lorsqu’il manifeste l’Être.

Et la fête de Noël ne parle pas d’autre chose.

« L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Marie, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors :

« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. »

  Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »

Comme dans tous les textes initiatiques, le premier écueil à éviter c’est d’en avoir une lecture anthropomorphique. La virginité représente toujours une conscience vide de tout formatage, une conscience sans ego, et non la virginité corporelle. La lecture de départ déploie les paysages qu’elle donne à voir. Si la lecture est récupérée par l’ego, le paysage qu’elle offre devient un labyrinthe sans issue.

Quant à la réponse de Marie, elle peut nous indiquer un point essentiel :

Nous pensons toujours que ce que nous sommes est l’obstacle à la grâce. Non, ce qui fait obstacle à la grâce c’est l’identification à l’incarnation corps/psychisme. Si nous quittons toute image de nous-même, l’Esprit saint se révèle. Quant à l’Esprit saint c’est juste la pure nature de la Conscience, la vacuité de l’Être. Si Marie reçoit, c’est justement parce que sa conscience est vide d’elle-même.

 « L’ange lui répondit : « L’esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. »

Marie dit alors :

« Je suis la servante du Seigneur ; que tout se passe selon ta parole. »

Cette dernière réponse de Marie marque « l’ultime quitter le dernier point de vue personnel ».

Le point de départ est donc cet au-delà d’un « moi », et cet au-delà du moi est le seul « lieu » de la grâce.

Ensuite le récit se poursuit jusqu’au jour où l’enfantement doit se produire. Et là il n’y a aucun hôtel ni auberge pour accueillir la mère et l’enfant.

Ce manque d’accueil n’est pas à chercher là-bas, dans un monde d’hôtels et d’humains. Il est à voir ici, en notre cœur/ego. Il n’y a pas de place simplement parce que l’ego ne voudra jamais accueillir cet au-delà du moi.

Pourtant Joseph et Marie trouvent une étable. Le lieu réservé aux animaux qu’aucun humain ne veut pour logis.

Ce lieu correspond à la caverne du cœur. C’est la trace en laquelle veille l’Origine. Et en ce lieu, Marie, Conscience/vacuité, donne naissance à Jésus, « Je Suis », symbolisé par la fragilité d’un bébé.

Dans toute cette histoire symbolique un personnage reste en second plan : Joseph.

Joseph symbolise la véritable pratique, c’est à dire celle qui dissout le pratiquant. Cela commence avec la conception de Jésus, puis se poursuit tout au long du récit. Ce que fait Joseph « l’efface » et permet à « Jésus » de survivre, puis de grandir.  En effaçant le pratiquant, la pratique et le chemin permettent à la conscience dualiste de se résorber en sa source non duelle.

Belles fêtes de Noël.

François.

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