CYB : Première partie

Comme l’indique le titre, cette nouvelle sera publiée en plus d’une fois. Dans ce cas-ci, cinq parties au total ! Bonne lecture !

Il s’agit d’une journée typique.

Qu’il pleuve, vente ou qu’il fasse soleil, tout ce que je fais est du pareil au même. Je laisse mes batteries se recharger d’une heure du matin à cinq, je passe à mon briefing 30 minutes plus tard et ensuite, je m’aventure sur les rues de notre ville.

C’est mon boulot depuis mon activation d’il y a trois ans. De courtes nuits, des journées longues et, bien entendu, pas de pause étant donné que je n’en ai pas besoin. Après tout, moi comme tous les individus qui me sont semblables partageons ce facteur d’efficacité : c’est la joie d’être un cyborg. Ou, pour simplifier, un ancien humain qui a décidé de son plein gré de laisser son ancienne vie de côté pour contribuer à l’amélioration de notre société.

Aucun de nous n’a de prénom. Celui que nous possédions autrefois a été, comme tous les autres souvenirs qui nous rattachaient au passé d’humain ordinaire, effacé de nos mémoires pour notre bien. Et, bien franchement, l’envie de le connaître ne me prend pas. Par mesure d’efficacité cependant, nous possédons chacun un nombre : le mien étant le 1808.

Cela dit, les civils nous surnomment « Cyb » parce que c’est plus simple pour eux. Les humains sont tous pareils : toujours à aller vers la simplicité. J’essaie de me dire que je ne vaux concrètement pas mieux qu’eux, mais… Je sais que c’est faux. Pas avec mes deux jambes en titane. Ni avec mon bras gauche conçu avec un matériau similaire. De plus, je ne dépends plus des organes qui sont nécessaires à la survie d’un être humain : tout a été remplacé par un circuit électrique qui est alimenté par mon cerveau qui est le seul organe à ne pas avoir été retiré.

Malheureusement, la technologie rendant mon existence possible n’est pas encore tout à fait au point : c’est pourquoi il nous faut, à mes autres confrères et moi-même, une période de rechargement de quatre heures pour pouvoir fonctionner les 20 heures suivantes. J’ai foi que ce sera un jour possible, mais pour l’instant…

Je continue de patrouiller les rues de ce quartier comme je dois le faire. Je m’assure que tout soit en ordre : pas de déchet sur la voie publique, pas d’embouteillage inutile, pas de menace…

Puis, j’entends quelque chose se casser suivi d’un hurlement. Tout de suite, je me dirige vers la source de la commotion au pas de course, ne m’arrêtant que quand j’y suis, une dizaine de secondes plus tard. J’y vois un homme menaçant une femme. Celle-ci est appuyée contre un mur, les jambes flageolantes, tandis qu’elle essaie de tirer les sangles de son sac contre elle et loin de lui. Je n’attends pas. De quelques pas, j’attrape le suspect par le col de sa veste et le tire, le balançant contre le mur de l’autre côté.

Face à l’impact, le souffle lui coupe, mais je ne m’arrête pas pour autant. Je le laisse tomber sur le sol, puis ramène ses bras à l’arrière pour le menotter tout en lui récitant ses droits Miranda.

« Vous êtes en état d’arrestation. Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra et sera utilisé contre vous devant une cour de justice. Vous avez le droit à un avocat et d’avoir un avocat présent durant l’interrogatoire. Si vous n’en avez pas les moyens, un avocat vous sera fourni gratuitement. Au cours de chaque interrogatoire, vous pourrez décider à n’importe quel moment d’exercer ces droits, de ne répondre à aucune question ou de ne faire aucune déposition. »

Les menottes bien mises, je pose ma main robotisée sur ses mains pour le relever et le faire avancer jusqu’à la première voiture pouvant l’escorter jusqu’au poste de police le plus près. Grâce à ma puce cérébrale, les concernés sont déjà au courant : ils ont vu tout ce que j’ai vu et fait. C’est plus efficace ainsi.

J’aperçois enfin la voiture et ouvre la portière, asseyant le suspect à l’intérieur du véhicule qui démarre et quitte ce coin dès que tout est refermé. Je me retourne, sachant très bien que, comme à l’habitude, plusieurs passants m’observent avec curiosité en raison des événements.

« Circulez, il n’y a rien à voir, citoyens. »

Je lance à la foule un regard appuyé, espérant secrètement que mon œil bionique se soit illuminé pour les intimider. La tactique semble fonctionner puisqu’en quelques instants, les curieux se dispersent. Je soupire, soulagé, et m’apprête à reprendre ma patrouille quand une main se dépose sur mon avant-bras en chair.

« Mars ? C’est bien toi ? »

Je tourne la tête et j’aperçois la victime. La femme que j’ai sauvée. Elle me dévisage, la bouche entrouverte.

« Si, c’est toi… Oh mon dieu, Mars… »

Elle me saute cette fois au cou et j’en reste surpris. Elle me serre contre elle avant de s’éloigner doucement et de poser ses mains sur mes joues.

« Madame. Ce comportement est inapproprié.

— Je ne peux pas croire…

— Madame. Je vous demande de vous décoller immédiatement. »

Elle m’observe d’un regard étonné, mais finit par le faire, la déception apparente sur son visage.

« Tu ne me reconnais pas ?

— Je ne sais pas de quoi vous parlez.

— Non, ce n’est pas possible… Mars… C’est moi ! C’est Isa ! »

Les larmes lui montent aux yeux et elle tente de me retoucher avec sa main, mais je m’éloigne, empêchant ce contact. Elle hoquette, puis baisse les yeux.

« Mars… S’il te plaît… Je… Nous pensions que tu étais mort ! »

Cette fois, mes deux sourcils se haussent sous le coup de la surprise. Mort ? De quoi peut-elle bien parler ?

Je l’observe un peu. Cette femme doit avoir la trentaine à la vue des quelques rides qui commencent à se former sur son visage. Surtout sous ses yeux, entre ses sourcils et au coin de ses lèvres. Ses cheveux bruns sont réunis dans un chignon très mal exécuté et ses vêtements semblent de piètre qualité en raison de l’usure plus qu’évidente.

« Vous faites erreur. Je ne suis pas la personne à laquelle vous faites référence.

— Non, ce n’est pas vrai ! Je te reconnaîtrais partout, Mars ! Je t’en prie, souviens-toi…

— Je suis navré, madame. Bonne journée. »

Je tourne les talons et m’éloigne malgré les protestations de la passante. Je m’efforce de l’ignorer, même si ses plaintes et ses supplications me font de la peine. Je ne sais pas qui est cette femme, mais sa douleur est immense.

Et même si je continue à faire mes tâches normalement… Une partie de moi n’arrive pas à oublier cette altercation.

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