Cinq jeunes femmes.

C’était la photo parfaite. Prise au bon moment.

Dans ce bar sombre, seuls nos cinq visages illuminaient la pièce. Nous étions heureuses, donc belles, et cela se voyait, se lisait dans nos sourires, dans nos poses. On était rayonnantes. Au zénith de notre jeunesse. Nous étions enfin des femmes, épanouies; chacune avait trouvé sa voie, et s’exprimait d’une voix claire et résonnante. J’aime tellement cette photo; elle est la représentation même de l’éclosion de la joie de vivre, au féminin.

Elle, tout à droite de la photo, c’est Mastani, notre déesse indienne. Mastani porte bien son prénom, qui signifie “celle qui danse sur sa propre mélodie”. Depuis l’enfance, elle a toujours refusé de se cantonner aux “qu’en dira-t-on”, aux attentes de sa famille à son égard et aux traditions; elle voulait vivre à son rythme, sur ses propres règles. Et cela a forcé mon admiration, teintée de jalousie, car j’aurais voulu, comme elle, me détacher des chaînes de la vie, et me libérer plus tôt. Il m’aura fallu du temps pour trouver l’équilibre nécessaire à ma vie et à mon bonheur. Et je l’ai trouvé, en les côtoyant, ces jeunes femmes extraordinaires.

J’aime beaucoup la pose que tient Viola sur cette photo, les bras levés, elle ressemble à une fleur en plein éveil. Cela lui a demandé du temps; car après avoir perdu sa soeur jumelle, elle s’était enfermée dans une tristesse lugubre dont personne n’arrivait à la tirer, mais elle y est arrivée, par ses propres moyens, avec détermination et volonté, Viola s’est éveillée à la vie.

Mais elle n’était pas la seule, Elisa aussi revenait de loin. On n’y croirait pas en voyant sa pose déterminée, où ses glorieuses rondeurs regorgent de sensualité; mais cette jeune femme venait de survivre à un cancer du sein, un cancer des ovaires et une hystérectomie. Et malgré tout cela – ou sans doute à cause de tout cela – elle débordait d’un enthousiasme incroyable et d’une dévotion inconditionnelle pour son entourage. Elle apportait de l’humanisme partout où elle allait et cela faisait son charme.

De nous toutes, sur la photo, c’était elle la plus belle.

Et comment ne pas parler de Lana, de la grimace sur son visage, qui ne détériore pas une seule seconde sa beauté. Chacune de ses femmes est une partie de moi, elles ne sont pas mes amies pour rien; ainsi Lana serait la représentation d’une sensibilité que je n’arrive pas à exprimer. Elle vit ses émotions sans retenue, sans honte; sa fragilité fait sa force, toute la beauté de son être. Longtemps je lui ai reproché de manquer d’assurance, de se laisser submerger par ce qu’elle ressentait mais je n’avais pas compris, que là résidait sa force, dans l’acceptation de ce qu’elle était, dans son rapport au monde. Et cela la rendait radieuse, aux yeux de tous. Cela se voit d’ailleurs sur la photo; ce n’est pas le flash qui l’illumine, c’est sa paix intérieure qui l’irradie.

Et moi, qui ferme la marche de cette photo, je ne sais que dire… Je dois avouer que je ne me reconnais pas, et c’est ce qui rend cette photo intrigante et exceptionnelle. Je ne reconnais pas la jeune femme sur cette photo car j’ignorais son existence; j’ignorais que j’étincelais de bonheur et que cela se ressentait. J’avais – il y a peu – trouvé la paix et vaincu mes démons. J’avais accepté mes défauts et construit mes qualités. J’avais trouvé l’épanouissement personnel et grâce à mes amies, je pouvais enfin laisser exploser la femme enfermée en moi; elle qui avait attendu patiemment, durant tant d’années, de pouvoir enfin se libérer d’elle-même.

On était belles, de liberté.

Qui aurait cru que notre amitié se terminerait dans le sang…

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