Chez elle

A défaut de trouver une solution, il avait résolu de se bourrer la gueule, pour oublier ses emmerdes. Il était 22 heures et il avait claqué la porte de la maison. Elle le faisait chier, il n’en pouvait plus, il avait besoin de respirer de l’air frais et reprendre sa liberté. Cela faisait longtemps qu’elle lui tapait sur le système. Il avait résisté autant qu’il avait pu jusqu’à ce soir et cette dispute de trop, qui ressemblait à tant d’autres.

Il n’avais rien fait de particulier. Le repas était prêt et il était allongé sur le canapé à lire. En rentrant du boulot, elle avait le visage des mauvais jours, en voulait à la terre entière, et surtout à lui qui était disponible pour l’entendre gémir sa haine et son stress. D’habitude, il l’écoutait à peine, et attendait que ça passe. Cette fois-ci, ça ne passa pas. Elle s’emporta, et son emportement gonfla, sans qu’elle réalisât qu’elle l’appliquait sur lui et qu’elle faisait gonfler sa haine et son stress, dont il n’était pas encore vidé après une pénible journée de travail.

Au bout de 10 minutes, il tremblait de la tête aux pieds tandis qu’elle continuait à lui jeter à la tête qu’il ne faisait rien pour elle et qu’il ne pensait qu’à lui. Il tremblait et lui demanda de cesser de l’accabler de la sorte, sinon il ne serait pas capable de se maîtriser. Il n’en fut rien. Elle continua à lui pourrir la gueule et la soirée. Il s’emporta à son tour et son emportement gonfla. Lui aussi, il en avait plein le cul d’elle et de ses souffrances qu’elle ne savait pas contrôler. Il se leva du canapé, la bouscula, s’habilla et quitta l’appartement en claquant la porte.

Il ne savait pas où aller. Il se mit à marcher en direction du centre-ville et entra dans un pub irlandais. Il commanda une bière. Il avait envie de se bourrer la gueule, mais il le faisait rarement parce qu’il n’aimait pas avoir mal à la tête, et vomir, et ne plus avoir conscience de soi. De plus, il n’avait pas pris assez de liquide et avait la flemme de sortir et d’en retirer à un guichet automatique. Il lui restait de quoi renouveler son verre. Il avait un peu de temps devant lui et cela lui permettrait d’y voir plus clair et de patienter. Il but gorgée par gorgée sa bière fraîche. Un début de mal de crâne lui fit la finir rapidement.

Dans la rue vide et noire, il faisait froid dehors quand il quitta le pub et sortit dans la rue. A pleins poumons, il respirait et marchait sur le trottoir en titubant pour le plaisir de tituber et se demandait ce qu’il allait faire de sa nuit. Il commençait à être fatigué et à vouloir se coucher et dormir. Il pensa taper à la porte de Dom, la meilleure amie de Kate. Elle habitait seule dans le quartier. C’était une femme pleine de rondeurs et de gaieté qui l’avait toujours excité même s’il ne l’avait jamais draguée. S’il ne se rappelait pas le nom de sa rue, il se rappelait que sa rue débouchait sur une place à quelques mètres de là où il était. Il trouva la place dont il fut le tour, puis la rue, et se rendit chez elle et sonna.

Il sonna à plusieurs reprises et attendit qu’elle lui réponde et lui ouvre. Sa voix devait être changée car elle ne lui ouvrit pas ; elle l’avait sans doute pris pour quelqu’un d’autre ou cru qu’on voulait lui faire une farce ou s’introduire chez elle. Il s’assit sur le seuil de l’immeuble. Le ciel était rempli de lampadaires et d’étoiles. Il avait envie de se coucher et de dormir. Son dos et sa tête étaient appuyés contre la porte quand quelqu’un l’ouvrit. C’était elle qui était descendue. Surprise de voir quelqu’un et le reconnaître, elle l’aida à se lever et le fit entrer dans l’ascenseur puis chez elle.

Elle l’installa sur le canapé et referma la porte d’entrée. Elle était habillée d’un pyjama que recouvrait une robe de chambre. Il avait envie de faire l’amour. Ils se regardèrent longtemps dans les yeux. Elle avait envie de faire l’amour. Ils s’embrassèrent, se caressèrent. Ils ne firent pas l’amour. Elle avait ses règles et portait une serviette. Elle en était gênée. Il en avait vu d’autre et accepta cet état de fait. Comme pour compenser, il se jeta sur ses gros seins et ne cessa de les caresser et l’embrasser. Elle en riait et le plaisantait. Elle le masturba, et le fit une fellation. Il sentit ses dents racler contre son sexe. Il éjacula précocement et en fut embarrassé. Elle en avait vu d’autre et accepta cet état de fait.

Ils parlèrent une bonne partie de la nuit ensemble de tout et de rien. Ils ne firent pas l’amour cette nuit. Elle était seule, il était seul, et leurs solitudes finirent dans les bras l’un de l’autre. Ils se couchèrent dans son lit et s’endormirent l’un contre l’autre rapidement. Ils savait qu’ils feraient l’amour plus tard et bien qu’ils ne l’aient pas fait, ils avaient passé une bonne soirée ensemble. Ils savait qu’il tenait à elle. Elle lui avait dit qu’elle tenait à lui. Ils avaient évité d’aborder le sujet de Kate et la suite à donner à leur relation. Ils le feraient, sans doute plus tard, quand il sera temps de le faire.

Le lendemain matin, il se réveilla à côté d’elle après avoir redouté d’avoir fait un beau rêve qui finit par le cauchemar de la réalité. Elle était couchée à côté de lui. Ils planifièrent de se revoir et se retrouver ce soir chez elle. En allant au boulot, il ressassa sa soirée. Il n’en voulait plus à Kate et comptait en finir avec elle, même si cela ne devrait pas être facile. Peu importait ce que Kate penserait ou ce qu’elle lui reprocherait. Peu importait le quand-dira-t-on. La mesure était pleine. Leur dernière dispute était la dispute de trop, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Cela faisait trop longtemps qu’elle lui cassait les couilles.

Il avait le droit de profiter d’un peu de bonheur et il voulait saisir cette chance.

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