"Ce qui est arrivé aux Kempinski" d’Agnès Desarthe

Les nouvelles d’Agnès Desarthe on été reçues avec beaucoup d’enthousiasme et de compliments en mai dernier. Ayant beaucoup aimé son écriture et son univers vrai et caustique avec « Mangez-moi« , j’ai emporté ce recueil au retour de vacances cet été.

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Les histoires qui composent « Ce qui est arrivé aux Kempinski » m’ont emmenée faire une expédition surprenante dans un monde étrange, où le rêve est mêlé à la réalité, me désorientant plus d’une fois. Les personnages sont tout aussi troublants. Certains jouent sur un double visage, d’autres sont tellement énigmatiques qu’il m’a été parfois difficile de les suivre. Cela a été surtout le cas avec la première histoire « Faire son piano », au cours de laquelle je me suis clairement perdue. La seconde intitulée « Le disciple » où un professeur-narrateur recherche la perle rare pour l’assister, et faisant plusieurs bonds dans le temps au travers de sa carrière, m’a semée également.

A ce moment-là, j’étais donc plutôt sceptique sur le reste du recueil (et déçue de ne pas mordre à l’hameçon, après avoir mis beaucoup d’espoir dans cette lecture).

Mais par la suite, j’ai retrouvé ce que j’aime chez Agnès Desarthe. Une écriture vive, tranchante et généreuse. Amusante aussi. Elle m’a emportée. Cette auteure a une message à faire passer à travers toutes ces histoires : elle met en exergue la profondeur des êtres et des sentiments. L’accent est mis sur des figures fortes, qui ont une histoire à raconter. Desarthe revient souvent sur le passé des gens et s’arrête quelques instants sur ces événements qui les ont façonnés. Dans « Pseudonyme », un écrivain à succès est absorbé par le récit d’une vieille dame sur la violence dont elle a été victime tout au long de sa vie. « Le Comité » (de loin ma préférée) est un regard extérieur d’un groupement venu du Ciel, sur le parcours d’un couple, des premiers émois jusqu’à sa déchéance.

Comment s’expliquer qu’un couple comme le nôtre, où le dialogue et l’échange… Du jour au lendemain, oui, voilà, c’est comme ça, sans raison, ou bien par lassitude, deux personnes cessent de s’aimer. Je ne sais d’ailleurs pas si nous nous aimions encore. Il m’arrive de penser que nous ne nous sommes jamais aimés, aussi souvent que l’inverse. Parfois, je suis persuadée que nous nous aimons toujours, que nous nous aimerons à jamais. » (p.117)

Quant à « L’homme à la tête de hibou », le narrateur passe une croisière hypnotisante avec un homme qui lui raconte comment il a manipulé l’épouse de son meilleur ami.

Je me suis facilement laissée prendre au jeu de l’auteure qui aime semer le trouble au milieu d’une nouvelle, pour tout retourner  et remettre finalement en question l’histoire que l’on s’était imaginée. C’est là qu’entre en jeu la force de sa prose, qui arrive à captiver l’attention du lecteur et de le garder à ses côtés durant ce tourbillon d’interrogations. Des interrogations qui subsistent parfois à la fin d’une histoire, où l’on propose au lecteur d’imaginer la suite laissée en suspens.

Certaines nouvelles m’ont happée, tellement l’ambiance était palpable, soutenue, comme cette dame tourmentée par de vieux démons et s’interroge sur sa place sur cette terre, en tant que mère, épouse, femme, tout simplement dans  » Dans l’oreille du diable ».

Il faudra attendre la dernière composition pour enfin découvrir « Ce qui est arrivé aux Kempinski », qui referme de façon magistrale ce recueil indispensable.

Participation au mois de la nouvelle de Flo.

Agnès Desarthe, « Ce qui est arrivé aux Kempinski », Editions de l’Olivier, 2014, 191 pages.

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